La pensée de Vladimir Vernadsky (première partie)


Le minéralogiste et chimiste russo-ukrainien Vladimir Vernadsky est une grande figure de notre temps. Il a le premier donné naissance au principe de l'écologie.

Il a le premier affirmé que sur la planète Terre, tous les phénomènes existant étaient reliés, et dans son ouvrage « La Biosphère » publié en 1926, il aborde l'ensemble des questions écologiques qui nous intéressent aujourd'hui.

Connaître les thèses de Vernadsky est donc essentiel pour comprendre l'écologie et ce qui se passe sur notre planète.

Voyons ici quelles sont les thèses de celui qui écrivait dans ses carnets, juste avant sa mort le 6 janvier 1945: « Je suis préparé à quitter cette vie, je n'ai pas peur. Je me désintégrerais juste dans des molécules et des atomes. Ceux-ci seront probablement transformés dans une autre forme de matière vivante. »

Cela renvoie à ce qu'il écrivait déjà en 1926, dans son ouvrage « la Biosphère »: « Lors de la mort, de sa vie et de sa destruction, l'organisme restitue à la biosphère ses atomes et les lui reprend incessamment, mais la matière vivante pénétrée de vie puise toujours sa genèse au sein de la vie elle-même ».

Et pour comprendre les thèses de Vernadsky, étudions les par rapport à des phénomènes concrets que nous connaissons bien aujourd'hui, afin de mieux les comprendre mais également de vérifier leur caractère scientifique.

1.Les êtres vivants sont en interaction avec leur environnement.

On connaît le problème causé à l'eau par les nitrates produits par l'élevage intensif d'animaux ainsi que les engrais. C'est un sujet très important concernant la Bretagne, vue qu'on trouve dans cette zone géographique, qui ne représente que 7 % de la surface agricole française, 50 % des élevages de porcs, 50 % des élevages de volailles et 30 % des bovins.

Une réalité connue depuis 40 ans, et contre laquelle lutte durant toute cette période l'association Eau et rivières de Bretagne.

Le matérialisme apporte une compréhension très profonde de ce phénomène. A partir du moment en effet où l'on considère que la planète Terre est une biosphère, on comprend bien que les êtres vivants sont en relation avec leur environnement.

Les capitalistes ont considéré les animaux comme de la matière première; or ce sont des êtres vivants, et en tant que tel il y a une interaction entre eux et la planète. Les êtres vivants sont en effet des organismes consommant des matières existant sur la Terre, afin de survivre; ils n'existent pas de manière statique et de manière « brute » comme on considère par exemple des « cailloux. »

Même les roches ont des propriétés chimiques et sont liées à leur environnement, font partie de leur environnement.

Ainsi, de la même manière que les conditions objectives ont permis à la vie de se développer, la vie n'existe qu'en s'appuyant sur ces conditions objectives, et ont dialectiquement un impact sur elles. Sans environnement propice, la vie n'existe pas. Il y a un rapport étroit, adapté, entre les êtres vivants et leur environnement.

En construisant de gigantesques fermes sur un territoire donné, les capitalistes ont donc eu une démarche idéaliste, consistant à nier que les animaux sont en interaction avec les matières premières de la planète (ce qui implique un échange dialectique avec elle), et qu'il y aurait donc un impact sur la planète.

Voilà pourquoi Vernadsky, qui a développé le concept de géochimie, affirme que :

« La vie est ainsi un perturbateur puissant, permanent et continu de l'inertie chimique sur la surface de notre planète (…). Il n'est pas de grand équilibre chimique sur l'écorce terrestre où l'influence de la vie ne se manifeste, parquant toute la chimie de son sceau ineffaçable. »

Vernadsky a compris le fonctionnement même de la planète, en saisissant les interactions dans la « biosphère », c'est-à-dire « la région unique de l'écorce terrestre occupée par la vie. »

Mais comment formule-t-il précisément ce rapport entre les êtres vivants et la planète?

2.Les êtres vivants n'existent que par leur environnement.

Vernadsky rejette la conception religieuse comme quoi l'humanité serait apparue « d'un coup ». Mais il rejette autant la conception fausse selon lui affirmant que la vie serait née « par hasard ».

Il considère en effet qu'il faut être matérialiste, et que la vie n'est pas apparue « par hasard » mais comme fruit d'un long processus relevant de la matière. Et comme la matière est celle sur la planète Terre, alors il y a nécessairement un lien, que Vernadsky tente justement de comprendre.

« La vie n'est pas un phénomène extérieur ou accidentel à la surface de la terrestre. Elle est liée d'un lien étroit à la structure de l'écorce terrestre, fait partie de son mécanisme et y remplit des fonctions de première importance, nécessaires à l'existence même de ce mécanisme. Toute la vie, toute la matière vivante peut être envisagée comme un ensemble indivisible dans le mécanisme de la biosphère ».

Le point de départ de la vie, selon Vernadsky, réside dans l'influence du soleil.

Ce dernier fournit une énergie essentielle à la vie, ce que nous savons bien aujourd'hui. Vernadsky constate ce qui nous apparaît comme une évidence à notre époque: la végétation verte, qui utilise les rayons du soleil et porte la chlorophylle, est l'élément de base de la vie.

Cette végétation absorbe la lumière. Cela répond au phénomène aujourd'hui bien connu de l'albédo.

On utilise pour l'évaluer une échelle graduée de 0 à 1, avec 0 correspondant au noir, pour un corps sans aucune réflexion, et 1 au miroir parfait; l'albédo étant une grandeur sans dimension, rapport de l'énergie solaire réfléchie par une surface à l'énergie solaire incidente.

La surface terrestre connait des zones plus sombres (végétation et océans) et des zones plus claires (déserts et régions montagneuses enneigées), ainsi un lac connait un albédo de 0,04 en moyenne, des cultures un albédo de 0,025 et une neige fraîche un albédo jusqu'à 0,90. Plus un objet semble blanc (ainsi les nuages) plus il réfléchit 80 % de la source lumineuse qui l'éclaire. A l'inverse, plus un objet semble noir, moins il réfléchit de lumière, le noir paraissant à une réflexion de moins de 3% de la source lumineuse.

Plus une végétation est dense et verte, plus elle puisse de l'énergie du soleil. Si les végétaux sont de couleur verte (à nos yeux), c'est en raison du spectre d'absorption du rayonnement lumineux.

Vernadsky dira que comme l'indiquait déjà des superstitions religieuses, nous sommes les « enfants du soleil. »

Là où l'idéalisme a besoin d'un Dieu, le matérialisme affirme l'importance historique du soleil comme producteur de vie, d'une vie adaptée au soleil justement.

Vernadsky explique donc que:

« L'étude de la morphologie et de l'écologie des organismes verts a démontré de longue date que l'organisme vert tout entier, par ses associations comme son mouvement, était en premier lieu adapté à l'exécution de sa fonction cosmique – l'accaparement du rayon solaire et sa transformation ».

Cette thèse sera confirmée bien plus tard dans les années 1970 par Lovelock dans son modèle de simulation Daisyworld. La biosphère de Daisyworld contient uniquement des pâquerettes claires (blanches) et des pâquerettes sombres (noires ou colorées). Ces fleurs influencent uniquement la température de surface à travers leur pouvoir réfléchissant. Dès lors elles influent sur le milieu ambiant et ses conditions (nous y reviendrons ultérieurement).

On a également retrouvé des micro-fossiles d'organismes similaires à des bactéries, vieux de 3,5 milliards d'années, capables de réaliser la photosynthèse (sédiments de Barberton en Afrique du Sud et du Pilbara en Australie).

D'autres sédiments, datant de 3,8 milliards d'années, ont également été trouvés dans le sud-ouest du Groënland, et sont en cours d'étude, mais le grand problème est que le caractère très ancien de ces micro-fossiles font qu'ils sont très difficilement analysables, notamment en raison du rôle corrosif de l'oxygène.

Mais Vernadsky lui-même est conscient de la difficulté du problème, et le met de côté, arguant qu'il faut pour l'instant comprendre la nature et la signification du phénomène, la science décidera plus tard, quand elle pourra, si ce sont les bactéries qui ont su s'adapter aux rayons du soleil, ou si ceux-ci ont été le facteur principal.

Ce qui compte, c'est la négation de la religion, tout comme du principe de « hasard », qui remet en cause le principe comme quoi l'univers est régi par des lois, qui sont compréhensibles scientifiquement.

Le hasard n'est pas de mise: Vernadsky constate que dans les périodes géologiques qu'il a lui-même longtemps étudiées, il n'existe ni traces d'abiogénèse (c'est-à-dire de création d'un organisme à partir de matière inerte, voire à partir de rien du tout), ni traces de périodes géologiques dites « azoïques » c'est-à-dire dénuées de vie.

Donc pour lui, la matière vivante d'aujourd'hui possède un lien fort avec celle d'hier, il se trouve ainsi que les conditions globales du milieu terrestre ont toujours été favorable à l'existence de la vie.

Vernadsky rejette l'idéalisme et ses formes (la religion notamment) et également le scepticisme qui prétend que l'on ne peut connaître le monde (c'est les tenants du hasard qui soutiennent que la vie est apparue ainsi). Dès lors Vernadsky fait œuvre de matérialiste pour comprendre le monde et son fonctionnement tout en (nous sommes en 1926) imaginant la beauté du globe vue du cosmos, ses interactions et sa fragilité.

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