La pensée de Vladimir Vernadsky (deuxième partie)
3.La vie triomphe de manière inévitable
Vernadsky a donc constaté l'importance de la végétation pour la vie. Il affirme également, ce qui est terrible aujourd'hui pour nous au 21ème siècle avec la déforestation massive comme en Amazonie depuis longtemps, ou plus récemment en Tasmanie:
« Toute la Terre ferme est recouverte de végétation verte. Les places dénudées y font exception et se perdent dans l'ensemble. La Terre ferme doit paraître verte, perçue des espaces cosmiques. L'appareil vert qui capte et transforme le rayon se répand sur toute la surface de la Terre ferme et de l'Océan de manière aussi continue que le courant de lumière solaire qui tombe sur la Terre. » (§24)
Vernadsky constate donc que la vie envahit tout; « chaque place vide de la nature vivante... se remplit nécessaire au cours du temps » Si jamais un espace n'était pas occupé par la vie, celle-ci envahirait cet espace, à moins qu'on ne l'empêche.
Nous connaissons cela avec l'expression « envahie par les mauvaises herbes » ou encore l'image de l'herbe réussissant malgré tout à pousser à travers un univers bétonné. Comme le dit Vernadsky, « la vie reprend ses droits. ».
Il souligne: « dès que l'homme cesse de dépenser des forces et des ressources pour défendre ses édifices...ceux-ci sont aussitôt étouffés par une masse d'organisme verts » (§52).
Malheureusement, il faut bien constater que depuis Vernadsky, la vie perd en fait du terrain, en raison de l'activité humaine. Cela ne veut pas dire que l'activité humaine soit négative en soi. Elle pourrait avoir d'autres résultats. C'est une question de choix, de choix d'activité, car en fait, la vie en général exerce une activité, activité qui a un impact chimique.
« La diffusion de la matière vivante à la surface de la planète est aussi la manifestation de son énergie: c'est un mouvement inévitable, déterminé par les nouveaux organismes provenant de la multiplication, qui occupent des places nouvelles dans la biosphère.
Cette diffusion est, en premier lieu, la manifestation de l'énergie autonome de la vie dans la biosphère, énergie qui se fait connaître par le travail que la vie effectue, transportant les éléments chimiques et créant de nouveaux corps de ces éléments. » (§ 25)
Cette thèse est essentielle. Lénine, Staline et Mao font des références innombrables au triomphe de la vie, au chemin de la vie, etc.
Vernadsky, dans cette même orientation, considère également que ce mouvement « se produit dans la biosphère de manière ininterrompue. »
Tout cela tient son origine dans l'analyse matérialiste. Staline rappelle que « le monde, par sa nature, est matériel » et que par conséquent « les multiples phénomènes de l'univers sont les différents aspects de la matière en mouvement », « le monde se développe suivant les lois du mouvement de la matière ».
La nature obéit aux lois de la dialectique; la nature est à comprendre « comme un état de mouvement et de changements perpétuels », où « toujours quelque chose naît et se développe, où (toujours) quelque chose se désagrège et disparaît. »
Le communisme est l'aboutissement nécessaire de la transformation ininterrompue de la matière éternelle. C'est la vie en elle-même qui tend au communisme: telle est la thèse marxiste léniniste maoïste.
4.L'idéologie de domination et la destruction de la biosphère
Mais comment se présente le développement de la vie sur la Terre? Vernadsky répond aisément à cette question: la preuve de la vie, c'est la respiration, mais aussi la multiplication des individus, qui dépend de la capacité à respirer bien entendu.
Théoriquement, cette multiplication pourrait être sans limites, mais en pratique les conditions concrètes (dont les gaz nécessaires à la vie) font que chaque espèce atteint une dimension maximale.
Cet aspect est très important car si le capitalisme refuse le principe de « biosphère », c'est également pour cette raison. Selon l'idéologie capitaliste, les individus sont en concurrence, les espèces sont en concurrence; il n'y a pas harmonie, mais conflits.
La haine contre certains animaux (les rats notamment), tout comme la chasse et la vivisection, sont justifiées par cette idéologie faisant des êtres vivants non humains non pas des partenaires, mais des ennemis dans la bataille pour la suprématie.
On retrouve bien ce principe de domination dans l'expression « envahie par la végétation », comme si la végétation était une ennemie, ou évidemment dans les « jardins à la française » où la végétation est taillée de telle manière à avoir des formes géométriques, symbole de la « supériorité » humaine.
Pourtant ce combat de ce que la philosophie bourgeoisie nomme la « culture », en opposition à la « nature », est bien entendu perdu par avance.
Si l'on ne comprend pas cela, on ne peut pas assumer l'écologie. La destruction de la forêt amazonienne afin de produire des aliments pour des animaux qui seront « transformés » en burgers a un impact écologique catastrophique, justement en raison de cette idéologie de domination.
Ou bien l'on comprend le principe de la biosphère, et on agit de manière matérialiste, ou bien on dérègle les principes harmonieux de la planète, et on amène la catastrophe. C'est un aspect essentiel de la contradiction entre l'ancien, le mode de production capitaliste, et le nouveau, le communisme comme mouvement abolissant l'ordre des choses existant en résolvant les contradictions.
Les capitalistes ne voient les plantes vertes au mieux que comme quelque chose d'utilitaire; ils sont incapables de leur attribuer une valeur en soi, en tant que source de la vie. En fait, tant qu'il n'y a pas de crise, « tout va bien » selon eux, et ils ne sauraient résoudre aucun problème écologique, puisqu'ils ne voient la réalité que comme quelque chose à soumettre, à transformer pour la réalisation de marchandises, celles-ci étant source de profits.
Ils ne comprennent pas la planète comme une biosphère, comme un tout interdépendant. Vernadsky explique au contraire qu'un lien étroit rattache tous les phénomènes de la vie à l'échelle de la biosphère.
Ou comme l'a expliqué Friedrich Engels:
« Cependant, ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d'elles. Chaque victoire a certes en premier lieu les conséquences que nous avons escomptées, mais en second et en troisième lieu, elle a des effets tout différents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent ces premières conséquences.
Les gens qui, en Mésopotamie, en Grèce, en Asie mineure et autres lieux essartaient les forêts pour gagner de la terre arable, étaient loin de s'attendre à jeter par là les bases de l'actuelle désolation de ces pays, en détruisant avec les forêts les centres d'accumulation et de conservation de l'humidité (...).
En fait, nous apprenons chaque jour à comprendre plus correctement ces lois et à connaître les conséquences plus proches ou plus lointaines de nos interventions dans le cours normal des choses de la nature.
Depuis les énormes progrès des sciences de la nature au cours de ce siècle, nous sommes de plus en plus à même de connaître les conséquences naturelles lointaines, tout au moins de nos actions les plus courantes dans le domaine de la production, et, par suite, d'apprendre à les maîtriser.
Mais plus il en sera ainsi, plus les êtres humains non seulement sentiront, mais sauront à nouveau qu'ils ne font qu'un avec la nature et plus deviendra impossible cette idée absurde et contre nature d'une opposition entre l'esprit et la matière, l'être humain et la nature, l'âme et le corps, idée qui s'est répandue en Europe depuis le déclin de l'antiquité classique et qui a connu avec le christianisme son développement le plus élevé. » (Le rôle du travail dans la transformation du singe en être humain)