La pensée de Vladimir Vernadsky (troisième partie)
5.Les êtres vivants sont de la matière et donc une composante de la biosphère
Les matérialistes considèrent que les êtres vivants sont de la matière pensante, ou plutôt de la « matière vivante » puisqu'il faut intégrer les végétaux, les rivières, fleuves, etc.
Voilà pourquoi, puisque sur la planète tout est matière, alors forcément en tant que matière nous avons un impact dans l'équilibre écologique de la biosphère.
Vernadsky explique au sujet de la matière vivante:
« Cette masse de matière est toujours à l'état de mouvement: elle se décompose et se forme à nouveau, principalement, non par sa croissance, mais par sa multiplication. Des générations naissent dans des intervalles qui varient entre des dizaines de minutes et des centaines d'années. Elles renouvellent la matière englobée par la vie.
La matière, qui existe de fait à chaque moment donné, ne constitue qu'une part insignifiante de celle créée en un an, car des quantités énormes se créent et se décomposent, même en l'espace de 24 heures. »
Prenons un exemple concret pour montrer cela clairement.
Au début du mois de novembre 2009, la revue Journal of Ecology a publié un article intitulé « Wolves modulate soil nutrient heterogeneity and foliar nitrogen by configuring the distribution of ungulate carcasses ».
Il s'agit d'une étude menée sur 50 ans dans le parc national de l'Isle Royale, dans la région des grands lacs, à la frontière canado-américaine. Il a été constaté en 3.600 endroits que les cadavres des élans (tués par les loups) fournissent la terre en énormément de matières nutritives.
Des décennies après, ces endroits sont reconnaissables. Une étude similaire existe au sujet des boeufs musqués (Effect of Muskox Carcasses on Nitrogen Concentration in Tundra Vegetation).
Cela montre l'interaction chimique ininterrompue existant sur notre planète.
6.L'océan a une importance essentielle
Vernadsky constate que l'océan occupe la majeure partie de la planète; il constate également que les plantes vertes existent naturellement dans l'océan, sous des formes adaptées aux conditions concrètes bien évidemment.
Les cyanobactéries -appelées aussi « algues bleues » - sont apparues il y a environ 3,8 milliards d'année et ont joué un grand rôle dans le développement de l'oxygène sur terre (les bactéries fixant le CO2 et libérant de l'O2), lors de la période appelée la "Grande Oxydation" il y a 2,4 milliards d'années.
Cette période a permis à l'oxygène de se développer dans l'atmosphère. Aujourd'hui encore, 80% de l'oxygène est fourni par le phytoplancton.
Le phytoplancton ne représente que 1 % de la biomasse d'organismes photosynthétiques sur la planète, mais assure environ 45 % de la production primaire (fixation du carbone minéral (CO2) en carbone organique)!
Cette importance de l'océan, nous ne faisons que la redécouvrir. La Terre est une planète bleue, mais jusqu'à présent l'humanité n'a eu de considération que pour les continents, n'accordant qu'une valeur « utilitaire » à l'océan.
Une erreur énorme, comme on peut le voir avec le réchauffement climatique.
Perte du plancton, acidification de la mer, destruction d'espèces, catastrophes naturelles: l'océan qui était un système harmonieux se retrouve désorganisé, et c'est la crise.
Ainsi, 1/3 de la production de CO2 créée par les activités humaines sont absorbées par l'océan, créant un déséquilibre du rapport océan / atmosphère et amenant l'océan à être plus acide, ce qui a des conséquences très graves pour la vie qui a besoin de conditions très particulières pour exister.
Pareillement, si la « surpêche » est en cause dans la disparition de nombreuses espèces de poissons, c'est également la disparition du plancton qui est en cause.
Constatant ces deux phénomènes, un rapport de 2006 de l'Union Européenne - Marine and Coastal Dimension of Climate Change in Europe - A report to the European Water Directors - note que les zones côtières sont particulièrement touchées, et s'inquiètent (de manière utilitaire bien entendu) de l'impact sur les mers européennes (celles-ci absorbant 23% du CO2 issue des activités humaines qui est absorbée par l'océan).
Mais le problème est global. Pour avancer réellement, il faut comprendre que la vie n'existe qu'avec le bleu de l'océan et le vert de la végétation.
L'humanité n'existe pas en tant que rupture avec la biosphère, mais en tant que son prolongement!