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Histoire du bolchévisme
4.Le
début de la construction du socialisme
(1921-1929)
a)La réorganisation de l’économie et l’apparition
de l’opposition dans le Parti (1921-1924)
Il va de soi que la production économique était
dans une situation catastrophique, de fait son niveau était
celui de la moitié de celle d’avant-guerre. Dans
la grande industrie, le niveau était à 1/7ème
du niveau d’avant-guerre. Le communisme de guerre, qui ponctionnait
les paysans durement pour faire fonctionner l’armée,
amenait de nombreuses révoltes, notamment en Sibérie
et en Ukraine. Les contre-révolutionnaires en profitaient,
mettant en avant le slogan « les soviets sans
les communistes ».
L’apogée de cette récupération du mécontentement
populaire fut la révolte des marins de Kronstadt en mars
1921, qui entendaient un pouvoir « ni rouge ni blanc »,
servant objectivement la contre-révolution. La révolte
fut écrasée par l’armée rouge.
Dans le Parti les tendances se multipliaient, évolution
permise par le fort afflux de membres, qui ne pouvaient pas être
bien formés dans la guerre civile. Se développèrent
ainsi :
L’opposition ouvrière (Chliapnikov, Medvedev, Kollontaï),
déviation anarcho-syndicaliste exigeant que le pouvoir
revienne aux syndicats ;
Le groupe dit du « centralisme démocratique »
(Sapronov, Ossinsky), déviation de type socialiste-révolutionnaire
et menchévique soutenant l’indépendance syndicale ;
Les trotskystes, c’est-à-dire les partisans de Trotsky,
allié à Préobrajensky, Sokolnikov et Boukharine.
Lénine publia alors une série d’articles,
principalement contre les trotskystes. En décembre 1920
ce fut « Sur les syndicats, le moment présent
et les fautes du camarade Trotsky », puis en janvier
1921 « Une fois de plus sur les syndicats, le moment
présent et les fautes de Trotsky et Boukharine ».
Lénine y critique les positions théoriques de Trotsky,
qui prône l’étatisation des syndicats, mais
également la manière fractionniste de mettre ses
thèses en avant.
Que dit Lénine ?
« La faute principale de Trotsky est de tirer le Parti
et le pouvoir soviétique en arrière, en posant
maintenant la question de « principe ».
Grâce à Dieu, nous sommes déjà passés
des principes au travail pratique, actif (..).
J’ai dû énumérer moi-même mes
« désaccords » avec Trotsky, car,
dans ce vaste sujet : rôle, tâche des syndicats,
j’estime que Trotsky est tombé dans une série
d’erreurs liées à l’essence même
de la question de la dictature du prolétariat (..). De
sa théorie, il ressort que la défense des intérêts
matériels et spirituels de l’ouvrier n’incombe
pas aux syndicats de l’Etat ouvrier.
C’est une erreur. Trotsky parle de « l’Etat
ouvrier ». Permettez, c’est une abstraction.
Quand, en 1917, nous parlions de l’Etat ouvrier, c’était
compréhensible ; mais maintenant, quand on nous dit :
« Pourquoi, contre qui défendre la classe ouvrière,
puisqu’il n’y a plus de bourgeoisie, puisque l’Etat
est ouvrier », on commet là une erreur manifeste.
L’Etat n’est pas tout à fait ouvrier, voilà
le hic. C’est là une des erreurs fondamentales de
Trotsky (..).
Tout bien considéré, j’estime que c’est
une grande faute que de soumettre toutes ces divergences de vues
à une large discussion dans le Parti et de les porter
devant le congrès du P.C.R.. Politiquement, c’est
une faute.
En commission seulement, nous aurions pu nous livrer à
un examen pratique et nous aurions progressé, alors que,
maintenant, nous revenons en arrière et que, durant quelques
semaines, nous continuerons à revenir en arrière
vers des thèses abstraites, au lieu d’aborder pratiquement
la question.
Aussi les thèses de Trotsky et de Boukharine renferment
toute une série d’erreurs théoriques fondamentales.
Politiquement, cette façon d’envisager la question
dénote un manque doigté extraordinaire. Les « thèses »
de Trotsky sont nuisibles politiquement.
Sa politique est une politique de houspillement bureaucratique
des syndicats. Et le congrès de notre Parti, j’en
suis certain, condamnera et rejettera cette politique ».
C’est dans ce climat conflictuel que se tint le 10ème
congrès, du 8 au 16 mars 1921 avec 694 délégués
représentant 732.521 membres. Lénine, qui fait
le discours d’ouverture, annonce la couleur :
« Camarades, nous avons vécu une année
exceptionnelle, nous nous sommes permis le luxe de discussions
et de débats au sein de notre parti. Pour un parti entouré
d’ennemis, des ennemis les plus puissants et les plus forts
qui groupent le monde capitaliste, pour un parti qui supporte
un fardeau incroyable, ce luxe était vraiment surprenant !
Je ne sais pas ce que vous en pensez aujourd’hui. Ce luxe
concordait-il entièrement, d’après vous, avec
nos richesses matérielles et morales ?
C’est à vous de juger. Toujours est-il que je crois
devoir vous dire une chose : au cours de ce congrès,
nous devons nous fixer comme mot d’ordre et nous assigner
comme principal but, comme principale tâche à réaliser
coûte que coûte, de sortir des discussions et des
débats plus forts que nous n’étions avant
de les engager ».
De fait ce congrès est celui de la critique de la déviation
anarcho-syndicaliste et petite-bourgeoise dans le Parti. Un rapport
est fait sur « l’unité du parti et la
déviation anarcho-syndicaliste ».
C’est également à ce congrès qu’est
décidé la mise en place de la NEP, la nouvelle
politique économique. Il s’agit d’un recul temporaire
du socialisme, laissant place aux échanges capitalistes
afin de relancer la production (agricole) et de gagner du temps.
Le Parti mena également une purge, rejetant 170.000 personnes
soit 25% de ses effectifs. Les résultats se virent au
11ème congrès en mars 1922, où 522 délégués
représentaient 532.000 membres.
Lénine réaffirme la nécessité du
moment :
« Mais maintenant nous n’avons plus d’issues.
Permettez-moi de vous le dire sans aucune exagération.
De sorte qu’ici ce sera réellement la « lutte
finale », non pas avec le capitalisme international
- sur ce terrain nous aurons encore à livrer plus d’une
« lutte finale » -, mais avec le capitalisme
russe, avec celui qu’engendre et alimente la petite économie
paysanne.
C’est là que nous aurons à livrer très
prochainement un combat dont on ne saurait exactement dire la
date. Ce sera la « lutte finale » ;
et il ne saurait être question d’aucune échappatoire,
ni politique, ni autre, puisque ce sera la compétition
engagée avec le capital privé. Ou bien nous subirons
avec succès cette épreuve avec le capital privé,
ou bien ce sera un échec complet ».
Le congrès fixe la ligne : de la NEP il faudra passer
au socialisme. En décembre 1922 c’est alors la formation
de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
Le 12ème congrès en avril 1923 se déroule
sans Lénine, gravement malade depuis l’année
précédente, suite aux séquelles d’un
attentat socialiste-révolutionnaire.
Il donne néanmoins diverses directives, comme le montre
le texte « Mieux vaut moins, mais mieux »
(mars 1923). Est ainsi fondée, conformément à
une proposition écrite de Lénine, une commission
centrale d’inspection et de contrôle ouvrière
et paysanne, qui doit s’occuper de la discipline dans le
Parti et l’Etat, veiller sur l’unité du Parti,
renforcer l’appareil d’Etat.
Et, si courant 1924 l’économie se redresse, grâce
à la NEP, politiquement le Parti subit la formation de
fractions, pourtant interdites. Ainsi, les trotskystes, le reste
des « communistes de gauche », des « centralistes
démocratiques » et de « l’opposition
ouvrière » publièrent un manifeste,
celui des « 46 oppositionnels ».
Leur plate-forme (dit « des 46 ») fut envoyée
dans toutes les cellules ; l’objectif de la plate-forme
était de renverser l’appareil du parti. D’où,
au 13ème congrès en mai 1924 (748 délégués
pour 735.881 membres), la définition de « trotskysme »
comme forme petite-bourgeoise, sa critique et l’affirmation
de la nécessité de liquider cette idéologie.
Et d’où la publication par Staline d’une série
d’articles, qui seront rassemblés et formeront l’ouvrage
« Les principes du léninisme ».
Trotsky avait lui de son côté publié « les
leçons d’octobre », dont la présentation
de l’histoire de la révolution russe avait causé
un énorme scandale dans le parti, Trotsky s’appropriant
les mérites de Lénine et critiquant les bolchéviks.
Trotsky dut reculer et faire son autocritique.
Le Parti vivait alors une situation difficile, d’autant
plus que son chef, Lénine, était décédé
le 21 janvier 1924. La victoire sur l’offensive de Trotsky
ne fut que temporaire, car dès début 1925 Kamenev
et Zinoviev attaquèrent le comité central, affirmant
qu’à cause du caractère arriéré
de la situation technique et économique, le socialisme
ne pourrait triompher.
Trotsky remit en avant ses thèses de la « révolution
permanente », et Boukharine prôna un développement
économique acceptant la bourgeoisie comme classe s’enrichissant.
L’alliance de qui s’appela la « nouvelle
opposition » entendait gagner des points au 14ème
congrès de décembre 1925.
Celui-ci rassembla 665 délégués représentant
643.000 membres (de nombreux membres de la « promotion
Lénine » de 1924 ayant été purgé),
et défendit la possibilité du « socialisme
dans un seul pays ».
Le Parti prit le nom de PC d’Union Soviétique [bolchévik],
rejetant les thèses de l’opposition. Celle-ci organisa
immédiatement sa riposte, notamment à Léningrad,
où le comité du mouvement de jeunesse décida
de s’opposer aux décisions du congrès. L’affrontement
était devenu inévitable.
b)l’industrialisation
du pays et la liquidation des positions trotskystes-zinoviévistes
(1926-1929)
L’année 1926 est celle de la mise en place de l’industrialisation
socialiste, et de la liquidation définitive de l’opposition.
A la fin de 1927, le bloc des partisans de Trotsky et de Zinoviev
était un parti totalement indépendant du P.C.U.S.[b]
(tout en en faisant encore partie) avec un centre, des comités,
une caisse de cotisations.
Le 7 novembre, pour l’anniversaire de la révolution,
ils organisèrent même leur propre cortège,
qui fut rejeté. Le Comité Central décida
alors de l’expulsion de Trotsky et de Zinoviev, puis en
décembre le 15ème congrès prit la même
mesure contre Kamenev et d’autres. 898 délégués
représentaient 887.233 membres. Seulement 1% des votants
s’y opposèrent.
Staline expliqua ainsi le problème :
« Pourquoi le Parti a-t-il exclu Trotsky et Zinoviev ?
Parce qu’ils sont les organisateurs de toute l’œuvre
de l’opposition, parce qu’ils ont pour but de briser
les lois du Parti ; parce que, dans leur orgueil, ils ont
cru qu’on n’oserait pas les toucher ; parce qu’ils
ont voulu se créer une situation privilégiée
dans le Parti.
Tolérera-t-on, dans le Parti, des grands seigneurs jouissant
de privilèges et des paysans qui n’en ont pas ?
Est-ce que nous, bolchéviks, qui avons extirpé
la noblesse avec ses racines, allons maintenant la rétablir
dans notre Parti ? (..).
Si l’opposition veut rester dans le Parti, qu’elle
se soumette à la volonté du Parti, à ses
lois, à ses instructions, sans réserve et sans
équivoque. Si elle ne le veut pas, qu’elle s’en
aille là où elle pourra être plus à
son aise (..).
On demande quelles sont les conditions. Il n’y en a qu’une :
l’opposition doit désarmer entièrement et
complètement tant sous le rapport de l’idéologie
que de l’organisation (..). Qu’ils fassent ainsi ou
s’en aillent du Parti. Et s’ils ne s’en vont pas,
nous les mettrons dehors ».
« L’opposition a organisé une fraction,
et l’a transformée en un parti au sein de notre Parti
bolchévik. Les traditions bolchéviks autorisent-elles
un pareille ignominie ? Comment peut-on parler des traditions
bolchéviks et admettre en même temps la scission
dans le Parti, la formation dans son sein d’un autre parti
antibolchévik ?
Ensuite, l’opposition a organisé une imprimerie illégale
en s’alliant à des intellectuels bourgeois qui, à
leur tour, étaient liés à des gardes blancs
avérés. Comment ose-t-on parler des traditions
du bolchévisme si l’on tolère un ignominie
qui va jusqu’à la trahison directe du Parti et du
pouvoir soviétique ?
Enfin, l’opposition a organisé une manifestation
dirigée contre le Parti et en faisant appel à des
éléments non prolétariens. Comment peut-on
parler de traditions bolchéviks quand on fait appel à
la rue contre son Parti, contre le pouvoir soviétique ?
A-t-on jamais entendu dire que les traditions bolchéviks
autorisent de telles ignominies qui touchent directement à
la contre-révolution ? N’est-il pas clair que
le camarade Kamenev ne fait valoir ses traditions que pour cacher
sa rupture avec elles au nom des intérêts de son
groupe antibolchévik ?
Cet appel à la rue n’a rien apporté à
l’opposition, car il n’a attiré qu’un groupe
insignifiant. Ce n’est pas la faute de l’opposition,
c’est son malheur. Que serait-il advenu si l’opposition
avait été plus forte ?
L’appel à la rue se serait transformé en une
émeute directe contre le pouvoir soviétique. Est-il
difficile de comprendre qu’en réalité cette
tentative de l’opposition ne se distingue en rien de la
fameuse tentative des socialistes-révolutionnaires de
gauche en 1918 ? ».
Staline va alors théoriser ce qu’est le trotskysme.
« En quoi consiste l’essence du trotskysme ?
L’essence du trotskysme consiste, avant tout, dans la négation
de la possibilité d’édifier le socialisme
en URSS par les forces de la classe ouvrière et de la
paysannerie dans notre pays.
Qu’est-ce que cela signifie ? C’est que si, dans
un proche avenir, le secours de la révolution mondiale
victorieuse n’arrive pas, nous devrons capituler devant
la bourgeoisie et déblayer la route à la République
démocratique bourgeoise.
Ainsi donc, nous avons là une négation bourgeoise
de la possibilité d’édifier le socialisme
dans notre pays, négation masquée par une phrase
révolutionnaire sur la victoire de la révolution
mondiale.
Peut-on, avec de telles conceptions, provoquer chez les masses
innombrables de la classe ouvrière, l’enthousiasme
au travail, l’émulation socialiste, un vaste travail
de choc, une offensive largement déployée contre
les éléments capitalistes ?
Il est clair que non. Il serait absurde de croire que notre classe
ouvrière, qui a fait trois révolutions, développerait
l’enthousiasme au travail et un vaste travail de choc, à
seule fin d’engraisser le terrain pour le capitalisme. Notre
classe ouvrière développe son élan au travail,
non pour le capitalisme, mais pour enterrer définitivement
le capitalisme et édifier le socialisme en U.R.S.S.. O
tez-lui la certitude de la possibilité d’édifier
le socialisme, et vous détruirez tout terrain pour l’émulation,
pour l’élan au travail, pour le travail de choc.
De là la conclusion : pour provoquer chez la classe
ouvrière l’élan au travail et l’émulation,
et organiser une offensive largement déployée,
il fallait avant tout enterrer la théorie bourgeoise du
trotskysme sur l’impossibilité d’édifier
le socialisme dans notre pays.
L’essence du trotskysme consiste, en second lieu, dans la
négation de la possibilité de faire participer
les masses essentielles de la paysannerie à l’édification
socialiste à la campagne.
Qu’est-ce que cela signifie ? C’est que la classe
ouvrière n’est pas en mesure d’entraîner
derrière elle la paysannerie afin d’aiguiller les
exploitations paysannes individuelles dans la voie de la collectivisation ;
que si, dans un proche avenir, la victoire de la révolution
mondiale n’arrive pas au secours de la classe ouvrière,
la paysannerie rétablira l’ancien ordre de choses
bourgeois.
Ainsi donc, nous sommes là en présence d’une
négation bourgeoise des forces et possibilités
de la dictature prolétarienne pour mener la paysannerie
au socialisme, négation masquée sous des phrases
« révolutionnaires » sur la victoire
de la révolution mondiale.
Peut-on, avec de telles conceptions, entraîner les masses
paysannes dans le mouvement kolkhozien, organiser un mouvement
kolkhozien de masse, organiser la liquidation des koulaks en
tant que classe ? Il est clair que non.
De là la conclusion : pour organiser un mouvement
kolkhozien de masse de la paysannerie et liquider la classe des
koulaks, il fallait, avant tout, enterrer la théorie bourgeoise
du trotskysme sur l’impossibilité d’associer
les masses travailleuses de la paysannerie au socialisme.
L’essence du trotskysme consiste, enfin, à nier la
nécessité d’une discipline de fer dans le
Parti, à reconnaître la liberté des groupements
de fraction dans le Parti, à reconnaître la nécessité
de former un parti trotskyste.
Pour le trotskysme, le Parti Communiste de l’U.R.S.S. ne
doit pas être un parti de combat, unique et cohérent,
mais une réunion de groupes et de fractions avec leurs
centres, avec leur presse, etc.
Or, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie proclamer
la liberté des fractions politiques dans le Parti. Cela
signifie qu’après la liberté des groupements
politiques dans le Parti, doit venir la liberté des partis
politiques dans le pays, c’est-à-dire la démocratie
bourgeoise.
Nous avons donc, ici, la reconnaissance de la liberté
des groupements fractionnels dans le Parti, jusque et y compris
l’admission des partis politiques dans le pays de la dictature
du prolétariat, reconnaissance masquée par une
phrase sur la « démocratie intérieure
du Parti », sur l’« amélioration
du régime » dans le Parti.
Que la liberté des chicaneries fractionnelles, des groupes
intellectuels ne soit pas encore la démocratie intérieure
du Parti ; que l’ample autocritique réalisée
par le Parti et l’activité prodigieuse des masses
d’adhérents du Parti soient une manifestation de
la véritable et authentique démocratie du Parti,
cela il n’est pas donné au trotskysme de le
comprendre.
Peut-on, avec de telles conceptions sur le Parti, assurer une
discipline de fer dans le Parti, assurer l’unité
de fer du Parti, nécessaire au succès de la lutte
contre les ennemis de classe ? Il est clair que non.
De là la conclusion : pour assurer l’unité
de fer du Parti et la discipline prolétarienne dans son
sein, il fallait avant tout enterrer la théorie du trotskysme
en matière d’organisation.
Capitulation en fait, comme contenu, phrases « de
gauche » et gestes d’aventurisme « révolutionnaire »,
comme forme couvrant et exaltant l’esprit de capitulation,
qui est son contenu, telle est l’essence du trotskysme.
Cette dualité du trotskysme reflète la situation
double de la petite bourgeoisie citadine en voie de se ruiner,
qui ne peut souffrir le « régime »
de la dictature du prolétariat et s’efforce, ou bien
de sauter « d’un coup » dans le socialisme,
pour échapper à la ruine (d’où l’esprit
d’aventure et l’hystérie en politique), ou bien,
si cela est impossible, de consentir n’importe quelle concession
au capitalisme (d’où l’esprit de capitulation,
en politique).
C’est cette dualité du trotskysme qui explique le
fait que ses attaques « enragées »
soi-disant contre les déviationnistes de droite, le trotskysme
les couronne habituellement par un bloc avec eux, comme avec
des capitulards sans masque ».
Le trotskysme est compris comme thèse politique, mais
également comme mouvement ayant cristallisé l’opposition
au communisme en U.R.S.S..
« Certains bolchéviks pensent que le trotskysme
est une fraction du communisme, laquelle, il est vrai, se trompe,
fait pas mal de bêtises, est parfois même antisoviétique,
mais est quand même une fraction du communisme. De là
un certain libéralisme à l’égard des
trotskystes et des gens d’esprit trotskyste.
Il est à peine besoin de démontrer qu’un tel
point de vue sur le trotskysme est profondément erroné
et nuisible. En réalité, le trotskysme a, depuis
longtemps déjà, cessé d’être
une fraction du communisme. En réalité, le trotskysme
est un détachement d’avant-garde de la bourgeoisie
contre-révolutionnaire, qui mène la lutte contre
le communisme, contre le pouvoir des Soviets, contre l’édification
du socialisme en U.R.S.S..
Qui a donné à la bourgeoisie contre-révolutionnaire
une arme spirituelle contre le bolchévisme, sous forme
de thèse sur l’impossibilité de construire
le socialisme dans notre pays, sur la dégénérescence
inéluctable des bolchéviks, etc. ?
Cette arme, le trotskysme la lui a donnée. On ne peut
considérer comme un hasard le fait que tous les groupements
anti-soviétiques en U.R.S.S., dans leurs tentatives de
justifier l’inévitabilité de la lutte contre
le pouvoir des soviets, aient invoqué la thèse
trotskyste que l’on connaît sur l’impossibilité
de construire le socialisme dans notre pays, sur la dégénérescence
inéluctable du pouvoir des Soviets, sur le retour probable
au capitalisme.
Qui a donné à la bourgeoisie contre-révolutionnaire
de l’U.R.S.S. une arme tactique sous la forme de tentatives
d’actions déclarées contre le pouvoir des
Soviets ? Cette arme, les trotskystes la lui ont donnée,
qui tentèrent d’organiser des démonstrations
antisoviétiques à Moscou et Léningrad le
7 novembre 1927.
C’est un fait que les manifestations antisoviétiques
des trotskystes ont redonné du courage à la bourgeoisie
et déclenché le sabotage des spécialistes
bourgeois.
Qui a donné à la bourgeoisie contre-révolutionnaire
une arme d’organisation sous forme de tentative de constituer
des organisations antisoviétiques clandestines ?
Cette arme, les trotskystes la lui ont donnée, qui organisèrent
leur propre groupe illégal antibolchévik. C’est
un fait que l’action antisoviétique clandestine des
trotskystes a facilité la cristallisation organique de
groupements antisoviétiques en U.R.S.S..
Le trotskysme est un détachement d’avant-garde de
la bourgeoisie contre-révolutionnaire.
Voilà pourquoi le libéralisme à l’égard
du trotskysme, bien que brisé et camouflé, est
de l’inconséquence confinant au crime, à la
trahison envers la classe ouvrière ».
5.La construction
du socialisme en URSS
(1929-1937)
a)la liquidation des paysans riches (1929-1932)
Les années précédant 1930 auront été
celles de dures luttes au sein du Parti pour la victoire de la
ligne favorable à la construction du socialisme. Un premier
pas est fait en avril 1929 au XVIème Congrès, où
est pour la première fois discuté du plan quinquennal,
qui fut accepté.
Staline met également en avant une thèse déjà
mise en avant en octobre 1928, celle de la possibilité
de la restauration du capitalisme en URSS si l’on ne prend
pas garde au danger droitier :
« Dans les conditions du développement soviétique,
alors que le capitalisme est déjà renversé,
bien que ses racines ne soient pas encore arrachées, la
déviation de droite, dans le communisme, est une tendance,
un penchant qu’ont une partie des communistes - penchant
imprécis, il est vrai, et dont ils n’ont peut-être
pas encore pris conscience, mais penchant tout de même
- à s’écarter de la ligne générale
de notre Parti vers l’idéologie bourgeoise.
Lorsque certains de nos milieux communistes tentent de tirer
notre Parti en arrière par rapport aux résolutions
du XVème congrès, en niant la nécessité
d’une offensive contre les éléments capitalistes
de la campagne ; ou qu’ils exigent la réduction
de notre industrie, estimant que le rythme actuel de son développement
rapide est néfaste pour le pays ;
ou qu’ils nient l’utilité des affectations de
fonds aux kolkhozes et aux sovkhozes, estimant que c’est
de l’argent jeté par la fenêtre ; ou qu’ils
nient l’utilité de la lutte contre le bureaucratisme
sur la base de l’autocritique, croyant que l’autocritique
ébranle notre appareil ;
ou qu’ils exigent le relâchement du monopole du commerce
extérieur, etc. etc., cela veut dire qu’il y a dans
les rangs de notre Parti des gens qui tentent, peut-être
sans s’en rendre compte eux-mêmes, d’adapter
l’œuvre de notre construction socialiste aux goûts
et aux besoins de la bourgeoisie « soviétique ».
La victoire de la déviation de droite dans notre Parti
signifierait un renforcement énorme des éléments
capitalistes dans notre pays.
Or, que signifierait le renforcement des éléments
capitalistes dans notre pays ? Cela signifierait l’affaiblissement
de la dictature du prolétariat et l’accroissement
des chances de restauration du capitalisme.
Ainsi donc, la victoire de la déviation de droite dans
notre Parti signifierait l’accroissement des conditions
nécessaires à la restauration du capitalisme dans
notre pays.
Existe-t-il chez nous, dans notre pays des Soviets, des conditions
rendant possible la restauration du capitalisme ? Oui, elles
existent. Cela vous paraître peut-être étrange,
mais c’est un fait ».
Staline avait expliqué que le danger, tel que Lénine
l’avait expliqué, est la petite production marchande,
urbaine et paysanne. L’économie n’est pas au
niveau du politique, car celle-ci est encore capitaliste pour
un pouvoir déjà socialiste. Il s’agit donc
de « transférer l’économie du pays,
y compris l’agriculture, sur une nouvelle base technique,
celle de la production moderne » (Lénine).
Lénine avait dans de nombreux textes mis en avant l’importance
du caractère organisé du capitalisme, qui devait
être en URSS d’Etat, au service du développement
socialiste.
« Cette fabrique qui à d’aucun semble
être un épouvantail est précisément
cette forme supérieure de la coopération capitaliste,
qui a groupé, discipliné le prolétariat,
lui a enseigné l’organisation, l’a mis à
la tête de toutes les autres catégories de la population
laborieuse et exploitée.
C’est le marxisme, idéologie du prolétariat
éduqué par le capitalisme, qui a enseigné
et enseigne aux intellectuels inconsistants la différence
entre le côté exploiteur de la fabrique (discipline
basée sur la crainte de mourir de faim) et son côté
organisateur (discipline basée sur le travail en commun,
résultant d’une technique hautement développée) ».
Staline reprend cette thématique en avril 1929, dans un
discours intitulé « De la déviation
de droite dans le Parti Communiste [bolchévik] de l’U.R.S.S.».
Il souligne la nécessité de liquider les éléments
capitalistes de l’économie, et que le Parti comprenne
la tâche.
« Qu’ont montré les difficultés
du stockage du blé ?
Elles ont montré que le koulak veille, que le koulak grandit,
qu’il sape sournoisement la politique du pouvoir des Soviets,
tandis que nos organisations du Parti, notre appareil soviétique
et nos organisations coopératives, en tout cas un partie
d’entre eux, ou bien ne voient pas l’ennemi, ou bien
s’accommodent à lui au lieu de le combattre (..).
Qu’est-ce que la résistance des éléments
capitalistes de la ville et des campagnes à l’offensive
du socialisme ? C’est un regroupement des forces des
ennemis de classe du prolétariat, ayant pour but de défendre
l’ancien ordre des choses contre le nouveau.
Il n’est pas difficile de comprendre que ces circonstances
ne peuvent manquer de provoquer une aggravation de la lutte des
classes. Mais pour briser la résistance des ennemis de
classe et déblayer le chemin de la progression du socialisme,
il faut, en plus de toutes autres choses, affiner toutes nos
organisations, les purifier du bureaucratisme, améliorer
leurs cadres et mobiliser les masses innombrables de la classe
ouvrière et des couches travailleuses de la campagne contre
les éléments capitalistes de la ville et des campagnes ».
Staline critique principalement Boukharine comme le théoricien
du refus de la collectivisation des campagnes, refus s’associant
à diverses autres déviations (politique conciliatrice
avec la social-démocratie au niveau international, etc.).
La ligne déviationniste liquidée, la collectivisation
des campagnes et la liquidation des koulaks en tant que classe
sont réalisées.
Dans le texte « Le vertige du succès »,
Staline critiquera notamment la trop grande rapidité de
la collectivisation, car celle-ci ne doit jamais être imposée,
mais allée au rythme des masses.
Et, alors que le plan quinquennal permet un formidable accroissement
de la production industrielle, Staline met bien en avant l’internationalisme
prolétarien dans « Les tâches des dirigeants
de l’industrie » :
« Mais nous avons d’autres obligations, plus
graves et plus importantes. Celles que nous devons remplir envers
le prolétariat mondial.
Elles coïncident avec les obligations du premier genre [concernant
la construction de l’économie socialiste]. Mais nous
les plaçons plus haut. La classe ouvrière de l’U.R.S.S.
est une partie de la classe ouvrière mondiale. Nous avons
vaincu non seulement par les efforts de la classe ouvrière
de l’U.R.S.S., mais aussi grâce à l’appui
de la classe ouvrière mondiale.
Sans cet appui, on nous aurait depuis longtemps déchiquetés.
On dit que notre pays est la brigade de choc du prolétariat
de tous les pays. C’est bien dit. Mais cela nous impose
les obligations les plus sérieuses. Au nom de quoi le
prolétariat international nous soutient-il ? Qu’est-ce
qui nous a valu ce soutien ?
C’est que nous nous sommes jetés les premiers dans
la bataille contre le capitalisme ; que nous avons les premiers
instauré le pouvoir ouvrier ; que nous nous sommes
mis les premiers à bâtir le socialisme. C’est
que nous travaillons à une œuvre qui, en cas de succès,
bouleversera le monde entier et affranchira toute la classe ouvrière.
Et que faut-il pour réussir ? Liquider notre retard,
développer des rythmes élevés, bolchéviks,
de construction.
Nous devons marcher de l’avant de façon que la classe
ouvrière du monde entier, en nous regardant, puisse dire :
Le voilà mon détachement d’avant-garde, la
voilà ma brigade de choc, le voilà mon pouvoir
ouvrier, la voilà ma patrie ; ils travaillent à
leur œuvre, à notre œuvre à nous, et
ils y travaillent bien ; soutenons-les contre les capitalistes
et attisons les flammes de la révolution mondiale.
Devons-nous justifier les espoirs de la classe ouvrière
mondiale, devons-nous remplir nos obligations envers elle ?
Oui, nous le devons, si nous ne voulons pas définitivement
nous couvrir de honte ».
Staline organise le développement de l’économie
socialiste, et souligne les erreurs.
« Chaque léniniste sait, si tant est qu’il
soit un léniniste véritable, que le nivellement
des besoins et de la vie personnelle est une stupidité
petite-bourgeoise réactionnaire, digne de quelque secte
primitive d’ascètes, mais non d’une société
socialiste, organisée à la manière marxiste.
On ne saurait en effet exiger des hommes qu’ils aient tous
les mêmes besoins et les mêmes goûts, que dans
leur vie personnelle ils adoptent un standard unique (..).
En déduire [des principes marxistes] que d’après
le plan des marxistes, tous doivent porter le même costume
et prendre des repas identiques, en même quantité,
- c’est dire des platitudes et calomnier le marxisme ».
b)Le socialisme
(1933-1939)
Il serait faux de croire que les succès du socialisme
aient affaibli la lutte de classe. Ainsi, le 1er décembre
1934, Kirov, le responsable du Parti à Léningrad,
le second de Staline, se fait assassiner d’un coup de revolver
par un membre d’un groupe clandestin.
Le Parti mène alors une grande politique de répression,
pour briser les forces anti-soviétiques, ce qui amènera
la liquidation de Kamenev et Zinoviev lors des fameux « procès
de Moscou ».
Les événements sont compris comme une épreuve
de force, et la répression dépasse le cadre des
responsables.
Au lieu d’isoler les coupables et de neutraliser les « centristes »,
la politique menée est brutale et souvent aveugle. Staline
critiquera fortement cette politique dans le document « Sur
les manques du travail du Parti » ; il attaque
la répression aveugle, incapable de prendre en compte
l’évolution individuelle, ce qui aboutit à
des « hontes » et à une politique
ne comprenant que « deux extrêmes ».
Mais, en pratique, cela n’a pas d’effet réels,
car l’ensemble de ses critiques étaient faussées
par une erreur générale.
Le Parti avait en effet décidé en 1935 de modifier
la Constitution de 1924 ; le projet de constitution sera
adopté en 1936. Staline explique dans le document « Sur
le projet de constitution de l’U.R.S.S. » que :
«Maintenant que le fascisme vomit ses flots troubles sur
le mouvement socialiste de la classe ouvrière et traîne
dans la boue les aspirations démocratiques des meilleurs
hommes du monde civilisé, la nouvelle Constitution de
l’U.R.S.S. dresse contre le fascisme un réquisitoire
témoignant que le socialisme et la démocratie sont
invincibles. La nouvelle Constitution de l’U.R.S.S. sera
une aide morale et un soutien effectif pour tous ceux qui mènent
actuellement la lutte contre la barbarie fasciste.
Pour les peuples de l’U.R.S.S., l’importance de la
nouvelle Constitution est encore plus grande. Alors que pour
les peuples des pays capitalistes, la Constitution de l’U.R.S.S.
sera un programme d’action, pour les peuples de l’U.R.S.S.,
elle est comme le bilan de leur lutte, le bilan de leurs victoires
sur le front de la libération de l’humanité
(..).
C’est ce qui affermit la foi que nous avons en nos forces
et nous mobilise pour une lutte nouvelle, pour remporter de nouvelles
victoires dans la voie du communisme ».
Mais le document contient des erreurs fondamentales. Il y est
ainsi affirmé que, dans le socialisme, il n’y a plus
d’antagonisme de classes.
Or, cela est faux : les anciennes classes sont renversées,
mais pas anéanties ; l’influence politique et
idéologique de la bourgeoisie existe encore. Il ne suffisait
pas de collectiviser les campagnes pour faire disparaître
les antagonismes de lasse ; en « oubliant »
ces contradictions Staline s’est éloigné des
principes de la dialectique marxiste.
C’est-à-dire, comme l’ont dit des camarades
de Turquie, que
« lorsqu’on parle de lutte de classe, on pense
à une lutte de classes en conflit, l’une contre l’autre,
par exemple le prolétariat contre la bourgeoisie et la
bourgeoisie contre le prolétariat, et ce dans tous les
domaines (politiquement, idéologiquement, culturellement,
économiquement, militairement, etc.).
De la même manière on pense, en parlant de l’abolition
des classes, de leur abolition dans tous les domaines. Abolir
la propriété privée des moyens de production
des classes exploiteuses ne signifie pas les abolir complètement
en tant que classe ».
Staline répétera cette erreur théorique,
qui va conditionner la politique du Parti :
« Ce qu’il y a de particulier dans la société
soviétique de notre époque, à la différence
de toute société capitaliste, c’est qu’elle
n’a plus en soin sein de classes antagonistes, ennemies ;
que les classes exploiteuses ont été liquidées
et que les ouvriers, les paysans et les intellectuels vivent
et travaillent en collaboration fraternelle.
Alors que la société capitaliste est déchirée
par des antagonismes inconciliables entre ouvriers et capitalistes,
entre paysans et propriétaires fonciers, ce qui conduit
à l’instabilité de sa situation intérieure,-
la société soviétique, libérée
du joug de l’exploitation, ignore ces antagonismes ;
elle est affranchie des conflits de classes et offre l’image
d’une collaboration fraternelle entre ouvriers, paysans
et intellectuels ».
Cette conception mécanique et anti-dialectique aboutit
à la passivité politique, à la croyance
en le développement des forces productives comme minimum
suffisant pour arriver au communisme, une fois le passage au
socialisme établi. Alors qu’auparavant Staline était
conscient du danger de restauration, à partir de la collectivisation
des campagnes et de l’industrialisation il nie ce danger.
Cette mauvaise analyse de l’économie et de la liaison
entre infrastructure et superstructure trouve sa source dans
une conception mécanique de la dialectique. La lutte des
contraires est saisie, mais pas leur unité, ce qui aboutit
à une mauvaise résolution des conflits, par négation
des différences entre contradiction antagonique et non
antagonique, entre contradiction principale et contradiction
secondaire.
Cette négation se retrouve dans le document de Septembre
1938 : « Le matérialisme historique et
le matérialisme dialectique », qui résume
les principes du marxisme-léninisme.
A part cet oubli fondamental, que Mao-Tsé-Toung réparera
(notamment « de la contradiction »), les
définitions sont justes et ce document reste un classique
(d’où sa publication ici).
Mais ils faut bien comprendre le sens de cet oubli, et saisir
sa signification dans le domaine de l’économie ;
Staline n’a pas
vu les contradictions entre les forces productives et les rapports
de production.
6.La victoire
contre le nazisme, les années 1950 et le triomphe du révisionnisme
a)la grande guerre patriotique (1939-1941-1945)
La propagande anti-communiste a toujours affirmé que Staline
avait été un mauvais théoricien et un mauvais
chef militaire. Cela ne tient pas si l’on étudie
précisément les événements de la
« grande guerre patriotique ».
En effet, Staline avait déjà été
à l’origine de nombreux plans militaires lors de
la guerre civile, notamment de celui contre le général
blanc Dénikine en 1919 (plan qui fut qui plus est préféré
à celui de Trotsky).
L’armée rouge avait qui plus est mené un très
important travail théorique concernant les plans militaires.
Il est certain que Staline avait considéré que
l’invasion des forces nazies se produirait plus tard, et
que cela a été une erreur quasiment fatale.
Mais il est faux de dire que le danger de guerre avait été
sous-estimé. Le pacte Molotov-Ribbentropp (et non pas
Hitler-Staline) avait été fait pour gagner du temps,
et empêcher que l’U.R.S.S. se retrouve seule protagoniste
face à l’Allemagne nazie (et le Japon).
L’U.R.S.S. développa considérablement son
armement entre 1939 et 1941, notamment au niveau des chars. La
guerre a toujours été considérée
comme inévitable, comme en témoigne ces propos
du commissaire Mekhlis, chef du département politique
de l’armée rouge, en 1939 au 18ème congrès
du Parti :
« Pour éliminer le danger d’une intervention
capitaliste étrangère, dit l’Histoire du P.C.U.S.,
il faut briser l’encerclement capitalise.
Le temps n’est pas éloigné, camarades, où
notre armée, qui, par son idéologie prévalante,
constitue une armée internationale, saura, pour riposter
aux attaques insolents de l’ennemi, aider les ouvriers des
pays agresseurs à s’émanciper du joug fasciste,
du joug de la servitude capitaliste, et brisera cet encerclement
capitaliste dont parlait le camarade Staline ».
Lors de l’invasion, Staline resta en arrière-plan,
afin de se conserver comme « symbole ».
Molotov fit un appel immédiat à la résistance,
et Staline ne prit la parole que le 3 juillet 1941, pour faire
un appel au profil très bas à ses « frères
et sœurs ».
Staline joua alors un rôle militaire très important,
consistant à coordonner les différents maréchaux
et généraux. Un accent particulier fut mis sur
la guerre de partisans, qui n’avait pas été
préparé mais se développa rapidement.
La ligne générale fut celle de la lutte de libération
nationale, sans pour autant que cette ligne correcte fut clairement
explicitée. Ainsi, au « Prolétaires
de tous les pays, unissez-vous ! » de La Pravda
succéda pendant la guerre un « Mort à
l’envahisseur allemand ! », et la propagande
s’efforça de faire ressortir la question nationale
(comme le film « Alexandre Nevski », retraçant
la lutte des Russes contre les chevaliers teutoniques, le montre).
La guerre fut appelée « seconde grande guerre
patriotique », en référence à
la première datant de 1812.
Néanmoins, il faut bien constater que le Parti a toujours
été au poste de commandement, et qu’aucune
déviation militariste n’a eu lieu. Staline a donc
bien contribué à la victoire de l’U.R.S.S.
sur le nazisme, et a joué le rôle de chef de l’armée
rouge.
b)la reconstruction
(1945-1953)
De fait, la vie démocratique dans le Parti a repris dès
la fin de la guerre, progressivement. Une large critique fut
faite contre la routine administrative, allant contre les Soviets
et contre le Parti.
Le Parti avait désormais 6 millions d’adhérents,
dont la moitié l’avait rejoint pendant la guerre,
avec le manque de formation que cela implique.
Qui plus est, les nazis avaient mené un grand combat idéologique
dans les zones qu’ils avaient contrôlés, un
travail dut également être fait à ce niveau.
La guerre impérialiste avait considérablement affaibli
économiquement l’Union Soviétique, qui entame
donc une reconstruction sur la base des plans quinquennaux. Cette
reconstruction se fait en liaison avec celle des démocraties
populaires des pays de l’Est européen.
Le concept de « démocratie populaire »
a été formulé par Dimitrov, et contient
en son sein une déviation réformiste, dont un écho
ambigu se fait sentir dans le discours de Staline le 14 octobre
1952 au 19ème congrès du Parti.
Ce congrès est celui du changement de nom, le « PCUS[b] »
devenant le « PCUS », puisque le but est
le communisme désormais, le plus haut stade du socialisme
étant atteint selon Staline. Celui-ci avait publié
en 1951 un texte important, « Les problèmes
économiques du socialisme en U.R.S.S. », où
il tentait d’expliciter les erreurs qu’il était
(encore) possible de faire.
Il faut bien noter que Staline met plusieurs points d’importance
en avant.
Tout d’abord, il met en avant le fait qu’il y ait des
déséquilibres dans le développement de l’économie
socialiste, mais les explique par les problèmes d’adéquation
entre la planification et l’économie.
Il donne une solution économiste, qualifiée par
les maoïstes de « théorie des forces productives »,
et consistant à défendre le passage au communisme
par simple élévation permanente du niveau matériel :
« Existe-t-il une loi économique fondamentale
du socialisme ? Oui, elle existe. Quels sont les principaux
traits et exigences de cette loi ?
Les principaux traits et exigences de la loi économique
fondamentale du socialisme pourraient être formulés
à peu près ainsi: assurer au maximum la satisfaction
des besoins matériels et culturels sans cesse croissants
de toute la société, en développant et en
perfectionnant toujours la production socialiste sur la base
d’une technique supérieure ».
Au niveau politique, Staline évite néanmoins les
erreurs, et est conscient des nombreux problèmes.
Il souligne ainsi dans tout un chapitre que les guerres impérialistes
continueront d’avoir lieu :
« Certains camarades affirment qu’étant
donné les nouvelles conditions internationales, après
la Seconde Guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes
ne sont plus inévitables.
Ils estiment que les contradictions entre le camp du socialisme
et celui du capitalisme sont plus fortes que les contradictions
entre pays capitalistes ; que les Etats-Unis d’Amérique
se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour
les empêcher de se faire la guerre et de s’affaiblir
mutuellement ; que les hommes avancés du capitalisme
sont assez instruits par l’expérience des deux guerres
mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice
à l’ensemble du monde capitaliste, pour se permettre
d’entraîner à nouveau les pays capitalistes
dans une guerre entre eux ; que, de ce fait, les guerres
entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.
Ces camarades se trompent (…).
On dit que les contradictions entre capitalisme et socialisme
sont plus fortes que celles existant entre les pays capitalistes.
Théoriquement, c’est juste, bien sûr. Pas seulement
aujourd’hui ; c’était juste aussi à
la veille de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce que comprenaient
plus ou moins les dirigeants des pays capitalistes. Et cependant,
la Seconde Guerre mondiale n’a pas commencé par la
guerre contre l’U.R.S.S., mais par une guerre entre pays
capitalistes.
Pourquoi ? Parce que, d’abord, la guerre contre l’U.R.S.S.,
pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que
la guerre entre pays capitalistes. Car si la guerre entre pays
capitalistes pose seulement la question de la suprématie
de tels pays capitalistes sur tels autres, la guerre contre l’U.R.S.S.
doit nécessairement poser la question de l’existence
même du capitalisme.
Parce que, en second lieu, les capitalistes, bien qu’ils
proclament, aux fins de « propagande »,
l’agressivité de l’Union soviétique,
n’y croient pas eux-mêmes, puisqu’ils tiennent
compte de la politique de paix de l’Union soviétique
et savent que cette dernière n’attaquera pas d’elle-même
les pays capitalistes (…).
Il s’ensuit donc que l’inévitabilité
des guerres entre pays capitalistes reste entière.
On dit qu’il faut considérer comme périmée
la thèse de Lénine selon laquelle l’impérialisme
engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes
forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent
la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux.
Le mouvement actuel pour la paix se propose d’entraîner
les masses populaires dans la lutte pour le maintien de la paix,
pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent,
il ne vise pas à renverser le capitalisme et à
établir le socialisme,- il se borne à des buts
démocratiques de lute pour le maintien de la paix.
A cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la
paix se distingue du mouvement de l’époque de la
Première Guerre mondiale, lequel, visant à transformer
la guerre impérialiste en guerre civile, allait plus loin
et poursuivait des buts socialistes.
Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix
évolue çà et là vers la lutte pour
le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur
de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.
Le plus probable, c’est que le mouvement actuel pour la
paix, c’est-à-dire le mouvement pour le maintien
de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer
une guerre donnée, à l’ajourner temporairement,
à maintenir temporairement une paix donnée, à
faire démissionner le gouvernement belliciste et à
y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir
provisoirement la paix. Cela est bien, naturellement.
C’est même très bien. Mais cela ne suffit pas
pour supprimer les guerres inévitables en général
entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré
tous ces succès du mouvement de la paix, l’impérialisme
demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l’inévitabilité
des guerres reste également entière.
Pour supprimer le caractère inévitable des guerres,
il faut détruire l’impérialisme ».
Un autre chapitre est consacré à « la
portée internationale d’un manuel marxiste d’économie
politique ». Staline y explique qu’un tel manuel
contribuerait à aider les communistes de tous les pays
à comprendre l’expérience bolchévik,
particulièrement les jeunes venus aux Partis.
Mais Staline dit aussi :
« Du reste, étant donné le niveau insuffisant
de formation marxiste de la plupart des partis communistes des
pays à l’étranger, ce manuel pourrait être
d’une grande utilité aussi pour les cadres communistes
déjà âgés de ces pays ».
Ce qui a le mérite d’être on ne peut plus clair,
et se montrera très vrai dès la mort de Staline,
le 5 mars 1953.
c)le triomphe
du révisionnisme (1953-1956)
A la mort de Staline, les choses vont très vite. Les différents
services des commissaires politiques sont dissous ; le service
de sécurité de l’Etat est démantelé,
son chef Béria, partisan de Staline, exécuté ;
en 1954 le KGB est fondé.
De fait, une bataille s’est lancé au sein du Parti
entre deux fractions.
La première, qui a pris le pouvoir dès la mort
de Staline, c’est celle qui s’organise autour de Khroutchev,
partisan zélé de Staline qui propose d’un
coup la « critique du culte de la personnalité »,
qui va lancer la déstalinisation au XXème congrès
du Parti.
Représentant de la bourgeoisie soviétique qui s’est
développée dans le Parti, il organise la liquidation
des kolkhozes et le développement du capitalisme dès
le pouvoir entre les mains de sa fraction.
La seconde, c’est celle organisée autour de Viatcheslav
Molotov, Lazar Kaganovitch et Malenkov, qui ne veut pas de révision
du marxisme-léninisme. Ils seront définitivement
écartés en 1957.
Marxistes-léninistes sérieux et conséquents,
ils ont toujours fait la différence entre Staline en tant
qu’individu et le symbole destiné aux masses. Kaganovitch
parlait ainsi du « camarade Staline et de la direction
stalinienne homogène ».
Le terme « stalinien » ne signifiait pas
« de Staline », mais : « de
la période de Staline ». S’il y a eu des
excès dans cette propagande passant par l’image d’un
individu, et il est évident que la bourgeoisie au sein
du Parti en a profité, il faut tout de même noter
certains faits assez démonstratifs concernant Staline
lui-même. Lorsque fut créé le corps de la
garde en octobre 1941, il intervint pour retirer de leur devise
les mots « Pour Staline ».
Il refusa le grade de « généralissime »
et le titre de « héros de l’Union Soviétique »
tant que la victoire sur l’Allemagne ne fut pas effective.
Il participait lui-même aux ovations lors de ses discours,
et a toujours souligné que « le Parti l’avait
façonné à son image ».
De fait, le discours sur le culte de la personnalité n’était
qu’un prétexte justifiant la prise du pouvoir de
la bourgeoisie soviétique, qui s’est développé
idéologiquemet à cause des erreurs du Parti de
Staline. Cela est d’autant plus flagrant quand on sait que
Khroutchev était l’un des plus grands zélateurs
de Staline.
De fait, comme le dit Mao,
« Au cours de l’année écoulée
[soit 1956], plusieurs grands orages ont éclaté
sur la scène du monde. Le XXème Congrès
du Parti Communiste de l’Union Soviétique a lancé
une violente attaque contre Staline ; puis, les impérialistes
ont mené deux vastes campagnes anti-communistes, et deux
débats orageux ont eu lieu au sein du mouvement communiste
international.
Certains partis d’Europe et d’Amérique ont été
beaucoup affectés par ces événements et
ont subi des pertes considérables ; les partis des
pays d’Orient ont été moins touchés
et leurs pertes ne sont pas aussi graves.
Depuis le XXème Congrès du Parti Communiste de
l’Union Soviétique, certains qui avaient soutenus
très activement Staline sont maintenant non moins actifs
dans leurs attaques contre lui. A mon avis, ils laissent de côté
le marxisme-léninisme, ils n’ont pas fait l’analyse
du problème et ignorent la morale révolutionnaire.
Le marxisme-léninisme implique aussi la morale révolutionnaire
du prolétariat. Naguère, vous déployiez
tant de zèle pour soutenir Staline qu’il faudrait
tout de même, à présent, avancer quelques
raisons pour justifier votre revirement ! Mais, sans donner
la moindre explication, vous prenez tout à coup un virage
de 180 degrés, comme si vous n’aviez jamais soutenu
Staline, et pourtant, vous étiez bien ses partisans fervents.
La question de Staline concerne l’ensemble du mouvement
communiste international et les partis de tous les pays.
Pour ce qui est du XXème Congrès du Parti Communiste
de l’Union Soviétique, l’écrasante majorité
des cadres de notre Parti en sont mécontents. C’est
là un sentiment naturel, une réaction normale (..).
A propos de la dialectique, Lénine disait : « On
peut brièvement définir la dialectique comme la
théorie de l’unité des contraires. Par là
on saisira le noyau de la dialectique, mais cela exige des explications
et un développement ».
Explications et développement, c’est là une
tâche qui nous incombe. Il faut fournir des explications,
nous en avons donné trop peu jusqu’ici. Il faut aussi
assurer le développement ; nous qui avons accumulé
une riche expérience au cours de la révolution,
nous devons développer cette théorie.
Lénine disait par ailleurs : « L’unité
(coïncidence, identité, équipollence) des
contraires est conditionnée, temporaire, passagère,
relative. La lutte des contraires qui s’excluent mutuellement
est absolue, de même que l’évolution, de même
que le mouvement ». Partant de ce point de vue, nous
avons formulé le principe « Que cent fleurs
s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ».
La vérité n’existe qu’au regard de l’erreur
et se développe dans la lutte contre elle. Il en est de
même pour le beau et le laid, pour le bien et le mal.
En effet tout acte utile, tout homme de bien n’existent
qu’au regard des actes blâmables, des mauvaises gens
et se développent dans la lutte contre eux. Bref, les
fleurs odorantes n’existent qu’au regard des herbes
vénéneuses et se développent dans la lutte
contre elles.
Interdire aux gens d’entrer en contact avec ce qui est faux,
pernicieux ou ce qui nous est hostile, d’aborder l’idéalisme
et la métaphysique, et de connaître les propos de
Confucius, de Laotse et de Tchiang Kaï-chek serait une politique
dangereuse. Elle conduirait à la régression de
la pensée, à des vues unilatérales et rendrait
l’homme incapable de résister aux épreuves
de la vie et de réfuter les opinions adverses.
En philosophie, le matérialisme et l’idéalisme
forment une unité des contraires et sont en lutte l’un
contre l’autre. Il y a, par ailleurs, la dialectique et
la métaphysique : elles aussi forment une unité
des contraires et sont en lutte l’une contre l’autre.
Quand on traite de la philosophie, on ne peut se passer de cette
paire de contraires. En Union Soviétique, on n’admet
pas l’existence des paires de contraires ; on s’en
tient à un seul aspect des choses, car, à ce que
l’on prétend, il n’y a là-bas que des
fleurs odorantes et pas d’herbes vénéneuses ;
on nie l’existence de l’idéalisme et de la métaphysique
dans un pays socialiste.
En fait, l’idéalisme, la métaphysique, les
herbes vénéneuses existent dans n’importe
quel pays. En Union soviétique, de nombreuses herbes vénéneuses
apparaissent sous les couleurs de fleurs odorantes, une foule
de propos bizarres se présentent sous l’enseigne
du matérialisme ou du réalisme socialiste.
Nous reconnaissons publiquement la lutte entre le matérialisme
et l’idéalisme, la dialectique et la métaphysique,
les fleurs odorantes et les herbes vénéneuses.
Cette lutte se poursuivra à jamais, et progressera d’un
pas à chaque étape.
Je voudrais adresser un conseil aux camarades ici présents :
si vous possédez déjà le matérialisme
et la dialectique, vous devez encore compléter vos connaissances
par l’étude de leurs contraires, l’idéalisme
et la métaphysique.
Les œuvres de Kant et de Hegel, de Confucius et de Tchiang
Kaï-chek, tous ces matériaux négatifs sont
à lire. Sans connaître l’idéalisme ni
la métaphysique, sans avoir lutté contre ces conceptions
adverses, vos connaissances sur le matérialisme et la
dialectique ne seraient pas solides. Certains membres du Parti,
dont des intellectuels, ont précisément le défaut
de connaître trop peu ces matériaux négatifs.
Ayant étudié quelques livres de Marx, ils se bornent
à répéter ce qu’ils ont lu, et c’est
bien monotone. Leurs discours, leurs articles sont donc peu convaincants.
Si vous n’étudiez pas les choses négatives,
vous n’arriverez pas à les réfuter.
Marx, Engels, Lénine n’agissaient pas ainsi. Ils
s’appliquaient à étudier et approfondir les
diverses questions de leur temps ou du passé, et invitaient
les autres à faire de même. C’est à
travers des études sur les doctrines de la bourgeoisie,
à savoir la philosophie classique allemande, l’économie
politique classique anglaise et le socialisme utopique français,
et à travers des luttes menées contre elles que
les trois parties constitutives du marxisme ont pu voir le jour.
Staline était moins fort. Par exemple, on considérait
à son époque la philosophie classique allemande,
philosophie idéaliste, comme une réaction de l’aristocratie
allemande contre la Révolution française. Une telle
conclusion est une négation complète de la philosophie
classique allemande.
Staline a rejeté en bloc la science militaire de l’Allemagne ;
selon lui, puisque les Allemands ont perdu la guerre, leur science
militaire ne vaut plus rien, et par conséquent, les ouvrages
de Clausewitz ne méritent plus qu’on les lise.
Il y a pas mal de métaphysique chez Staline et il a appris
beaucoup de gens à la pratiquer. Dans l’Histoire
du Parti Communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S., il
dit que la dialectique marxiste présente quatre traits
fondamentaux.
Au point a), il parle de la liaison entre les divers choses et
phénomènes, comme s’ils étaient liés
sans cause ni raison. Comment, alors, les choses sont-elles liées
ensemble ? Par les deux aspects en contradiction. Et toute
chose, tout phénomène présente deux aspects
contradictoires.
Au point d), il parle des contradictions inhérentes aux
choses et aux phénomènes. Mais il n’insiste
que sur la lutte des contraires, sans mentionner leur unité.
Conformément à l’unité des contraires,
loi fondamentale de la dialectique, les deux contraires sont
en lutte tout en restant unis, ils s’excluent l’un
l’autre tout en étant liés l’un à
l’autre et, dans des conditions données, se transforment
l’un en l’autre.
Dans le Petit dictionnaire philosophique, quatrième édition,
publié en Union soviétique, l’article Identité
exprime le point de vue de Staline.
Il y est dit : « Les phénomènes
tels que la guerre et la paix, la bourgeoisie et le prolétariat,
la vie et la mort, etc., ne peuvent être identiques, car
les deux aspects sont foncièrement opposés et s’excluent
l’un l’autre ».
Cela veut dire que, entre ces phénomènes foncièrement
opposés, il n’existe pas d’identité dans
le sens marxiste du mot et qu’ils ne font que s’exclure
mutuellement, sans être liés l’un à
l’autre ni pouvoir se convertir l’un en l’autre
dans des conditions données. Voilà une assertion
fondamentalement erronée.
Selon cet article, la guerre, c’est la guerre, et la
paix, c’est la paix, deux choses qui ne font que s’exclure
l’une l’autre, sans liaison aucune entre elles ;
la guerre ne peut se convertir en paix, pas plus que la paix
en guerre.
Lénine donne cette citation de Clausewitz : « La
guerre est le prolongement de la politique par d’autres
moyens ». La lutte en période de paix, c’est
la politique, et la guerre, c’est aussi la politique, mais
avec recours à des moyens particuliers.
La guerre et la paix s’excluent l’une l’autre
tout en restant liées l’une à l’autre,
et se transforment dans des conditions déterminées.
Si la guerre ne se prépare pas en période paix,
comment peut-elle éclater brusquement ? Si la paix
ne se prépare pas pendant la guerre, comment peut-elle
s’établir subitement ?
Si la vie et la mort ne peuvent se convertir l’une en l’autre,
dites-moi alors d’où viennent les êtres animés.
Il n’y avait au début que de la matière inanimée
sur la Terre, c’est seulement plus tard que sont apparus
des êtres animés qui sont dérivés
de la matière inanimée ou inerte. Tout être
animé connaît un processus de métabolisme :
naissance, croissance, reproduction et mort.
Tout au long de l’activité d’un être animé,
la vie et la mort sont en lutte et se convertissent constamment
l’un en l’autre.
Si la bourgeoisie et le prolétariat ne peuvent se convertir
l’un en l’autre, comment expliquez-vous que, par la
révolution, le prolétariat devient la classe dominante
et la bourgeoisie une classe dominée (…) ?
Staline ne voyait pas la liaison entre la lutte des contraires
et leur unité. Certains Soviétiques ont une méthode
de pensée métaphysique, leur pensée est
tellement sclérosée qu’ils ne reconnaissent
pas l’unité des contraires ; pour eux, c’est
comme ceci ou comme cela. Par conséquent, ils ne manquent
pas de commettre des erreurs d’ordre politique (..).
Pendant une longue période, Staline a nié l’existence
de contradictions entre les rapports de production et les forces
productives, entre la superstructure et la base économique
en régime socialiste.
C’est seulement un an avant son décès qu’il
a, en termes vagues, parlé dans son livre Les problèmes
économiques du socialisme en U.R.S.S. de la contradiction
entre les rapports de production et les forces productives en
régime socialiste. Des problèmes surgiront, dit-il,
si la politique est erronée et que l’action régulatrice
joue mal à propos.
Toutefois, il n’a toujours pas présenté comme
un problème global les contradictions entre les rapports
de production et les forces productives, entre la superstructure
et la base économique en régime socialiste, il
ne s’est toujours pas rendu compte que ces contradictions
constituent les contradictions fondamentales qui font progresser
la société socialiste. Il croyait que sont Etat
était solide.
Quant à nous, nous ne devons pas penser que notre Etat
est solide. Il l’est tout en ne l’étant pas.
La dialectique estime que le régime socialiste, en tant
que phénomène historique, disparaîtra un
jour, tout comme l’homme doit mourir, et que le régime
communiste en sera la négation.
Comment peut-on considérer comme marxiste l’assertion
selon laquelle le régime socialiste, ainsi que les rapports
de production et la superstructure du socialisme, ne disparaîtront
pas ? Ne serait-ce pas là un dogme religieux, la
théologie qui professe l’éternité de
Dieu ? ».
Comme on le comprend, les erreurs dans la politique du Parti
ont amené un espace où a pu se développer
le révisionnisme.
Ce révisionnisme, avec Khroutchev, a pris le pouvoir à
la mort de Staline, et a rétabli le capitalisme.
Traiter de la restauration du capitalisme en U.R.S.S. prendrait
ici trop de place, aussi y aura-t-il un document spécifique
à ce sujet, également consacré à
la restauration en Chine populaire dans les années 1970.
Ce qui compte ici, c’est de comprendre le sens de l’expérience
du Parti bolchévik, le formidable travail théorique
et pratique, la conquête d’une ligne politique correcte,
et l’avancée dans le processus révolutionnaire.

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