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Résolution du 10 avril 1923 du conseil des trois (Béliaev, Kaufman, Svilova)
La situation sur le front du cinéma est peu agréable. Les premières mises en scène russes ressemblent comme il se doit aux anciennes fabrications « artistiques », de la même façon que les Nepmans ressemblent aux anciens bourgeois.
Le répertoire des réalisations pour l'été, chez nous et en Urkaine, ne nous inspire aucune confiance.
1. Observant les films qui nous arrivent de l'Occident et d'Amérique, compte tenu des renseignements que nous avons sur ces travaux et sur les recherches qui se déroulent à l'étranger et chez nous, je suis arrivé à ces conclusions :
L'arrêt de mort rendu en 1919 par les Kinoks à rencontre de tous les films sans exception est toujours valable aujourd'hui.
L'observation la plus sérieuse ne découvre pas un seul film, pas une seule recherche tendant vraiment vers l'affranchissement de la caméra qui se trouve dans un triste esclavage, dans la soumission à un oeil humain imparfait et peu perçant.
Nous ne sommes pas contre le travail de sape mené par la cinématographie sous la littérature, sous le théâtre, nous sommes complètement favorables à l'utilisation du cinéma dans toutes les branches de la science, mais nous considérons ces fonctions comme accessoires et comme s'éloignant de l'essentiel.
Fondamental et essentiel : LA CINÉ-PERCEPTION
DU MONDE
Le point de départ est : l'utilisation de la caméra comme un ciné-oeil plus parfait que l'oeil humain, pour explorer le chaos des phénomènes visuels qui emplissent l'espace.
Le ciné-oeil vit et se développe dans le temps et dans l'espace, il perçoit et il fixe les impressions non pas à la manière humaine, mais d'une tout autre façon. La position de notre corps au moment de l'observation, le nombre de moments perçus par nous d'un phénomène visuel en une seconde ne sont pas du tout obligatoires à la caméra, qui perçoit d'autant et d'autant mieux qu'elle est plus parfaite.
Nous ne pouvons pas perfectionner nos yeux, mais nous pouvons perfectionner toujours davantage la caméra.
Jusqu'à présent, le ciné-opérateur a été critiqué plus d'une fois pour un cheval au galop qui se déplaçait sur l'écran avec lenteur anormale (tournage rapide de la manivelle de la caméra) ou, au contraire, pour un tracteur qui labourait trop vite un champ (tournage trop lent de la manivelle de la caméra), etc.
Certes, ces choses étaient dues au hasard, mais nous préparons un système de hasards bien réfléchis, un système d'anormalités apparentes qui explorent et organisent les phénomènes.
Jusqu'à présent nous avons violenté la caméra et l'avons obligée à copier le travail de notre oeil.
Et mieux c'était imité, plus hautement était considérée la valeur d'un tournage.
Aujourd'hui nous libérons la caméra, et nous allons la faire travailler dans une direction opposée, aussi loin que possible de l'imitation.
Toutes les faiblesses de l'oeil humain sont évidentes.
Nous affirmons le cinéma-oeil, qui cherche à tâtons dans le chaos des mouvements une résultante permettant sa marche en avant, nous affirmons le ciné-oeil avec sa propre mesure du temps et de l'espace, avec sa force et ses possibilités sans cesse accrues.
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