La technique, les forces productives et les animaux: critiquons la pensée mécanique – automatique typiquement nationale-bourgeoise française (deuxième partie)
Ainsi, selon Karl Marx, les premières « machines » employées ont été les animaux. L’utilisation des animaux a été comme nous l’expliquions un élément essentiel de la naissance du patriarcat.
Un exemple très intéressant ici est la domestication des chiens. C’est cette question dont nous allons parler ici. Les chiens sont en effet les premiers animaux qui ont été utilisé par les humains, et il y a là un moment clef dans la naissance de la domination, du rapport patriarcal.
Culturellement on en voit encore le reflet aujourd’hui, depuis le pitbull utilisé comme esclave – arme par des hommes aux mentalités guerrières, jusqu’aux bourgeoises des quartiers chics promenant leur petit chien comme esclave – trophée, en passant par les SDF (ou les punks) et leur chien esclave – compagnon.
Une étude sur l’origine de la domestication des loups et leur transformation en chiens vient justement d’être rendue publique par l’Université de Californie, basée à Los Angeles. Faite par Bridgett M. von Holdt et Robert K. Wayne, elle visait à savoir le point de départ de la domestication des chiens.
Pour cela, l’ADN des chiens a été étudié et comparé à ceux des loups. Le chien venant du loup, il serait alors possible d’où vient l’ancêtre commun à tous les chiens. La recherche a donné comme résultat le Moyen-Orient.
Ce qui est somme toute logique, puisqu’il s’agit de la région du croissant fertile, d’une grande importance dans le développement de la civilisation humaine. Il faut noter ici par contre que les données de Chine n’ont pas été vraiment traitées; or, dans cette région du monde, il y a également eu très vraisemblablement domestication du loup.
Ce qui correspond en fait à la compréhension moderne des premières civilisations: il y a deux pôles, un dans un Moyen-Orient considéré de manière très large, allant de l’Égypte jusqu’aux actuels Pakistan, Afghanistan (soit la civilisation de l’Indus), et l’autre en Chine. Ce n’est pas un hasard bien entendu si l’alphabet est né en Ougarit (en actuel Syrie) et que la Chine a développé inversement son propre système de transcription.
Constatons par ailleurs que le langage en tant que « technique » est nécessairement néeen même temps que la domestication des animaux, l’agriculture, faisant par la suite un saut qualitatif avec la naissances des échanges à des échelles toujours plus grandes.
D’où le fait que les religions monothéistes soulignent l’importance du « langage », expression de la domination patriarcale de Dieu (on ne peut prier que dans la langue de Dieu soit en hébreu soit en arabe, le nouveau testament dit « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » etc.).
Et force est de constater que le langage a une importance essentielle dans la domestication des loups en chiens. Le langage c’est ici la hiérarchie, c’est donner des ordres.
Que s’est-il passé? La domestication de certains loups, devenus au fur et à mesure des chiens, s’est déroulée comme une première étape. Les humains étaient alors des chasseurs – cueilleurs, et sans doute un « modus vivendi » s’est développé entre les humains et les loups au sujet du partage des charognes.
Par la suite, les chiens se sont adaptés, ils se sont habitués aux rapports avec les humains (il ne s’agit pas, de manière principale, d’une simple « sélection naturelle » consistant en un « tri sélectif » génétique pratiqué de manière « intelligente » ou planifiée par les humains).
Et le rapport aux chiens est devenu autoritaire parallèlement à l’apparition des classes sociales.
Il y a là une dimension extrêmement importante, que seul le marxisme – léninisme – maoïsme permet de comprendre. Le passage d’un mode de production à un autre n’est pas simplement une question de richesse, c’est aussi une question de culture.
A ce titre, il faut citer ici L’idéologie allemande, de Marx et Engels. Dans le passage suivant, il est en effet traité:
- de la coopération entre des individus, ce qui récuse à la fois les théories social-darwinistes sur l’évolution humaine, mais également la théorie de « l’animal-machine » puisque dans l’extrait sont des individus qui coopèrent: la domestication des chiens naît initialement comme coopération de loups en tant qu’individus, et par la suite de chiens en tant qu’individus;
- de la culture, qui est considéré ici par Marx et Engels comme aussi important que la question de la richesse. C’est l’importance de l’idéologie soulignée seulement par le marxisme – léninisme -maoïsme. C’est ce qui souligne l’importance de la dimension culturelle dans le processus révolutionnaire, le principe de « Socialisme ou retombée dans la barbarie », la question morale, l’importance de l’écologie et de la question animale par rapport à la contradiction entre les villes et les campagnes.
Marx et Engels, fondateurs du socialisme scientifique, expliquent donc (c’est nous qui soulignons):
« La puissance sociale, c’est-à-dire la force productive décuplée qui naît de la coopération des divers individus conditionnée par la division du travail, n’apparaît pas à ces individus comme leur propre puissance conjuguée, parce que cette coopération elle-même n’est pas volontaire, mais naturelle; elle leur apparaît au contraire comme une puissance étrangère, située en dehors d’eux, dont ils ne savent ni d’où elle vient ni où elle va, qu’ils ne peuvent donc plus dominer et qui, à l’inverse, parcourt maintenant une série particulière de phases et de stades de développement, si indépendante de la volonté et de la marche de l’humanité qu’elle dirige en vérité cette volonté et cette marche de l’humanité.
Cette « aliénation », — pour que notre exposé reste intelligible aux philosophes —, ne peut naturellement être abolie qu’à deux conditions pratiques.
Pour qu’elle devienne une puissance « insupportable », c’est-à-dire une puissance contre laquelle on fait la révolution, il est nécessaire qu’elle ait fait de la masse de l’humanité une masse totalement « privée de propriété », qui se trouve en même temps en contradiction avec un monde de richesse et de culture existant réellement, choses qui supposent toutes deux un grand accroissement de la force productive, c’est-à-dire un stade élevé de son développement. »
Ici la question de la culture est une question active, mais à la sortie du communisme primitif, lorsque le patriarcat l’emporte, la question est passive. C’est ce qu’explique Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État:
« La tribu restait pour l’homme la limite, aussi bien en face de l’étranger que vis-à-vis de soi-même : la tribu, la gens et leurs institutions étaient sacrées et intangibles, constituaient un pouvoir supérieur donné par la nature, auquel l’individu restait totalement soumis dans ses sentiments, ses pensées et ses actes.
Autant les hommes de cette époque nous paraissaient imposants, autant ils sont indifférenciés les uns des autres, ils tiennent encore, comme dit Marx, au cordon ombilical de la communauté primitive.
La puissance de cette communauté primitive devait être brisée — elle le fut. Mais elle fut brisée par des influences qui nous apparaissent de prime abord comme une dégradation, comme une chute originelle du haut de la candeur et de la moralité de la vieille société gentilice.
Ce sont les plus vils intérêts — rapacité vulgaire, brutal appétit de jouissance, avarice sordide, pillage égoïste de la propriété commune — qui inaugurent la nouvelle société civilisée, la société de classes ; ce sont les moyens les plus honteux — vol, violence, perfidie, trahison — qui sapent l’ancienne société gentilice sans classe, et qui amènent sa chute.
Et la société nouvelle elle-même, pendant les deux mille cinq cents ans de son existence, n’a jamais été autre chose que le développement de la petite minorité aux frais de la grande majorité des exploités et des opprimés, et c’est ce qu’elle est de nos jours, plus que jamais. »
Ainsi, dans le passage du communisme primitif à la civilisation, la domestication des loups devenus chiens est un témoin: celui de la domestication des animaux avec ceux-ci utilisés comme « moving force » c’est-à-dire comme force contribuant directement à la production (que ce soit la chasse ou l’agriculture).
Cela souligne l’importance de la question animale à la lumière du marxisme – léninisme – maoïsme.
En fait, lorsqu’on parle de la triple oppression, de l’importance notamment du patriarcat, on doit comprendre que cette idéologie patriarcale a été l’un des ressorts du développement des forces productives, développement qui a permis l’établissement du mode de production capitaliste.
Partant de là, dans le capitalisme les animaux ne seront jamais vu comme autre chose que devant obéir aux lois du langage de domination, que comme devant être soumis comme « moving force » ou bien comme esclave – trophée symbolique de domination.
Ce qui montre le caractère bourgeois, le caractère économiste de ceux qui se prétendent révolutionnaires mais rejettent au 21ème siècle la question animale.
Si dans des pays arriérés comme la Russie de Lénine et Staline ou la Chine de Mao Zedong, cette question ne se posait pas en raison du retard des forces productives, cette question est d’une énorme importance au 21ème siècle dans les pays où le capitalisme a depuis 1945 énormément permis aux forces productives de s’accroître de manière significative.
Nier la question animale, c’est nier l’importance de la culture dans le processus révolutionnaire et se rattacher en définitif à l’économisme bourgeois (qui a précisément, et ce n’est pas pour rien!, été l’apanage des révisionnistes en URSS et en Chine, avec Khrouchtchev et Deng Xiao Ping).