Le matérialisme bourgeois contre la dignité du réel et la réalité sensorielle: affrontons Descartes et l’esprit vivisecteur français
La caractéristique principale du matérialisme bourgeois est de rejeter la dignité du réel et de n’accorder de valeur qu’à la démonstration.
Ce matérialisme bourgeois domine de manière absolue les idéologies dominantes anglaise et française; c’est là le point commun essentiel de la France et de l’Angleterre, point commun expliquant l’énorme poids du syndicalisme, de l’économisme, du trotskysme, etc.
La France et l’Angleterre ont en effet connu leurs révolutions bourgeoises; la bourgeoisie a pu exprimer très tôt librement sa vision du monde. Et le matérialisme bourgeois a pu devenir dans ces pays un « pragmatisme » très poussé.
En France, le théoricien essentiel du matérialisme bourgeois est Descartes. Ce penseur a joué un rôle éminemment positif dans la lutte contre l’obscurantisme féodal; toutefois, à notre époque, le matérialisme bourgeois est dépassé, et sa réalité est destructrice.
Le matérialisme bourgeois est en effet un matérialisme limité, borné, mécanique; on peut résumer sa démarche à celle de la vivisection.
La légende veut d’ailleurs que lorsqu’un visiteur demanda à Descartes de montrer sa bibliothèque, il montra un veau ouvert. Que l’anecdote soit vraie ou pas (elle a de fortes chances de l’être), elle exprime précisément l’esprit du matérialisme bourgeois.
Le matérialisme bourgeois considère que tout est « devant nous » et qu’il n’y a rien à chercher « ailleurs. »
C’était bien sûr un progrès énorme par rapport à la métaphysique, à la croyance en Dieu, à la religion en tant que système de pensée idéaliste.
Mais une telle démarche est incompatible avec la science, qui justement ne peut être assumée que par la classe ouvrière pour la raison précise que la classe ouvrière reconnaît la dignité du réel.
La classe ouvrière reconnaît le principe des sauts qualitatifs; le matérialisme bourgeois le nie et ne voit les choses que de manière pragmatique: il ne peut pas par exemple en rien remettre en question la vivisection comme une pratique barbare, car il ne peut pas admettre le saut qualitatif changeant le statut de l’animal aux yeux des humains.
Le matérialisme bourgeois ne peut pas concevoir de révolution, ni sur le plan matériel ni sur le plan des idées; ses schémas de pensée sont linéaires, et devant les incohérences il parle de « chaos », de hasard, etc.
Le matérialisme bourgeois est brutal et ne s’intéresse qu’à la matière considérée comme forcément « brute » ; il est incapable de voir à long terme, car il nie le principe du saut qualitatif inhérent au mouvement de la matière.
D’où l’utilisation du nucléaire, d’où le réchauffement climatique comme conséquence du pragmatisme au lieu de la planification, d’où la médecine sans état d’âme, d’où le culte des voitures, d’où la vivisection…
Dans ce dernier exemple, on remarque que, selon la bourgeoisie, les ennemis de la vivisection seraient des gens « bizarres » et rien d’autres: le matérialisme bourgeois ne peut en effet même pas concevoir le principe d’une révolution intellectuelle, d’une révolution culturelle, d’une révolution matérielle.
Pour illustrer cet exemple, opposons deux extraits, avant de donner la parole à Marx dont une citation essentielle est justement tronquée en langue française afin de donner des gages au matérialisme bourgeois.
La première citation est de Malebranche, qui est une des grandes figures du matérialisme bourgeois. Il est connu pour sa théorie de « l’animal-machine » (un chien qui hurle de douleur n’est selon lui qu’une machine qui grince). La citation est tirée de l’œuvre suivante: « De la recherche de la vérité (Où l’on traite de la nature de l’esprit de l’homme et de l’usage qu’il doit en faire pour éviter l’erreur dans les sciences) ».
Le prêtre Malebranche dit, donc:
« Il est certain que la plupart de nos erreurs ont pour première cause cette forte application de l’âme à ce qui lui vient par les sens, et cette nonchalance où elle est pour les choses que l’entendement pur lui représente. »
Comme on le voit, les sens se voient rejetés au profit de l’entendement, de la démonstration. La démonstration, comme chez Descartes, est justifiée par le fait que Dieu a créé le monde et qu’on peut retrouver les lois de celui-ci par des principes purement « logiques. »
On voit comment ce matérialisme est borné: il ne considère pas la matière comme en mouvement. Citons justement ici Lénine, qui donne le point de vue communiste, correspondant à la science assumée par le PCMLM:
« La pratique est supérieure à la connaissance (théorique), car elle a la dignité non seulement du général, mais du réel immédiat. » (Lénine, Notes sur La Science de la logique de Hegel, cité par Mao dans De la pratique).
On voit ici la différence: Lénine donne de la valeur au fait d’exister dans le monde, alors que le matérialisme bourgeois n’accorde de la signification qu’à « l’entendement. »
La thèse de Lénine est évidemment en droite ligne de Marx et Engels, et voyons justement comment le matérialisme bourgeois a manœuvré pour neutraliser cette thèse.
Il n’est pas un secret en effet que le révisionnisme au sein du Parti Communiste en France vient justement du travail de sape du matérialisme bourgeois, de l’idéologie « républicaine » etc.
Ainsi, dans la première thèse sur Feuerbach, Marx explique le défaut du matérialisme bourgeois, et explique en quoi ce défaut a pu permettre à une frange d’anti-matérialistes – les romantiques hier, les fascistes aujourd’hui – de s’affirmer comme actifs, activistes, « révolutionnaires. »
Marx dit:
« Le principal défaut, jusqu’ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective.
C’est ce qui explique pourquoi l’aspect actif fut développé par l’idéalisme, en opposition au matérialisme, – mais seulement abstraitement, car l’idéalisme ne connaît naturellement pas l’activité réelle, concrète, comme telle. »
Tout cela est très bien. A ceci près qu’il y a un problème dans la citation.
En effet, Marx explique que le problème du matérialisme bourgeois est que « l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective. »
Mais que vient faire alors ici ce « de façon non subjective »? Si en effet on agit, de manière concrète et non pas dans notre esprit, s’il s’agit de pratique, alors notre conscience est tournée vers la pratique.
Notre identité est celle de la pratique: c’est là l’essentiel de l’apport d’Hegel.
Et Marx dit en effet en allemand:
« nicht aber als menschliche sinnliche Tätigkeit, Praxis, nicht subjektiv. »
Soit: « et non pas en tant qu’activité sensorielle humaine, en tant que pratique, de manière subjective. »
Le « nicht », c’est-à-dire la négation, est répétée en allemand afin de faire un parallèle, un équivalent; il ne s’agit pas d’une négation ajoutée! Marx souligne bien que le « de manière subjective » équivaut au « en tant qu’activité humaine sensorielle, en tant que pratique. »
Et on aura évidemment noté que dans la traduction française (qui est donc fausse), on a utilisé le terme de « concret » au lieu de « sensoriel »!
C’est une manipulation de grande envergure contre la pensée de Marx!
Une telle manipulation veut bien tout dire et révèle l’opération d’intégration de Marx dans le matérialisme bourgeois. Une opération qui nécessitait le gommage de certains aspects de Marx, et surtout la négation complète d’Engels.
La dialectique de la nature, oeuvre communiste essentielle d’Engels, est ainsi totalement méconnue en France et cela a été une source essentielle du révisionnisme.
Le PCMLM assume la dialectique de la nature et rejette le matérialisme bourgeois; il assume le principe des sauts qualitatifs dans la réalité matérielle (dont nous faisons partie) et rejette la démonstration à la mode du matérialisme bourgeois comme forme mécanique-pragmatique.