Les excitations antisoviétiques du « Neues Vorwärts »

Parti Communiste d'Allemagne

décembre 1937

Au cours de ses vingt années d'existence, l'Union soviétique a largement prouvé qu'elle est le plus puissant rempart dans la lutte contre le fascisme et la guerre.

La conviction de ce fait était si forte, en 1934 déjà, que des dirigeants social-démocrates, malgré les lourdes fautes dont ils s'étaient rendus coupables précisément sur ce chapitre, déclaraient :
«En tout cas la défense de l'Union soviétique s'entend de soi pour les socialistes révolutionnaires». (Plateforme pour le front unique, publiée dans le n° 12-13 de la revue Zeitschrift für Sozialismus.)

Aujourd'hui que nous avons l'expérience de la guerre d'Abyssinie, des guerres dont sont victimes les peuples espagnol et chinois, ceux qui, pour des raisons diverses, ont adopté jusqu'ici un point de vue erroné, devraient voir plus clairement encore la réalité et prendre une position qui ne puisse prêter à aucune équivoque.

Malgré la clarté de la situation et bien que, tout particulièrement en Allemagne même, les masses populaires se rendent toujours mieux compte que «leur» gouvernement travaille de toutes ses forces à déclencher la guerre ouverte, la direction du Parti social-démocrate allemand a publié au cours de ces dernières semaines quelques articles haineux et calomniateurs dirigés contre la puissance de la paix, contre l'Union soviétique.

Ces articles constituent une digne réplique aux publications par lesquelles, en janvier 1919, le gouvernement Ebert-Noske excitait à la lutte militaire contre la jeune république socialiste qui avait alors à se défendre, au prix d'indicibles sacrifices, contre les armées de l'intervention étrangère.

Mais bien des années d'amères expériences et d'enseignements pour la classe ouvrière allemande et tout le peuple allemand séparent 1919 de 1937.

Et la direction du S.P.D. elle-même a dû formuler à l'occasion certaines critiques en rapport avec cette période.

Elle écrivait dans le programme du S.P.D., publié le 28 janvier 1934, en quelque sorte sous l'influence directe encore de la terrible défaite que le fascisme avait infligé à la classe ouvrière allemande en 1933 :

« La social-démocratie, seule puissance organisée restée intacte, prit sans résistance la conduite de l'Etat, qu'elle se partagea dès l'abord avec les partis bourgeois, avec l'ancienne bureaucratie et même avec l'appareil militaire réorganisé.
Qu'il ait repris presque sans y rien changer l'ancien appareil de 1'Etat, c'est là la grave faute historique que commit le mouvement ouvrier allemand, désorienté durant la guerre. »


Mais aujourd'hui, ces paroles, qui contiennent un aveu historique, non seulement sont passées sous silence, mais leurs auteurs osent prétendre que le fascisme l'a emporté en Allemagne du fait de l'existence de l'Union soviétique.

A l'heure où des millions et des millions d'hommes, dans tous les pays du monde célèbrent le XXè anniversaire de la grande révolution d'Octobre et ses conquêtes gigantesques, les dirigeants de la social-démocratie interdite par Hitler s'opposent démonstrativement à ces millions en écrivant : « Contre le bolchévisme - oui! »

Tandis que les militants social-démocrates antifascistes, dans l'illégalité de la lutte en Allemagne, dans les caveaux glacés des prisons et derrière les barbelés des camps de concentration, attendent impatiemment que soient prononcés les mots qui leur apparaissent avec raison être la clé de la liberté : front unique contre le fascisme, certains dirigeant social-démocrates, dans l'émigration, couvrent de boue l'Etat que les meilleurs combattants de leur parti, dans la nuit fasciste, voient se dresser tel le phare de leurs espérances.

Ils sont mécontents de ce que les initiateurs de la triplice Berlin-Rome-Tokio revendiquent pour eux seuls la primauté de l'anti-bolchévisme et ils prouvent que c'est à eux, dirigeants de la social-démocratie allemande, que doit échoir la palme.

Vanité curieusement placée ! Etrange et incompréhensible si l'on ne savait que ces mêmes dirigeants ont tout tenté, de janvier à juin 1933, pour être tolérés par le national-socialisme en qualité d' « opposition » légale et loyale. Ils allèrent même si loin, à l'époque, qu'ils votèrent au Parlement, après l'incendie du Reichstag, pour la politique extérieure de Hitler.

La suite de leur politique ne saurait davantage être qualifiée de résolue et d'antifasciste.

Ils ont misé consécutivement sur Hugenberg, sur les Casques d'acier, sur la Reichswehr, sur le gouvernement conservateur anglais, s'attachant aujourd'hui à tel espoir, demain à telle autre illusion.

Il n' y a qu'un seul point où ils se soient montrés fermes : la lutte contre tous les efforts sérieux entrepris pour unir en un Front populaire toutes les forces antifascistes d'Allemagne et pour donner une structure, une direction à ce Front populaire grâce à une collaboration clairvoyante des partis social-démocrate et communiste.

Les communistes allemands, par les résolutions de leur parti, ont contribué à créer une atmosphère de discussion fraternelle.

Plus d'une fois, la direction du K.P.D., et en particulier son président, le camarade Pieck, a soumis au parti social-démocrate des propositions concrètes propres à assurer une collaboration effective et immédiate.

Le K.P.D. a mis le plus profond sérieux à déceler ses propres fautes passées.

On vit la volonté d'un examen commun des problèmes et d'une collaboration se développer dans les rangs des militants social-démocrates. Les esprits les plus clairs comprirent que le danger de guerre créé par le fascisme allemand, et ce danger là tout particulièrement, exige que le mouvement ouvrier allemand dans sa totalité se place sans hésiter au côté de l'Union soviétique.

Car : « A mesure que croissent dans la vieille Europe les forces de destruction se développent en Russie soviétique les forces de culture et de paix », comme l'écrivait dans ses lettres le « Cercle de travail des socialistes révolutionnaires », l'un des courants de la social-démocratie allemande.

C'est ce même cercle de dirigeants social-démocrates notoires qui, en 1934, établissant une plateforme politique et recherchant les causes de la victoire du fascisme, aboutissait à la formule suivante : Le réformisme a perdu la démocratie parce qu'il n'a jamais mené sérieusement la lutte pour la démocratie et parce qu'il a toujours eu peur de mobiliser les masses, serait-ce même pour le maintien et l'édification de la démocratie. (Zeitschrift für Sozialismus numéro de septembre-octobre 1934, publication éditée par la direction du S.P.D.)

Mais la direction du Parti social-démocrate allemand a préféré ignorer tout cela et elle va plus loin que jamais, aujourd'hui, dans une voie qui l'oppose impudemment aux opinions de son propre parti et détruit les hases même d'un travail commun de tous les ennemis de la dictature hitlérienne.

Cette détermination porte un préjudice sensible aux intérêts du mouvement ouvrier international et de toutes les forces démocratiques.

Car, à la lecture des articles du Neues Vorwärts , on est en droit de se demander à quoi tend la direction de la social-démocratie allemande.

Il est clair dès maintenant que la voie suivie par elle ne peut conduire à l'union des forces antifascistes d'Allemagne.

Il est clair également que cette voie ne peut conduire non plus à l'alliance des combattants antifascistes d'Allemagne avec les forces antifascistes du monde entier, qui voient avec raison dans le fascisme allemand l'ennemi mortel de la liberté, de la paix et du progrès.