A propos du caractère populaire « fêtes » saluant les victoires de « l'Equipe de France de football »
Les victoires de l'équipe de France de football ont été salué par une partie importante de la population vivant en France, une partie suffisamment importante pour qu'il y ait de grands rassemblements dans les centre-villes, pour que les grandes artères soient remplies de voitures klaxonnant, etc.
Les drapeaux français ont été sorti, on a salué les « bleus »; bref, il y a eu ce qu'on appelle communément engouement populaire.
Mais qu'appelle-t-on ici le peuple? S'agit-il des couches populaires? Non, il s'agit non seulement des couches populaires, mais également de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie; il s'agit du peuple au sens large, comme dans l'expression « le peuple français. »
C'est-à-dire qu'il n'y a pas de distinction sociale, même pas entre « riches » et « pauvres », et cela s'oppose aux principes de la lutte de classe, où une classe doit en renverser une autre, et non pas participer à un projet quel qu'il soit avec elle.
Pour nous communistes, le rassemblement unanime des couches populaires et de la bourgeoisie n'est donc pas une bonne chose : nous sommes pour l'autonomie ouvrière, l'autonomie des couches populaires par rapport à l'Etat et la bourgeoisie.
Ceux qui affirment ainsi que la victoire a été salué par une liesse populaire se trompe : il ne s'agissait pas que des éléments des couches populaires, mais très clairement aussi de petits-bourgeois et de bourgeois; ainsi la fête n'était pas uniquement populaire : elle était bourgeoise aussi.
Voir par conséquent en cette manifestation une démarche anti-raciste dérangeant
Le Pen, c'est mettre l'anti-racisme au niveau idéologique de l'idéologie républicaine bourgeoise
« Liberté - Egalité - Fraternité » puisque la bourgeoisie a unanimement participé à l'engouement
et à la mobilisation pour les « bleus. »
Et si l'on suit ce raisonnement, on doit quasiment saluer l'alliance de l'entreprise française Arcelor avec l'entreprise indienne Mittal Steel comme de l'anti-racisme de la part de la bourgeoisie !
La question se pose alors ainsi : faut-il considérer comme positif le fait qu'une partie significative des couches populaires se mobilise, même pour saluer la victoire d'une équipe de football ?
Car c'est surtout cela que cache le prétexte du caractère « multiracial » de l'équipe de France de football. Pour les gens qui saluent la mobilisation populaire, ce qui compte ce n'est pas l'objectif, le but, mais la spontanéité en elle-même, l'activité du peuple en elle-même.
Cela revient, si l'on suit ces gens, à mettre sur le même plan les attaques systématiques contre les bâtiments représentant l'Etat français avec des rassemblements sous les drapeaux français dans le centre-ville !
Voilà pourquoi nous communistes, contre les anarchistes, nous disons que la spontanéité n'existe pas, que tout est décidé par les idéologies, bonnes au mauvaises.
Toute démarche repose sur des principes, sur une culture.
Et ce que nous constatons, c'est que la culture sur laquelle repose la mobilisation populaire n'est pas une culture progressiste, elle s'appuie sur une compétition organisée par les capitalistes de plusieurs pays de concert avec les Etats, diffusant une culture nationale opposée au fait de mettre en avant non pas les nations, mais les classes sociales.
Nation ou classe, il faut choisir, à moins que l'on considère la France comme une colonie, ce qu'elle n'est pas, mais ce que sont par contre la Corse, la Bretagne et le Pays Basque, nations qui ne profitent en rien de la mobilisation en faveur de la « grande nation. »
Dans cette mesure, nous nous différencions également des trotskystes, pour qui le mouvement de novembre 95 était « spontané » et ne représentait pas l'idéologie prolétarienne.
Nous pensons très précisément le contraire : le mouvement de novembre 2005 n'a pas été spontané, mais repose sur une culture de rébellion prolétarienne, qui va du film « Ma 6-t va crack-er » aux expériences quotidiennes de la lutte des classes, que ce soit dans le domaine du monde du travail ou des brimades et vexations policières, sans parler du caractère urbain de l'oppression puisque le droit à la ville a été supprimé pour les prolétaires.
Certains pensent que, précisément parce que nous sommes communistes, nous pensons que le Parti doit diriger la lutte mais, comme ils ont été influencé par les magouilles du « PCF » ou des trotskystes, ils pensent que nous visons à « récupérer » la lutte.
Ces gens n'ont pas compris que pour les communistes, le Parti est l'expression de la lutte pour le pouvoir; il se créé dans la lutte pour le pouvoir. Ce qui compte, selon nous, plus de six mois après novembre 2005, ce n'est pas de savoir si tel ou tel individu a fait telle ou telle chose en novembre, mais de rassembler les gens qui politiquement disent : il faut renverser le système capitaliste.
Voilà pourquoi politiquement les maoïstes ont salué novembre, comme ils saluent toute révolte populaire authentique, expression de la contradiction de classe entre prolétariat et bourgeoisie, contradiction qui s'exprime dans tous les domaines de la vie et pas forcément précisément par une révolte.
D'ailleurs, il est clair que pour la plupart des gens les plus avancés, la révolte se dirige contre eux-mêmes, dans le suicide, l'auto-mutilation, la déprime, le renfermement sur soi, l'isolement...
Voilà pourquoi il faut catégoriquement refuser de considérer les gens faisant la démarche d'aller soutenir l'équipe de France en se maquillant comme quelque chose de progressiste - cette culture est une culture dictée par TF1, les gens se sentent forcés de participer au projet, il n'y a aucune créativité à part la pâle copie ou la récupération de ce qui a existé.
La mobilisation populaire footballistique de 2006 n'est qu'une pâle copie de 1998, où déjà le slogan de décembre 1995 « Tous ensemble Tous ensemble » avait été honteusement récupéré et dévoyé.
Le pire est le culot du petit-bourgeois qui se permet de qualifier de « fête » cette kermesse patronnée par Chirac, encadrée par TF1 et M6 et dont les soutiens en terme de sponsors sont les pires exploiteurs.
Sous le prétexte donc qu'il s'agit d'une « fête populaire », la mobilisation serait juste - sans doute comprend on mieux pourquoi l'ensemble des populistes a soutenu la grande mobilisation, authentiquement populaire par ailleurs, qu'a été l'Union sacrée de 1914.
Et partant de là les communistes ne seraient que des rabats-joie; c'est l'image anticommuniste diffusée par les trotskystes et les anarchistes du communiste austère, macabre, conspirateur, opposée à toute joie, etc.
Naturellement, il existe des groupes défendant cette ligne, des groupes pour qui le prolétariat est d'une pureté cristalline et idéale dans sa nature et qui se suffit à lui-même, sans un besoin d'idéologie.
Mais il s'agit de projets idéalistes en total décalage avec l'histoire du mouvement communiste dans le monde.
Il s'agit de projets construits en laboratoires, parlant d'une classe ouvrière abstraite sans aucune réalité concrète si ce n'est le rôle qu'il lui est attribué intellectuellement à grands coups de bricolages historiques (ainsi Voie Prolétarienne qui se revendique du marxisme-léninisme de Staline mais sans Staline, du CCI qui mélange les gauchistes italiens ultra-léninistes aux gauchistes allemands anti-léninistes, du groupe « Avant-Garde » qui mélange Mao Zedong à son plus grand contempteur Enver Hoxha, du RASH qui rassemble des anarchistes et des communistes libertaires qui s'approprient l'imagerie communiste, jusqu'au qualificatif de « red » utilisé par les fascistes, en en rejetant le contenu etc.)
Alors que la vérité est simple : nous voulons la fête; « La révolution est la fête des opprimés et des exploités. Jamais la masse populaire ne peut se montrer un créateur aussi actif du nouvel ordre social, que pendant la révolution. » (Lénine, Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique)
Mais la fête a un prix d'entrée - aux fêtes réformistes, y compris social-patriotes, nous opposons la fête authentique : celle qui fait la peau à la bourgeoisie.
Aucune fête n'est possible lorsque c'est le bourgeois qui décide du programme, et encore moins lorsque les masses ont comme dirigeant un footballeur d'origine immigrée totalement laquais de la culture dominante et gagnant chaque année plus de 1.200 fois le SMIC !
Et si Zidane gagne cet argent, c'est grâce aux sponsors, qui ne soutiendraient pas s'il n'y avait pas un moyen d'enfermer les masses dans la société de consommation !
Les sponsors se battent d'ailleurs pour dominer l'esprit des masses, à un point tel que même l'idéologie patriotique est ébranlée.
Dans les médias on avait ainsi reproché au sélectionneur Domenech d'avoir réservé l'exclusivité de ses commentaires sur ses choix pour la composition de l'équipe de France à SFR : seuls les abonnés 3G de l'opérateur ont donc eu droit a ses explications (alors qu'en plus il avait affirmé qu'après l'annonce il s'enfermerait sans télé ni radio, pour ne pas écouter les commentaires).
Mais cette critique à Domenech était elle-même du populisme : elle visait à faire de la kermesse footballistique la démarche populaire la plus grande qui soit, donc à renforcer l'emprise patriotique sur le peuple.
Cette contradiction entre les monopoles et l'idéologie de l'Etat a d'ailleurs produit un parti politique : le « PCF » (et sa tendance historique ultra patriotique le PRCF), qui ferraille justement pour que l'union des classes prime sur la domination des monopoles.
La petite-bourgeoisie est très attaché à ces moments historiques où les couches populaires participent au soutien à l'idéologie nationale, voilà pourquoi la victoire des « bleus » était si importante.
Voilà pourquoi les progressistes authentiques voulaient que l'équipe de France perde le plus vite possible, afin d'être débarrassé de cette actualité qui n'en est pas une. Et voilà pourquoi Lénine avait affirmé que :
« Il n'est guère besoin de réfléchir longuement pour comprendre la raison qui fait que tout culte de la spontanéité du mouvement de masse, tout rabaissement de la politique social-démocrate [=communiste] au niveau de la politique trade-unioniste [=syndical], équivaut justement à préparer le terrain pour faire du mouvement ouvrier un instrument de la démocratie bourgeoise.
Par lui-même, le mouvement ouvrier spontané ne peut engendrer (et n'engendre infailliblement) que le trade-unionisme; or la politique trade-unioniste de la classe ouvrière est précisément la politique bourgeoise de la classe ouvrière. » (Lénine, Que faire?)
Contre le syndicalisme, l'économisme, il faut mettre en avant l'idéologie communiste : le marxisme-léninisme-maoïsme, l'idéologie de la classe ouvrière, parce que notre époque est celle de la révolution.
Le spectacle, le divertissement, doivent servir les masses et la lutte, et en aucun cas aider l'esprit confortable du petit-bourgeois au fond satisfait de la vie qu'il mène et qui désire le plus au monde que rien ne vienne troubler l'ordre des choses.
Pour
le PCMLM, juillet 2006.
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