Ce qui se passe en Palestine
« Le mouvement de libération de la Palestine ne peut pas être
révolutionnaire et en même temps parler d'une solution fasciste ou chauvine
pour les juifs. Il ne peut être qu'un mouvement engagé pour une « solution
démocratique » dans son sens progressiste et non dans son sens
« fédéraliste. » » (FPLP, Pour une solution démocratique, 1970)
« Face à ces solutions stériles, il y a la solution démocratique.
Cette solution n'est pas le fait d'un désir subjectif, intellectuel, mais
celui d'une analyse de la réalité objective et des lois qui
gouvernent les possibilités du développement de cette réalité, ainsi que d'une
vision stratégique fondée sur cette analyse.
Cette solution consiste à séparer les juifs du sionisme et
considère, conformément à la réalité, que l'antagonisme ne se situe pas entre les
juifs et les Arabes, mais entre le sionisme et
la Nation arabe, dont le peuple palestinien fait partie. » (FDLP, Des propositions stériles à
la solution démocratique, 1970)
Ce qui se passe au Moyen-Orient n'a rien à voir avec la folie.
Cela
fait cinquante ans que les impérialistes tentent de construire un
« accord de paix » et qu'ils n'y arrivent pas. Cela n'est pas dû au hasard.
La guerre est en effet le seul moyen de préserver le rapport de force
favorable à l'impérialisme dans la région, avec l'aide de l'Etat
israélien mais aussi de la Turquie, « paix impérialiste » se faisant
principalement sur le dos des peuples palestinien, libanais et kurde.
L'offensive israélienne a pris comme prétexte l'enlèvement d'un de ses
soldats, mais naturellement la moindre occasion était attendue : à
partir du moment où il y avait pour la première fois des élections dans les
territoires gérées par l'administration palestinienne, il était
inévitable qu'il fallait un grand chambardement, car des élections signifient
une légitimité politique intérieure et internationale, et il fallait
immédiatement poser les limites de ce pouvoir.
Dès la victoire du Hamas, les impérialistes européens comme US ont
donc tenté d'intégrer par la force ce parti islamique, en stoppant les
aides financières, afin de faire en sorte que le Hamas se transforme en ce
que l'OLP de Yasser Arafat est devenue.
Une partie du Hamas a clairement été tentée par un accord de paix à
moyen terme; théoriquement le Hamas et le Jihad islamique sont censés
s'intégrer dans l'OLP réorganisée.
Le Hamas représente la bourgeoisie nationale palestinienne et si son
discours est radical afin d'avoir une mobilisation de masse, il s'est
affirmé prêt à un cessez-le-feu de moyen terme afin de pouvoir asseoir
son pouvoir.
Mais les contradictions internes du Hamas n'ont pas permis ce
mouvement; la pression des masses a été trop grande. Les impérialistes ont donc
poussé l'ancienne autorité palestinienne totalement corrompue à rentrer
en conflit ouvert avec le Hamas.
Les affrontements armés inter-palestiniens, jusque dans les facultés
et les bâtiments officiels, ont marqué la plus grande victoire pour
l'impérialisme; il a fallu que ce soit les prisonniers politiques des
organisations principales (Fateh, Hamas, FPLP, FDLP et Jihad islamique) qui
lancent une plate-forme pour bloquer cette tendance désastreuse.
Cela souligne la désunion du mouvement national palestinien, une
désunion qui tient à la situation des territoires de Gaza et de Cisjordanie.
Gaza était dans les années 1970 le bastion inexpugnable du FPLP,
aujourd'hui cette bande de terre est dominée par le Hamas. La Cisjordanie
est marquée par la prédominance du Fatah, à ceci près qu'il y a une large
autonomie des organisations locales car les passages entre les villes
sont contrôlés.
Le peuple palestinien voit ainsi sa résistance éparpillée dans de
nombreux groupes, groupes disposant d'une sympathie énorme mais d'une base
militante bien moins importante.
De plus, la principale faction la représentant, le Fatah, s'est
ouvertement vendue à l'impérialisme européen. Voilà pourquoi aujourd'hui
Roland Dumas appelle Chirac a soutenir ouvertement le Hamas (« Pourquoi la
France ne dirait-elle pas tout haut ce que des millions de gens
pensent? Le Hamas est élu, il est légitime ») et pourquoi Poutine critique de
manière très dure l'offensive israélienne alors que Bush, lui,
considère que tout est de la faute du Hezbollah.
Les Palestiniens sont donc l'objet des manoeuvres européennes; pour le
reste le soutien fait en Europe à la cause palestinienne se limite à de
l'humanitaire, fondée le plus souvent sur cette conception chrétienne
largement répandue depuis les croisades que ce qui se passe en « Terre
Sainte » les regarde avant tout le monde.
Voilà pourquoi Chirac a employé ces mots précis dans son discours du
14 juillet 2006 : « Je suis tout à fait consterné par ce qui se passe
actuellement au Proche-Orient. »
Le petit-bourgeois européen ne dépassera jamais le sentiment chrétien
et passif de « consternation. »
Voilà pourquoi a été passé totalement sous silence dans
l'extrême-gauche française sociale-chauvine la conférence du 12 juin 2006, d'une
importance historique et rassemblant les forces révolutionnaires
palestiniennes et celles de Turquie (notamment le FPLP, le FDLP, le MLKP, le MKP
mais il faut également le noter le TOUFAN, le Parti du Travail d'Iran).

L'appel à une coordination permanente des forces révolutionnaires du
Moyen-Orient montre bien que les révolutionnaires de Palestine n'ont pas
cette obsession « palestinienne » mais vivent à l'heure de la lutte
mondiale contre l'impérialisme.
Ne pas comprendre cela, c'est prendre des vessies pour des lanternes
et inévitablement basculer dans les théories antisémites, que ce soit
dans le monde arabe ou dans les pays européens.
Comme l'a formulé Georges Habache en 1969 alors qu'il dirigeait le
FPLP :
« Les sionistes veulent non seulement subsister sous leur forme
agressive actuelle, mais encore, satisfaire le reste de leurs appétits
expansionnistes.
Les impérialistes aident Israël par tous les moyens possibles; ce
dernier, en contrepartie, s'emploie à frapper le mouvement de libération
palestinien et arabe qui menace les intérêts impérialistes et israéliens
de la région.
Une analyse de la situation qui considérerait les USA comme uniquement
prisonniers des groupes de pression sionistes serait fausse,
superficielle et dangereuse.
Elle reviendrait, en effet, à blanchir l'impérialisme mondial, à
ignorer son rôle et ses intérêts réels dans la région. Séparer la lutte
contre Israël et le sionisme de la lutte anti-impérialiste serait tomber
dans une erreur fatale.
Cette erreur, les directions traditionnelles du mouvement national
l'ont commise, parce qu'ils étaient incapables de dépasser leurs limites
de classes. » (Les ennemis de la révolution).

De la même manière, concernant l'antisémitisme développé par la
réaction arabe, le FDLP avait souligné que « La réaction arabe a présenté une
solution chauvine, consistant à égorger les juifs, et les jeter à la
mer », ou, dans le meilleur des cas, à les expulser.
La réaction vise par cette « solution », à inculquer aux masses une
éducation chauvine et fanatique, afin de masquer son antagonisme avec
elles, donc d'escamoter la lutte de classes.
Pendant très longtemps, la réaction a exercé un chantage terroriste à
l'égard des forces révolutionnaires arabes, en les accusant de porter
atteinte à l'union nationale, donc de servir l'ennemi sioniste:alors que
la réaction constitue la meilleure garantie pour l'État d'Israël, du
fait de son alliance avec l''impérialisme et de la conservation des
structures rétrogrades traditionnelles de la société arabe confrontée avec
la supériorité technologique israélienne.
Et c'est cette alliance objective avec le sionisme que veut cacher la
réaction arabe, derrière une phraséologie chauvine.
D'autre part, cette solution considère tout juif comme étant un
sioniste, et c'est exactement cela que tente d'accréditer le sionisme :
ainsi, la réaction renforce davantage son alliance objective avec le
sionisme.
Avec la même logique chauvine, elle a exagéré indéfiniment la force de
l'ennemi, en présentant les choses de la façon suivante : « II existe
un complot international sioniste, juif, pour dominer le monde. Israël
et son expansion ne constituent la première phase de ce vaste complot
dont le capitalisme occidental est aussi la victime. » (Des propositions
stériles à la solution démocratique)
Le soutien à la Palestine a ainsi été galvaudé; pour se faire une
façade progressiste, dans les pays arabes comme en Europe, il suffit de
parler de Palestine, sans que pour autant aucune aide ne soit faite au
peuple palestinien.
Même la CNT, qui ne prend position sur rien, a son « groupe de travail
Palestine » !

Mais les discours humanitaires ou ceux de l'humoriste Dieudonné n'ont
rien à voir avec la Palestine; il s'agit de discours petits-bourgeois,
incapables d'expliquer pourquoi en ce moment l'Angleterre envoie deux
bâtiments de guerre dans le Golfe.
Il s'agit de la guerre impérialiste dont il s'agit, d'une guerre
contre les peuples.
Comme le disent les forces progressistes de Palestine et de Turquie
lors de la conférence du 12 juin 2006 :
« Ainsi, les forces patriotiques, révolutionnaires et communistes du
Moyen-Orient ont fait le premier pas pour avancer dans la lutte
anti-impérialiste dans notre région.
La prochaine étape pour les forces pro-indépendance,
anti-impérialistes, révolutionnaires et communistes d'Iran, de Turquie, de Syrie, du
Liban, de Palestine, de Jordanie, d'Irak, du Kurdistan, de Chypre, d'Arabie
Saoudite et d'Egypte ou, pour résumer, tous les pays considérés dans le
projet d'un grand Moyen-Orient, ont à participer à cette plate-forme, à
faire grandir la lutte unie et solide sur une base politique
anti-impérialiste. »
Dans ce cadre impérialiste, il n'y a pas de place pour la demi-mesure.
Le Liban vit dans un blocus complet : terrestre, aérien et maritime.
L'aviation, l'artillerie et la marine israéliennes ont détruit une
vingtaine de ponts, coupé des routes et incendié des dépôts de carburants
de la centrale électrique, bombardé la banlieue sud de Beyrouth ainsi
que l'aéroport international et la route Beyrouth-Damas.
L'Etat israélien avait déjà attaqué le Liban, où vivent bon nombre de
réfugiés palestiniens, dont la gauche armée palestinienne a énormément
influencé les masses libanaises.
L'Etat israélien joue le même rôle que les phalangistes libanais :
leur rôle est celui de gendarme de la région, une région où le sentiment
anti-impérialiste est l'un des plus cohérents.
Il suffit de voir que malgré l'ampleur de l'offensive, dont les
attaques ont visé également indistinctement des civils, onnt fait des
centaines de blessés et une soixantaine de morts, le chef de la diplomatie
finlandaise, Erkki Tuomioja, dont le pays exerce la présidence tournante
de l'Union européenne (UE), a jugé cette attaque simplement...
« démesurée » !
Dans cette situation, ce qui compte c'est de souligner la
signification qu'a l'attaque israélienne, l'enjeu dans le cadre de la lutte entre
les forces révolutionnaires et l'impérialisme, mais bien évidemment
aussi de soutenir les forces révolutionnaires et progressistes de
Palestine.
En ce sens, de la même manière que la conférence rassemblant les
organisations menant la guerre populaire en Asie du Sud Est a eu une
importance historique de grande ampleur, la conférence du Moyen-Orient pour la
lutte anti-impérialiste est elle aussi d'une grande signification :
elle montre que chaque jour progresse la nouvelle vague de la révolution
mondiale.
L'impérialisme sera brisé, tout comme toutes les idéologies chauvine
telles le sionisme ou le kémalisme.
Prolétaires, nations et peuples opprimés, unissez-vous !
Pour
le PCMLM, juillet 2006.
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