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Au sujet de la crise financière en cours et de la crise inéluctable du capitalisme
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Aujourd'hui la crise capitaliste est un thème qui revient sur le
devant de la scène et même les journaux bourgeois spécialisés dans
l'économie ne peuvent plus nier ce qui est une réalité: nous sommes
au bord du krach.
Le capital cherche coûte que coûte à se reproduire, à s'agrandir,
bataillant ferme pour des profits toujours plus grands. Une
conséquence de cette âpre concurrence a été dans les pays
industrialisés la multiplication du prix des maisons par entre 2,5
et 3,5 fois en quelques années.
Les capitalistes ont alors prêté à crédit à des taux usuraires de
plus en plus grands afin d'engranger des profits monstres: ces sont
les fameuses "subprime" dont parlent les médias.
Et l'inéluctable s'est produit: des emprunteurs ne peuvent plus
rembourser leurs crédits, en l'occurrence immobiliers, aux USA...
1 268 525 défauts de paiement ont été constatés et d'un
coup, de grandes banques ruinées, de puissants investisseurs
torpillés.
La crise s'accélère parce qu'interviennent alors d'autres
investisseurs qui rachètent les crédits, espérant des jours
meilleurs et misant sur un remboursement faramineux... et que la
crise financière provoque une crise du marché de l'immobilier: la
banque qui a prêté une somme récupère une maison par le principe de
l'hypothèque, mais une maison dont la valeur s'est effondrée et ne
représentant qu'une petite part de l'argent prêté...
C'est un véritable monopoly grandeur nature qui se joue, au dépens
de tous ceux qui ont voulu acheter leur maison et vont se retrouver
à la rue, et dont les médias ne parlent naturellement pas.
Selon le président de la Commission bancaire du Sénat des États-
Unis, Christopher Dodd, entre 1 à 3 millions d'américains risquent de perdre leur logement suite à cette crise.
Et la banque de ce monopoly, c'est l'Etat bourgeois, ce sont les
banques centrales : la FED aux USA et la Banque Centrale Européenne
(BCE).
Les banques manquant subitement d'argent, en raison des retraits
massifs et de l'impossibilité des emprunteurs à rembourser, la
banque du monopoly intervient pour empêcher leur faillite et leur
prête massivement de l'argent pour qu'elles aient du cash (52.5
milliards de dollars pour la FED, 203 milliards d'Euros pour la
BCE), pour leurs clients mais également... pour continuer à prêter
de l'argent!
Cela permet d'éviter que tout le système s'effondre: en fait, au
monopoly capitaliste les grandes banques ont le droit d'être
renflouées par la banque!
Et cet argent prêté ne représente rien, au sens strict il est
virtuel, il n'existe pas, il a simplement été... imprimé, et comme
il y a plus d'euros, la valeur représentée par ces euros baisse en
proportion; cela signifie en pratique que les travailleurs paient
ces prêts, parce que leur travail est payé le même prix pour des euros
qui valent moins: c'est le principe de l'inflation.
Pour résumer, dans le système capitaliste, les risques sont
publics, mais les bénéfices, eux, sont privés. Les capitalistes
gagnent toujours car, même si avec l'inflation l'argent vaut moins,
proportionnellement ils en ont bien plus et peuvent le gérer de la
meilleure manière qui soit, tandis que les travailleurs vivant au
lance-pierre courent toujours derrière le moindre billet, billet
valant de moins en moins...
Il est intéressant qu'en France l'extrême-gauche ait passé sous
silence cette énorme crise, suivant en cela les propos rassurants
et contradictoires des dominants, qui expliquent qu'il y a un
risque de krach mais que tout va bien.
C'est que l'extrême-gauche française est petite-bourgeoise, et que
les achats d'appartement sont en vogue... Mais la petite-
bourgeoisie se voile la face en s'imaginant que ce qui s'est passé
aux USA ne se reproduira pas ici!
Et pour se voiler la face, elle utilise tous les arguments de
l'idéalisme: la critique morale du capitalisme a toujours primé en
France sur la critique scientifique.
Le large mouvement populaire de mai 1968 a en effet mis entre
parenthèses les questions essentielles de l'analyse de la
situation; paradoxalement c'est le P"C"F qui en a profité en se
posant comme la seule organisation de gauche à être capable
d'analyser le capitalisme de fond en comble.
Voilà pourquoi les pseudos-révolutionnaires des années 1970-2000
n'ont jamais établi une analyse du capitalisme, se contenant de
vivre au jour le jour et de mettre en avant telle ou telle
revendication, cautionnant les pratiques petites-bourgeoises (dont
les achats de maisons, pavillons et appartements font partie).
De fait, ce qui distingue les maoïstes des autres courants
politiques de l'extrême-gauche, c'est que les maoïstes persistent
et défendent la conception marxiste de la crise inéluctable du
capitalisme, en raison de la baisse tendancielle du taux de profit.
La "baisse tendancielle du taux de profit" est un concept simple,
et pourtant en raison du colossal tas d'ordures rassemblé par les
réformistes, les révisionnistes et les trotskystes, on s'imagine
bien souvent qu'il s'agit de choses complexes, incompréhensibles
sans une longue formation d'économiste, etc.
La thèse de Karl Marx est simple: les capitalistes exploitent les
travailleurs, mais ne le reconnaissent pas. Pour les capitalistes,
les bénéfices tombent pour ainsi dire du ciel, alors qu'en réalité,
ils proviennent du travail exploité, du travail non rémunéré.
Bien entendu, les capitalistes ne disent pas qu'ils ne paient pas
certaines heures: ils font semblant de payer pour l'ensemble des
heures travaillées. Ainsi, les travailleurs ne "voient" pas
directement dans quelle mesure ils sont exploités, ils ne peuvent
pas facilement évaluer le "sur-travail" qu'ils fournissent
gratuitement aux capitalistes; ils ne peuvent véritablement saisir
tout cela qu'en analysant l'ensemble du processus de production.
Lénine a expliqué cette réalité en disant que le prolétariat était
spontanément syndicaliste, qu'il y avait pour cette raison besoin
d'une organisation révolutionnaire analysant et expliquant
parfaitement ce processus d'exploitation vécu par les prolétaires.
C'est le principe de l'avant-garde révolutionnaire, principe nié
par les tenants de la déviation "économiste", qui considèrent qu'un
ouvrier a nécessairement raison, même si son point de vue n'est pas
scientifique et conforme aux principes du matérialisme historique
et dialectique.
Karl Marx explique donc que les capitalistes font une plus-value en
faisant travailler les prolétaires, ne les payant que pour une
partie de leur travail.
Cette thèse est largement partagée à l'extrême-gauche; elle est la
plupart du temps comprise comme le point de départ des
revendications révolutionnaires d'abolition du capitalisme, sauf du
côté anarchiste, puisque pour les anarchistes c'est l'oppression,
et non l'exploitation, qui est au centre des question sociales.
Mais limiter la question de l'exploitation à celle de la plus-value
est totalement incohérent, et Karl Marx ne l'a pas fait. En effet,
le capitalisme étant ce qu'il est, il existe une hausse de la
productivité.
Cette hausse de la productivité puise sa source dans différents
phénomènes: le progrès technique, une meilleure organisation du
travail, un accès plus aisé aux matières premières, une baisse des
salaires, etc.
Cette hausse de productivité permet de produire mieux et plus sans
que rien ne change; elle permet donc d'encore plus exploiter les
travailleurs dans la mesure où leur salaire ne suit pas la hausse
de productivité.
Si le capitaliste produit plus, le travailleur ne gagne pas
davantage pour autant; sa part de travail qui n'est pas rémunéré
mais arrive directement dans la poche du capitaliste est donc
d'autant plus grande.
Si l'on en restait là, la question de la productivité ne changerait
au fond pas grand chose à la réalité du capitalisme. Mais toute
chose ayant deux aspects, la hausse de la productivité a une
conséquence essentielle.
En effet, la hausse de la productivité permet de produire tellement
plus que de plus en plus, on peut se passer des travailleurs pour
produire autant qu'on le faisait avec eux auparavant.
"Le développement de la force productive du travail, dans la
production capitaliste, a pour but de diminuer la partie de la
journée où l'ouvrier doit travailler pour lui-même, afin de
prolonger ainsi l'autre partie de la journée où il peut travailler
gratis pour le capitaliste."
(Karl Marx, Le Capital)
Ainsi, avec la hausse de la productivité, les machines remplacent
les travailleurs, les jetant à la rue, tandis que ceux qui restent
sont davantage exploités, puisqu'ils produisent encore plus, mais
pour le même salaire.
Ainsi, la hausse de la productivité aboutit d'un côté à agrandir la
plus-value du capitaliste, puisque les travailleurs travaillent
plus sans être augmenté, mais de l'autre côté elle réduit la plus-
value, parce qu'elle supprime une partie des travailleurs en les
licenciant.
Evidemment, les capitalistes ne considèrent officiellement pas
qu'ils exploitent les travailleurs, voilà pourquoi ils ne
comprennent pas pourquoi la plus-value augmente ou régresse avec la
hausse de productivité.
Ils ne comprennent pas que "L'accroissement du capital est par
conséquent l'accroissement du prolétariat, c'est-à-dire de la
classe ouvrière"
(Travail salarié et capital);
"La reproduction du
capital renferme celle de son grand instrument de mise en valeur,
la force de travail. Accumulation du capital est donc en même temps
accroissement du prolétariat"
(Le Capital, Livre I, XXV).
C'est-à-dire que les capitalistes, en licenciant, se privent de la
source de leur richesse, consistant en la plus-value, en le travail
non rémunéré des prolétaires.
D'un côté ils veulent exploiter davantage les travailleurs, mais de
l'autre côté la hausse de productivité amène l'élimination de ceux-
ci.
Le chômage est une conséquence de cette contradiction. En effet,
les capitalistes cherchent à baisser les salaires, et pour cela ils
doivent disposer d'une "armée de réserve": la concurrence entre
travailleurs permet l'abaissement maximum des salaires.
Et paradoxalement, plus les travailleurs travaillent, plus ils
contribuent à la machinerie qui amène l'augmentation de la
productivité, et donc leur propre liquidation au profit des
machines.
"Cette marche singulière de l'industrie, que nous ne rencontrons à
aucune époque antérieure de l'humanité, était également impossible
dans la période d'enfance de la production capitaliste. Alors, le
progrès technique était lent et se généralisant plus lentement
encore, les changements dans la composition du capital social se
firent à peine sentir (...). C'est seulement sous le régime de la
grande industrie que la production d'un superflu de population
devient un ressort régulier de la production des richesses"
(Le
Capital, Livre I, XXV).
On pourrait penser également que les capitalistes pourraient cesser
ou freiner la hausse de la productivité, ce qui arrive parfois avec
les ententes au plus haut niveau entre producteurs, mais cela est
rare et ne consiste qu'en l'exception qui confirme la règle, car le
capitalisme signifie la concurrence; les capitalistes doivent
toujours être à la pointe de la productivité pour pouvoir trouver
des débouchés pour leurs propres produits, sans quoi ils sont tout
simplement éliminés sur le marché.
De fait, le taux de profit, qui est calculé en étudiant la
proportion de plus-value arrachée aux travailleurs, ne peut que
baisser: Karl Marx l'appelle la baisse tendancielle du taux de
profit.
Cette baisse est "tendancielle" car il s'agit d'une tendance
générale, historique, avançant plus ou moins rapidement en fonction
des situations.
Elle aboutit à deux phénomènes. Tout d'abord une surproduction de
marchandises, car plus les travailleurs sont exploités, mis au
chômage, plus le marché se rétrécit.
Ensuite, une surproduction de capital: les taux de profit devenant
insuffisants, les capitaux vont chercher ailleurs que dans
l'industrie locale des moyens de s'agrandir: c'est la naissance de
l'impérialisme en tant que stade suprême du capitalisme.
Non seulement la concurrence industrielle amène la formation de
monopoles, mais la finance acquiert une position centrale puisque
les taux de profit sont plus élevés que dans l'industrie.
C'est à ce moment-là que les banques prennent une importance
centrale dans le processus; Lénine explique qu'"Au fur et à mesure
que les banques se développent et se concentrent dans un petit
nombre d'établissements, elles cessent d'être de modestes
intermédiaires pour devenir de tout-puissants monopoles disposant
de la presque totalité du capital-argent de l'ensemble des
capitalistes et des petits patrons, ainsi que de la plupart des
moyens de production et des sources de matières premières d'un pays
donné, ou de toute une série de pays. Cette transformation d'une
masse d'intermédiaires modestes en une poignée de monopolistes
constitue un des processus essentiels de la transformation du
capitalisme en impérialisme capitaliste."
(L'impérialisme, stade
suprême du capitalisme).
Pourquoi cela? Parce que "Ce qui caractérisait l'ancien
capitalisme, où régnait la libre concurrence, c'était l'exportation
des marchandises. Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où
règnent les monopoles, c'est l'exportation des capitaux"
(L'impérialisme, stade suprême du capitalisme).
La crise possède deux aspects: d'un côté il y a une paupérisation
générale, qui produit des luttes de classes de la part des masses
populaires qui luttent pour s'approprier ce qui n'appartient plus
qu'à une minorité qui maintient sa chappe de plomb sous le prétexte
de la "propriété privée".
De l'autre, le capital cherche à se placer dans toutes sortes de
niches financières où le taux de profit est encore élevé, notamment
dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux d'Asie, d'Afrique et
d'Amérique latine.
Cela signifie la tendance à la guerre:
"Les traits principaux et
les exigences de la loi économique fondamentale du capitalisme
actuel pourraient être formulés à peu près ainsi : assurer le
profit capitaliste maximum par l'exploitation, la ruine et
l'appauvrissement de la majorité de la population d'un pays donné,
par l'asservissement et le pillage systématique des peuples des
autres pays, notamment ceux des pays arriérés; enfin, en
déclenchant des guerres et en militarisant l'économie nationale en
vue d'assurer les profits les plus élevés"
(Staline, Les problèmes
économiques du socialisme en URSS).
Cela signifie également qu'il existe quatre contradictions
fondamentales aujourd'hui dans le monde, et que selon le
développement de la crise, telle ou telle contradiction se met au
premier rang:
1)La contradiction entre capitalisme et socialisme
2)La contradiction entre bourgeoisie et prolétariat
3)La contradiction entre puissances impérialistes
4)La contradiction entre nations opprimées d'Afrique, d'Asie et
d'Amérique latine et puissances impérialistes
Il n'y a pas de capitalisme sans crise, sans impérialisme, sans
guerre; toute critique du capitalisme doit avoir cela comme
contenu, sinon il ne s'agit que d'une pseudo critique du
capitalisme, d'une position petite-bourgeoise nullement en
contradiction avec le capitalisme comme mode de production.
Pour
le PCMLM, septembre 2007.
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