Aucun mouvement populaire ne peut triompher sans briser le carcan des négociations définies par l'Etat lui-même.


Au cirque, le numéro de domptage fait généralement « sensation ».

Les spectateurs se demandent souvent comment le dompteur parvient à dominer des tigres, des lions ou tout autre animal «sauvage» malgré l'indéniable supériorité physique de ces derniers.

Interviewé à la radio à ce sujet il y a quelques années, un « dompteur » avait livré quelques uns de ses secrets.

D'après ses dires, la clé du dressage réside dans l'instauration d'un jeu de dupes avec l'animal: en fait, il s'agit pour le dompteur de s'imposer comme un chef de meute. Il doit donc, à l'aide de différents artifices, affirmer sans relâche son autorité et sa supériorité sur la bête, laquelle finit par « oublier » son avantage physique sur l'humain.

Le but du dresseur consiste à lui imposer ses règles, ses codes ; bref la faire vivre dans son monde selon son bon-vouloir.

La sensation d'infériorité s'insinue alors si profondément chez l'animal « sauvage » qu'il ne remet plus en cause la suprématie du chef de meute, c'est-à-dire le dompteur. Bien entendu, il essaiera instinctivement de renverser ce rapport de domination par divers petits « jeux » visant à déstabiliser le dompteur, qui doit alors prouver que sa sa position ascendante n'est pas usurpée.

Dans la société capitaliste également, la classe dominante bourgeoise, numériquement inférieure et réactionnaire, impose sa suprématie, en plus des armes, grâce à des artifices qui constituent le fondement du système.

Les masses évoluent dans un monde bourgeois, suivant une culture bourgeoise, des règles bourgeoises, des codes bourgeois, des standards bourgeois, des valeurs bourgeoises, des lois bourgeoises.

« Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante. » (Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste)

Voilà pourquoi, sans connaissance scientifique du monde, sans partir du point de vue de la lutte des classes, on ne peut pas avancer aujourd'hui, dans la France du 21ème siècle.

Voilà pourquoi le mouvement étudiant qui se croit « au-delà » des classes ne peut pas aboutir: il croit l'université « neutre », il croit que les connaissances en général sont « neutres. »

Voilà pourquoi le mouvement des cheminots ne peut pas aboutir non plus: il fait confiance aux syndicats dont la fonction même est de négocier avec la bourgeoisie.

Au lieu de faire (stratégiquement) confiance au peuple dans son ensemble, ils ont attendu (tactiquement) le dernier moment pour réagir et se défendre.

Voilà la clef: ni les étudiants ni les cheminots ne sont allé à la rencontre du peuple, et d'un coup ils s'imaginent que le prolétariat va les suivre à partir de leurs revendications.

Cette fuite en avant puise sa source dans le fait que les fonctionnaires et les étudiants ont depuis trente ans été la principale composante de l'extrême-gauche: le peuple a été totalement oublié, mis de côté.

On voit le résultat maintenant: la petite-bourgeoisie mène tout mouvement populaire à la faillite.

Car la bourgeoisie définit le cadre dans lequel nous vivons comme un dictionnaire définit la signification des mots.

De cette façon, la bourgeoisie façonne notre environnement et déforme notre perception.

Et en fin de compte, la « réalité » semble couler de source, dans une placide immuabilité, et se fraye peu à peu un passage dans l'esprit des masses pour devenir « légitime », alors qu'en fait la manière de voir les choses qui domine est la manière bourgeoise.

Dans cette société, le bourgeois, la gueule en avant, l'air sûr de lui, donne des leçons et s'écoute parler. Il ne doute de rien. Il a raison, forcément raison.

Tel un « dompteur », il « en impose » au prolétaire qui, à l'opposé, manque cruellement de confiance en lui, est rongé par une sorte de honte indicible, par un vague mais profond sentiment de culpabilité.

Il lui est alors difficile de saisir à quel point la force affichée du bourgeois n'est que la devanture lustrée de la peur flétrie qui l'habite.

Au fond de lui, le bourgeois se sait condamné par le souffle révolutionnaire des masses.

Le moteur de son action, ou plutôt de sa réaction, c'est la sourde angoisse de ceux qui ont tout à perdre face à ceux qui ont tout à gagner.

Il ne porte le masque de l'autorité intransigeante que pour tromper son monde.

La bourgeoisie est passée maître dans l'art de l'imposture.

Elle entretient son pouvoir, usurpé au peuple, grâce à 1001 mesquineries quotidiennes qui constituent les instruments de sa domination. Ainsi, le fouet de la culpabilisation est l'arme privilégiée que la bourgeoisie utilise pour torturer psychologiquement les masses.

La culpabilisation s'infiltre comme un poison lent qui paralyse le corps des prolétaires lors de situations quotidiennement subies : un vigile de supermarché qui suit à la trace un « groupe de jeunes » ou une femme à l'air trop pauvre pour ne pas devoir voler; dans la police : délit de faciès, arrestations arbitraires, vexations répétées ; à l'école, les profs qui convoquent un élève au tableau et le laisse planter là, sans l'aider, juste pour lui faire baisser la tête pendant d'interminable minutes ; les reportages télé sur les cités « malades » ; les banlieues dans l'ombre des villes, les HLM dans l'ombre des prisons ; les DRH, les proprios « qui nous rappelleront »; les contrôleurs qui en plus de mettre une amende à celui qui ne peut payer pour se déplacer lui « fait la leçon »; les travailleurs sociaux qui emploient exprès un vocabulaire soutenu et qui forcent à baisser la tête pour accéder à ses « droits » ...

La bourgeoisie ne perd jamais son chemin dans le monde qu'elle a créé avec ses lois, ses valeurs, ses standards, ses codes, ses règles, sa culture.

Le prolétaire, lui, vit clandestinement dans un monde qui pratique la suspicion permanente à son égard.

Les leurres sont partout : les masses se divisent pour essayer individuellement de pénétrer les cercles clinquants de la bourgeoisie.

La main du dompteur bourgeois se fait caressante : augmentation de salaires, « citoyenneté », discrimination positive, omniprésence publicitaire qui pousse à consommer pour exister et finalement se consumer...

Et là, la pseudo « justice » des retraites qui nécessitent la fin des « régimes spéciaux », alors qu'il s'agit en fait de pouvoir privatiser aisément ces secteurs publics.

Il n'y a de solution que dans la rage collective de classe qui bat au plus profond de nos ventres.

L'envie de tout casser, d'effacer définitivement le mirage capitaliste.

Une rage qui est, parce que collective, mille fois plus forte que les tentations individualistes ou corporatistes.

Un mouvement vers l'avant qu'on ne peut pas arrêter, un appétit féroce de libération face à l'agitation désarticulée des marionnettes bourgeoises, de plus en plus esseulées.

Certains ont compris cela mais s'abandonnent au mythe de la « grève générale »; à la croyance que d'un coup tout s'arrête enfin, d'un coup, du jour au lendemain. Mais ce n'est qu'un mythe, un espoir vain qui ne peut conduire qu'à la déception, au désarroi...

Notre société est celle de la guerre de positions. Celle de la lutte sans relâche et sans concessions, pied à pied, point par point pour ravir le pouvoir politique, économique et culturel aux bourgeois et aller à la révolution et au communisme.

Notre camp: celui de la guerre du peuple !

La force révolutionnaire des masses indomptables aura raison des parures de la domination bourgeoise. Lâchons notre rage, brisons les cages!

« Sans le pouvoir, tout est illusion! » (Lénine)

SERVIR LE PEUPLE !


Pour le PCMLM, novembre 2007.