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Psychologie de masse du fascisme: La conception "identitaire" d'une France "des
terroirs" où "bon sang ne saurait mentir" est-elle nouvelle?
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Pour comprendre le fascisme, on ne peut pas se contenter de
regarder les fascistes, de voir ce qu'ils pensent et ce qu'ils font.
Pourquoi? Parce que sinon on ne voit pas le sens de leur démarche à
long terme. C'est très exactement ce qui se passe avec le courant «
identitaire » de l'extrême-droite française.
Ce courant se développe, ses conceptions sont très « abouties » et
sa démarche politique très particulière, et pourtant beaucoup
d'antifascistes considèrent ce courant comme marginal, « à part »,
« inclassable », etc.
Il y a deux raisons à cela: tout d'abord les «identitaires» mettent en
avant les « identités » niçoise, alsacienne, bretonne, occitane,
savoisienne, flamande, etc.
Les «identitaires» prônent en effet le culte des « folklores »
locaux; ils n'ont pas de stratégie à l'échelle nationale, mais
prônent une sorte de nationalisme local se reconnaissant à chaque
fois dans un grand tout « européen ».
Pour cette raison, certains (y compris à l'extrême-droite) n'ont vu
dans les identitaires qu'un mouvement mettant en avant la culture
folklorique.
Or, en pratique, les «identitaires» développent une véritable
stratégie de mises en avant des particularismes locaux, pour prôner
le repli sur soi, l'hégémonie des valeurs conservatrices
traditionnelles, le culte des habitudes locales, etc. tout en les
reliant à une vision « raciale » générale.
Derrière cela, il y a une réelle stratégie politique. En effet,
grâce à leur implantation dans la « culture locale », les
«identitaires» peuvent intervenir politiquement et obtenir une
certaine reconnaissance; par exemple, lors de la manifestation pour
la langue occitane à Béziers en mars 2007, les «identitaires»
disposaient par exemple d'un stand et d'un cortège.
Un autre fait sur lequel beaucoup d'antifascistes se heurtent est
la question du racisme ou plutôt du pseudo « anti-racisme » de
l'extrême-droite: « l'ethno-différentialisme. »
Les «identitaires» mènent des campagnes visant le « racisme anti-
blanc » et les « racailles », ils ont ainsi pu mener la campagne
contre le groupe de hip hop « Sniper », dont 20 concerts ont dû
être annulés.
Ils se sont également fait connaître par des « actions de
solidarité » comme la "soupe aux cochons" destinée aux SDF.
Beaucoup d'antifascistes en ont déduit que les «identitaires»
pratiquaient un racisme tout à fait classique et relevant du culte
nazi de la race blanche.
Un tel point de vue est une très grande simplification et ne permet
pas de mener une lutte antifasciste conséquente.
Pour comprendre la signification des «identitaires» et ne pas en
faire un phénomène "marginal", car cela serait une grande erreur,
il faut comprendre les points suivants.
a)la question de la décentralisation
Il faut que les antifascistes comprennent bien que le fascisme ne
consiste pas seulement en la figure historique de Le Pen, c'est-à-
dire en le culte de l'ordre fondé sur les traditions et l'armée,
sur « l'unité nationale », etc.
Ce fascisme là a été prédominant à l'extrême-droite durant les
années 1950-1980, principalement avec la question de l'Algérie
française, de la répression des activités « gauchistes », etc.
En fait, c'est le seul qui a pu se maintenir après la seconde
guerre mondiale du fait de l'engagement de ce courant « national »
dans la Résistance (d'un point de vue strictement nationaliste)
auprès des réseaux gaullistes.
Par exemple, le Colonel de La
Rocque, chef des Croix de Feu, a été fortement engagé contre
l'occupant allemand alors qu'il était le responsable d'un des plus
gros mouvements fascistes français de l'époque. Son Parti Social
Français, premier grand parti de masse de droite, préfigure le RPF
de De Gaulle d'après 1945.
Mais avec la crise du capitalisme et la réorganisation impérialiste
en cours en France (que nous avons déjà analysées), le fascisme ne
se pose plus en ces termes.
Ainsi, le fascisme français se fondant sur la « grandeur
napoléonienne », le « centralisme jacobin » et la culture de
l'armée française n'est qu'une composante du fascisme français en
général.
L'idée des « régions » qui s'opposent à la centralité jacobine de
l'Etat français est une conception traditionnelle chez les
nationaux-catholiques et notamment les royalistes de l'Action
française; ce courant a une grande tradition depuis 1789.
Le slogan « le royalisme c'est l'anarchie plus un » résume cette
conception affirmant que la décentralisation est nécessaire et que
justement la structure unitaire royale permet la « démocratie à la
base » et les « autonomies » (locales, régionales...).
Ce mélange de décentralisation « autogestionnaire » et d'unité
nationale est même la base de la conception « nationale-
syndicaliste » qui a pu se développer en Espagne, ou de la
conception « nationale-anarchiste » qui est née en Angleterre.
En France, tous les « contre-révolutionnaires » opposés à la
Révolution française considèrent que le jacobinisme et le
centralisme en sont le produit.
La conception des «identitaires» n'a donc rien de nouveau et
correspond au « fédéralisme » prôné par Charles Maurras (1868-
1952), à la grande différence que le nationalisme des identitaires
n'est pas « français » mais « européen ».
Voilà pourquoi les «identitaires» entretiennent des relations avec
de nombreuses organisations sur le plan européen, soit que celles-
ci soient directement générées par eux, comme Causa Identitaria
(Portugal), Assemblea Identitaria (Etat espagnol), Les Identitaires
Genevois (Suisse), soit que ces structures existaient déjà, comme
Vlaams Belang (Flandre), Lega Nord (Italie), IDEGA - Identidade
Galega (Identitaires de Galice)...
b)la question du « nationalisme ethnique »
La démarche des «identitaires» repose sur deux piliers
- l'identité part du terroir, des régions, et se fond dans
l'identité "européenne";
-l'identité profite du caractère « sanguin » propre à l'Europe.
Pour cette raison, beaucoup d'antifascistes en France, mais aussi
de fascistes, ont considéré que les conceptions des «identitaires»
n'avaient rien à voir avec « le nationalisme français » qui se base
sur l'idée d'Empire et de Nation et donc englobe en quelque sorte
plusieurs « races ».
Pourtant, la conception « sanguine » et « ethnique » des
«identitaires» n'est pas du tout une importation allemande, mais
bien au contraire typiquement française.
Il est erroné et très grave de s'imaginer que seuls les « Allemands
» auraient une conception véritablement raciste.
D'autant plus que ceux qui font cette erreur s'imaginent que les
«identitaires» seraient une anomalie et qu'ils n'ont aucune chance
de se développer en France.
Or, les «identitaires» se placent au contraire dans une tradition
bien française. La conception de la lutte « à mort » ou « pour la
survie » de son propre « peuple » contre « l'invasion » était déjà
le thème de Georges Vacher de Lapouge (1854-1936).
Son ouvrage, « L'Aryen, son rôle social, cours libre de science
politique, professé à l'Université de Montpellier (1889-1890) » se
fondait sur le même principe qui est celui du « darwinisme social
»: les « aryens » formeraient une civilisation supérieure et
doivent donc voir leur existence assurée par la soumission des
autres civilisations ou peuples.
Hitler lui-même avait été influencé par l'anglais Houston
Chamberlain (1855-1927), marié à la fille de Richard Wagner, qui
fondait ses « travaux » sur ceux de Joseph Arthur de Gobineau (1816-
1882), auteur de l'« Essai sur l'inégalité des races humaines ».
On retrouve de telles idées aussi dans toute une partie de la «
gauche » française comme chez Blanqui et ses lieutenants ou chez
Sorel l'anarcho-syndicaliste; si on regarde bien l'histoire, c'est
même en France que les nazis ont puisé la plupart de leurs
conceptions politiques et racistes.
Les « identitaires » s'appuient également sur une autre conception
typique du fascisme français (qui a elle aussi été exportée avec
succès) : celle de « l'enracinement ».
C'est l'idéologie de la France profonde, que l'on peut retrouver
également dans les oeuvres de Jean Giono.
Dans cette conception, l'identité ce n'est pas seulement la race
mais aussi le rapport au passé, c'est le lien avec « la Terre et
les morts ».
C'est une conception « folklorique » qui est commune à tous les
courants fascistes qui le mettent plus ou moins en avant et qui a
été formalisée pour la première fois par Barrès avant l'Affaire
Dreyfus, puis largement reprise comme fondement du régime de Vichy.
c) La question de l'« l'activisme »
Les « identitaires » mènent une activités que certains qualifient «
d'effrénées » et qui peuvent paraître « brasser de l'air ». En effet,
ils multiplient les coups médiatiques comme avec « la soupe au
cochon » ou la campagne contre le groupe de rap Sniper.
Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'une des caractéristiques
historiques du fascisme français est sa grande diversité
intellectuelle, ce qui rend assez dure la « concurrence » pour
l'emporter au sein des différents groupes fascistes, afin de
bénéficier de l'aval de la bourgeoisie impérialiste.
Et d'un autre côté, à la suite de la Seconde Guerre Mondiale,
seules quelques tendances fascistes ont pu continuer à avoir un
impact social : celles n'ayant pas (trop) collaboré, voire
clairement soutenu la bourgeoisie impérialiste dont le représentant
était De Gaulle.
Ce qui n'est pas le cas de la tendance mystico-romantique raciste
des identitaires, qui s'est fondue dans le « travail famille patrie
» pétainiste.
Ainsi, cet « activisme » débordant et médiatique des « identitaires
» a deux objectifs.
D'abord, permettre de révolutionner en quelque sorte la culture
d'une partie de l'extrême-droite en faisant exister en pratique
leur tendance idéologique.
Ensuite, tout comme Soral et sa clique pour la tendance « gauche
nationaliste », ils cherchent des solutions à ce manque d'impact
social du fascisme traditionnel.
Il faut bien admettre que dans la lutte entre ces deux points de
vue là, les "identitaires" connaissent un certain succès.
D'abord leur vision du monde s'est largement infiltrée au sein des
appareils classique de l'extrême-droite et même de la droite.
Cela se voit par le succès de la revue « synthèse nationale » qui
se situe dans leur sphère politique, des prises de positions de
groupes issus du FN comme Alsace d'abord, des déclarations de
sympathie ou de la reprise de thème typique des « identitaires »
par des cadres FN de la tendance « conservatrice » opposée à Marine
Le Pen, ou même de certains cadres de la Droite classique, par la
présence de groupes aussi importants que le Vlaams Belang (de
Belgique) ou la Lega Norde (d'Italie) à leur Conférence Nationale.
Le côté ridicule de certaines de leurs activités folkloriques comme
les randonnées scouts dans les monts de Flandre, ou les séances de
dégustation de produits du terroir, ne saurait résumer à elles
seules leurs activités.
Que ce soit par les actions de lobbying internet, les manifs ou les
activités sociales et culturelles, ils ont rendu une visibilité
médiatique à tout leur courant politique, ré-ancré dans les
réalités sociales concrètes le militantisme fasciste, ce qui les
amène au fur et à mesure à sortir du rôle de supplétifs de la
Droite conservatrice dans lequel ils étaient enfermés.
De la même manière, ils ont réussi à changer leur image de raciste
en prônant les « identités », les « différences », les « ethnies »,
etc.
d)Quelle est la signification politique de l'existence des
«identitaires»?
Comme on le voit, les conceptions des «identitaires» ne sont pas du
tout nouvelles en France.
Mais quel est précisément l'intérêt de savoir cela, pour nous
communistes?
Eh bien, simplement, il nous faut comprendre comment se développe
le fascisme, en quoi consiste sa propagande. Et justement les
«identitaires» apportent des « solutions » aux problèmes de la
bourgeoisie impérialiste:
a)les «identitaires» proposent une nouvelle idéologie totalement
opposée à l'universalisme républicain, qui peut donc apparaître
comme « révolutionnaire » alors que le masque bourgeois de
l'idéologie de 1789 tombe de plus en plus aux yeux des masses;
b)les «identitaires» prônent le rassemblement national au-delà des
luttes de classes, en appelant aux « Français de culture, de
tradition et de souche »;
c)les «identitaires» partent de la tradition réactionnaire née au
19ème siècle de critique (par la droite) du « libéralisme »: sur le
plan intellectuel, le mouvement est « traditionnel »;
d)les «identitaires» permettent de lancer des mobilisations
locales, en « évitant » les sujets qui fâchent comme la religion,
en contournant les différences de situation existant en France
(comme entre le Nord et la région PACA, ou bien Paris et la
Bretagne, etc.) et leur offre des possibilités de militantisme
assez large en axant leurs activités sur le travail local;
e)les «identitaires», à l'opposé des « nationaux-républicains » de
Soral qui sont leurs principaux concurrents pour gagner l'estime de
la bourgeoisie impérialiste, n'ont pas comme objectif la puissance
française (grâce aux « néo-colonies »), mais veulent intégrer la
France impérialiste dans un grand projet impérialiste pan-européen;
f)les «identitaires» tentent pour la première fois d'imaginer la
structure d'une Europe impérialiste unie allant de Paris à
Vladivostok, en posant comme cadre juridique les « identité
régionale (identité charnelle), française (identité historique) et
européenne (identité civilisationnelle) ».
Les «identitaires» ne sont pas des gens « à côté de la plaque »,
mais les véritables théoriciens fascistes des Etats-Unis d'Europe
(sous le couvert des « Régions-Unies »). Les « identitaires »
produisent l'idéologie dont ont besoin les bourgeoisies
impérialistes qui en Europe ont choisi de s'unir pour former un
bloc face aux Etats-Unis.
A l'inverse, la partie de la bourgeoisie impérialiste qui ne voudra
pas de cette option soutiendra les courants souverainistes, comme par
exemple les « nationaux-républicains » d'Alain Soral.
D'où les inévitables conflits entre ces deux tendances, l'une «
européenne », l'autre « nationale ».
Il faut bien voir qu'il existait déjà un courant nationaliste « pan-
européen », qui a été appelé « national bolchevik » parce qu'il
prônait l'alliance tactique avec l'URSS, puis la naissance d'un
empire.
Mais ce courant était purement idéaliste; il s'agissait de
propositions virtuelles.
Les «identitaires» à l'opposé proposent un cadre culturel et
politique, juridique et économique, ainsi qu'un cadre militant,
activiste, pour y arriver.
En ce sens, les «identitaires» ne sont pas résumables à un «
groupuscule ».
Bien au contraire, les «identitaires», en répondant aux exigences
d'une fraction de la bourgeoisie impérialiste qui a soif d'alliance
et de propositions stratégiques concrètes dans le cadre de la crise
capitaliste, disposeront d'un soutien très clair d'une partie de
l'appareil d'Etat et de la bourgeoisie impérialiste, et ne peuvent
que grandir.
Voilà pourquoi, fondant une idéologie fasciste correspondant aux
exigences d'une fraction de la bourgeoisie impérialiste, les
«identitaires» revendiquent:
-le « dégoût du matérialisme, du consumérisme et de l'exploitation
des travailleurs par le grand actionnariat international », c'est-à-
dire le pseudo « anticapitalisme » tel que les courants fascistes
l'ont toujours défini (lutte contre la « ploutocratie » (= la
dictature des riches), « l'oligarchie » (= la dictature d'une élite
financière), etc.);
-la « dénonciation de la non-représentativité du système électoral
français et de la confiscation de la démocratie par les oligarchies
(technocratique, financière, syndicale et médiatique) », c'est-à-
dire le refus de la « démocratie », là encore sur une base
idéologique caractéristique du fascisme (lutte contre le «
libéralisme », la « démocratie corrompue », etc.);
-le « refus du prêt-à-penser et du terrorisme intellectuel », c'est-
à-dire la « subversion », « l'anticonformisme », la critique «
conservatrice révolutionnaire » de la société, l'attitude « rebelle
»;
-l'«'hostilité à l'impérialisme, qu'il soit d'origine nord-
américaine ou musulmane », c'est-à-dire très clairement
l'orientation consistant en le développement de la guerre
impérialiste avec les USA pour le partage du monde;
-l'« opposition totale au métissage ethnique et à la
culpabilisation permanente des peuples européens », c'est-à-dire
l'impérialisme pan-européen comme « super Etat » impérialiste.
Pour lutter contre le phénomène des «identitaires», pour vaincre
efficacement leur propagande et les empêcher de distiller leur
idéologie, il faut mettre en avant l'unité populaire dans
l'objectif de la révolution et posséder une ligne de masses réelle,
ancrée dans la réalité quotidienne vécue par les masses dans
l'enfer capitaliste.
De plus, si en Corse et au Pays Basque les «identitaires» ne
peuvent s'implanter en raison du fait que les mouvements de
libération nationale sont réellement ancrés dans la réalité des
luttes populaires, tel n'est pas le cas en Bretagne, et la question
se pose pareillement pour les revendications démocratiques
occitanes, savoisiennes, alsaciennes ...
Dans ces cas, les
révolutionnaires se trouvent à la croisée des chemins: le fait est
que les justes (et légitimes) revendications révolutionnaires -
démocratiques peuvent se faire dévoyer par l'extrême-droite.
Voilà une preuve de plus que combattre le fascisme nécessite une
connaissance sérieuse et approfondie de l'histoire de l'économie politique, que
la lutte contre le fascisme nécessite que la classe ouvrière soit
considérée comme la classe dirigeante en tout.
Pour
le PCMLM, novembre 2007.
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