 |
La négation de l'existence des "limbes" par l'église catholique : une démonstration
du mépris anti-populaire
|
|
En mai 2007, le pape catholique Benoît XVI a par décision
administrative rayé d'un trait de plume l'existence des limbes,
considérées comme une simple hypothèse de la foi, méritant d'être
rejetée.
Cette décision n'a pas causé de grands remous, sa portée
n'a été pas été reconnue et les limbes n'ont pas été défendues.
Nous communistes défendons les masses, et les limbes sont un
article de la religiosité populaire catholique ; or contre cette
partie du patrimoine du peuple, le pape vient de commettre un
crime.
Car de quoi s'agit-il ? Pourquoi nous communistes portons-nous de
l'intérêt à ce qui pourrait être méprisé comme une simple
superstition ?
Parce que nous sommes les disciples de Marx et
Engels : pour nous, la religion a une nature contradictoire, elle
est autant l'expression de la misère réelle que la protestation
contre cette misère.
Dans les conditions de l'impérialisme, toutes
les contradictions s'aiguisent et la religiosité est un aspect de
la vie dont les masses s'emparent invariablement.
La recherche d'un repli pour exister est d'autant plus
forte que la dégradation de la dignité humaine est vécue au quotidien comme une fatalité;
les promesses religieuses ont l'air d'autant plus sûres que le
monde de l'exploitation n'offre aucune sécurité.
Car les masses ne se résignent jamais, le refus de leur condition,
le désir de libération et le besoin de communisme s'exprime de
mille façons, y compris religieusement par l'image d'un idéal beau,
propre et généreux qui doit supplanter pour toujours le monde de la
brutalité, des faux-semblants et de l'égoïsme.
L'idée d'un sauvetage dans l'au-delà, l'attachement passionné à des
vérités invisibles, bref « la foi », exprime l'incapacité de se
représenter correctement la réalité où les masses n'ont pas le
pouvoir, mais exprime en même temps la force de défier les maîtres,
les habitudes et la force brute qui gouvernent ce monde apparemment
puissant.
Mais que sont les limbes précisément ? Qu'est-ce qui leur a valu
d'être rayées de la carte des cieux par le maître du Vatican ?
Les limbes sont définies comme une zone intermédiaire invisible
entre ciel et terre et entre enfer et paradis.
Les limbes sont nées
en tant que réponse à un problème interne à la foi catholique,
celui des âmes qui ne méritent pas l'enfer, mais qui ne peuvent pas
non plus être admises tout de suite au ciel.
Pour ces âmes en
suspens a donc été définie une zone d'attente, les limbes,
gigantesques et accueillantes, puisque l'immense majorité de
l'humanité est concernée.
Qui est voué à séjourner dans les limbes ? Tout d'abord les
innocents, c'est-à-dire les enfants morts sans baptême avant
d'avoir eu l'occasion de pécher.
Il y a aussi les personnes n'ayant
pas pu connaître le message de Jésus, ayant vécu avant lui, ou
n'ayant pas pu entendre son message, ou bien faisant partie des
autres religions ou bien encore étant sans religion : ce sont les
"justes".
L'accès au paradis est impossible directement, puisque les
innocents tout comme les justes sont marqués par le péché originel
et l'absence de baptême. Il reste pour eux une solution qui est
entre les mains des fidèles : adresser des prières aux habitants du
ciel afin qu'ils baptisent ces âmes et les reçoivent parmi eux,
"comme il se doit".
Dans les limbes errent aussi des catholiques, les âmes en peine
appelées aussi âmes errantes, qui ne sont déjà plus parmi les
vivants et pas encore parmi les bienheureux du ciel. Une âme
errante, c'est la définition catholique d'un fantôme.
Elles sont
totalement seules et tentent d'achever ou de recommencer quelque
chose que la mort a interrompu, ou de défaire les conséquences d'un
péché commis avant de mourir.
La théologie catholique, pour définir les âmes errantes au sens
strict, parle de personnes ayant été trop attachées à la vie
terrestre et qui sont condamnées à poursuivre dans les limbes
autour des lieux de leur attachement et de leurs péchés une semi-
existence répétitive, dont le but est de les lasser de cet
attachement absurde et de les faire se retourner vers le ciel.
Une autre façon de devenir une âme en peine est d'être mort sans
confession « en état de péché », puisque dans ce cas la marque du
péché obsède encore l'âme après la mort.
De là, vient l'angoisse
catholique de la « mort subite, seule à craindre », qui condamne à
l'errance dans les limbes, en tant que fantôme. De là aussi vient
la tradition des prières pour les défunts pendant un mois après
leur mort, afin de les aider à être « accueillis ».
Les limbes forment une étape possible du purgatoire, qui est défini
comme un processus de purification de l'âme comportant six étapes,
la première étant la vie sur terre, la deuxième les limbes, jusqu'à
la sixième nous faisant accéder au seuil du « septième ciel » où
réside dieu.
La peine dans les limbes ce n'est pas « le feu » comme
en enfer, mais seulement la solitude et le « dam », c'est-à-dire la
privation de la vision de dieu.
Le dieu catholique admet que les âmes errantes puissent apparaître
exceptionnellement aux vivants, comme exemple négatif pour ceux-ci
et comme moyen de signalement pour celles-là.
Voilà pourquoi les
fantômes ne doivent pas effrayer, mais principalement faire pitié.
Il est demandé au fidèle d'avoir assez de force et de foi pour
faire face et aider au salut de tous, même des fantômes.
Dans la tradition de la religiosité populaire catholique, il est
libre à chacun de dire des prières et d'allumer des cierges pour
les âmes errantes, de façon horizontale et non encadrée.
Le but de
la prière est d'adresser un message aux anges afin qu'ils le
transmettent aux âmes errantes et les réveillent en quelque sorte,
pour qu'elles quittent leur solitude et se retournent vers le ciel
pour rejoindre la compagnie des autres.
C'est le grand aspect positif de la religion : la compassion, la générosité envers les
faibles, la
volonté d'apporter secours, réconfort et libération à tout le monde
sans exception.
Dans ce cadre, l'impiété, c'est l'oubli,
l'indifférence, l'insensibilité. Cet aspect de la religiosité n'a
rien de spécialement catholique : il est populaire et présent dans
toutes les religions, parce qu'il représente l'aspect social de
l'être humain.
Or, les maîtres de la hiérarchie catholique veulent contrôler et
assécher au maximum les manifestations de la religiosité populaire,
combattre les élans anti-hiérarchiques de la foi pour instaurer une
nouvelle discipline et serrer les rangs autour du Vatican.
Pour
cela, il fallait éliminer les limbes.
En effet, les limbes sont un concept très indéterminé, où les masses
peuvent imaginer ce qu'elles veulent, accueillir et libérer qui
elles veulent, en complicité directe avec les anges. Et les non-
chrétiens sont bien sûr acceptés dans cette auberge espagnole,
populaire par nature et par destination.
Par conséquent, supprimer les limbes, c'est asséner un coup bas
idéologique de grande portée contre les peuples du monde et les
masses mondiales.
Cela signifie l'impossibilité d'un rachat et
l'enfer pour tous les « gentils » (les non-chrétiens). La
destruction de cette zone d'accueil est un acte de guerre non-
déclarée contre les non-chrétiens, dans le cadre du renforcement
des structures catholiques à l'échelle mondiale qui sont en concurrence avec
les autres religions.
En apparence et d'après les allégations de Benoît XVI, cette mesure
du suppression a été prise pour ouvrir les portes des cieux aux
enfants non encore baptisés nés de parents catholiques, mais cette
mesure est sectaire, opportuniste et perfide car elle contourne le
principe catholique de base selon lequel il faut avoir « reçu le
christ » par le baptême pour accéder au ciel, et elle retire la
possibilité du baptême par les anges.
Ainsi la suppression des limbes signifie qu'il n'y a plus aucune
chance pour un non-chrétien d'aller au ciel chrétien, puisque les
limbes étaient le seul pont possible entre le catholicisme et
toutes les autres religions en matière de salut, le no man's land
pacifique de sa théologie.
Avoir commis cet attentat sournois dans
ses sales cuisines idéologiques permet donc à un secteur de
l'impérialisme d'avancer un pion discret dans le cadre de la
tendance à la guerre.
Il y a un deuxième aspect qui fait de cette mesure une attaque
impérialiste contre les masses.
L'image de ce lieu d'attente universelle où les âmes errent en
proie à leur problèmes individuels, cherchant infatigablement une
issue dont la clef est collective, est un reflet du monde tel qu'il
est vécu par les masses, et à ce titre un moyen de prendre
conscience d'elles-mêmes.
Les limbes c'est une vie qui n'est pas encore la vie, mais aussi
une impossibilité de mourir, ça n'est ni l'enfer définitif, ni le
ciel bien sûr, ni la terre rassurante. Or ce symbole fascinant, la
hiérarchie catholique au service de l'impérialisme a décidé de le
faire disparaître, sentant sa dangerosité.
Car dans ce symbole les masses peuvent se reconnaître et entrevoir
la vérité de leurs existences, condamnées à être des individus
isolés et donc condamnées à faire
la révolution, à retourner le monde pour que cesse cette situation
intenable.
Comme dans les limbes où les âmes errantes recommencent et tentent
toujours une action qu'elles n'arrivent pas à faire, la société capitaliste
est source de mille tentatives pour avancer, de mille confrontations avec les
structures sociales réactionnaires.
Comme dans les limbes, le monde du salariat est composé d'activités servant
un but qui ne se montre jamais; les prolétaires travaillent seulement pour survivre, leurs propres activités
leurs sont étrangères, le
produit du travail et le temps de sur-travail sont dérobés par le
capitaliste.
Comme dans les limbes où l'âme errante n'est jamais sûre d'être
délivrée et secourue, dans le capitalisme le prolétaire n'a plus la
vie de l'esclave ou du serf qui eux avaient au moins une garantie
de survie et de protection relative, fournie par l'intérêt du
maître ou du domaine auquel il était attaché.
Le prolétaire moderne
n'a pour lui que sa force de travail livrée aux aléas du capital,
et n'a pour identité que son nom et quelques numéros à la merci de
la vengeance administrative de l'Etat.
Il n'a avec lui que la
solidarité de classe dont il doute et l'espoir vacillant que tout change.
Dans les
métropoles en marche vers le fascisme, cette insécurité essentielle
est encore plus forte pour les femmes et les minorités pour qui
l'insulte, la vexation et l'attaque sont des réalités menaçant en
permanence.
Il en va ainsi dans la consommation, dans le logement, dans le
transport, dans les écoles, dans les divertissements; la
bourgeoisie ne veut reconnaître que des individus les uns à côté
des autres et en concurrence entre eux, elle organise matériellement
et idéologiquement la division des masses pour maintenir sa
domination par l'isolement et la guerre de chacun contre chacun,
aboutissant à la déformation de la personnalité.
Au point qu'une
vie broyée par l'exploitation et l'isolement finit tôt ou tard par
perdre le sens de la réalité et se demander si elle existe
réellement ou si elle n'était pas qu'un fantôme dans les limbes.
Le quotidien impérialiste nous force à l'errance, à une activité
productive dont le but est dévoyé, rendu inexistant.
C'est la base
affective du fait que la révolution joue dans les métropoles le
tout pour le tout : nous voulons tout, nous voulons le pouvoir, tout le
pouvoir, parce que nous avons à redevenir nous mêmes, et tous
ensemble.
Les masses vivent dans les métropoles comme dans les limbes,
arpentant inlassablement les artères du monstre sans savoir
clairement en quoi il consiste.
Les masses les plus victimes de
l'exploitation expérimentent, côte à côte, des situations similaires
et une oppression semblable, sans avoir tous les moyens
idéologiques de les expliquer, de les partager et de les affronter,
mais avec en même temps le refus fondamental de cet isolement.
Est
recherché infatigablement et individuellement le début du bonheur
et de la libération, dont l'issue et la réalité sont pourtant
collectives.
C'est à ce niveau de profondeur qu'agit la force
partisane du marxisme-léninisme-maoïsme, la lumière scientifique de
la classe, qui touche au coeur.
La crise capitaliste et sa racine, la contradiction entre le
caractère social de la production et le caractère privé de
l'appropriation et de la consommation, ne sont pas connues
scientifiquement par les masses, mais par contre ressenties
profondément : ce sentiment d'être dans plongé seul dans le vide à
la merci de tout sans avoir mérité ce sort et cette vie factice,
mais avec en plus l'espoir de s'en délivrer et la confiance
indéracinable dans une force toute puissante.
Ce double aspect de
la psychologie des masses dans l'impérialisme se traduit dans la
religiosité populaire de même que dans toutes les facettes de la
culture authentiquement populaire.
Les masses sont la force et la foi. Elles veulent la sortie, la
libération, la violence, pour enfin vivre selon ce qu'elles sont,
c'est-à-dire de façon communiste. C
ette quête millénaire de
libération qui s'exprime par les espoirs dans le retour d'un guide
et sauveur, la protection des anges et l'attente de la fête des
âmes réunies dans le ciel, tout cela se matérialisera en cette vie
et par les masses elles-mêmes.
Telle est la tendance historique.
Nous serons les sauveurs et les sauvés, nous ne voulons plus être
les âmes errantes de l'impérialisme, nous voulons sortir ensemble
des limbes, et dans les limbes nous nous rejoindrons et nous
combattrons.
Les masses trouveront leur propre orientation et se libèreront
elles-mêmes dans le processus de la guerre populaire prolongée.
Leur fierté ce sera le pouvoir rouge, leur protecteur sera leur
armée, le guide sera le parti et le but la révolution, la grande
fête des opprimés se poursuivant jusqu'au communisme.
C'est dans ce
processus seulement que les beaux mythes religieux pourront être
reconnus comme ce qu'ils sont : des anticipations et des visions
pleines d'espoir et de terreur portées au fond du coeur des masses
depuis que l'exploitation et les classes existent, et destinées à
recevoir une bonne fin par l'action révolutionnaire du prolétariat,
dernière classe de l'histoire mondiale.
« Dans les temps anciens, les masses espéraient un libérateur,
plaçant leur espoir dans les mains de rédempteurs supposés,
jusqu'au jour où est apparu le prolétariat, puissant, invincible
et capable de créer un véritable ordre nouveau.
La classe s'est organisée politiquement et en perspective une
autre histoire commence à se tisser, à se matérialiser dans la réalité.
Le prolétariat en cent années de combat, de défaites et de victoires a appris
à combattre et à prendre le pouvoir par les armes. » (Parti Communiste du Pérou, ILA 80)
Pour
le PCMLM, juin 2007.
|
|