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Psychologie de masse du fascisme : la lente construction actuelle d'un fascisme français
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Les fascistes émettent des thèses tellement étranges voire
délirantes que beaucoup d'antifascistes sont sceptiques quant au
fait que ces thèses puissent avoir un impact véritable.
Ce scepticisme est d'un côté tout à fait juste, car le délire est
le produit de l'effondrement de la petite-bourgeoisie et de
l'agressivité de la bourgeoisie impérialiste; et si les masses
populaires ont de leur côté intégré bon nombre de préjugés
bourgeois, elles n'ont pas le culte de l'irrationnel.
Toutefois, considérer que les thèses délirantes du fascisme ne
peuvent pas atteindre culturellement les masses populaires, même
partiellement, est pour autant faux, sans compter qu'en faisant
cela on oublie que les thèses délirantes fascistes ont comme but
d'organiser, de discipliner les fascistes, de leur donner des
objectifs politiques, idéologiques, culturels.
Les fascistes ne tombent pas du ciel: produits de la décadence du
capitalisme, ils sont également l'expression d'une multitude
d'idées, préjugés, conceptions du monde... qu'ils tentent de
synthétiser pour gagner l'hégémonie politique et culturelle.
On peut prendre ici un exemple concret: un exemple caractéristique
à la fois d'un très large impact culturel, et de l'autre d'un
délire complet et très avancé dans la folie furieuse.
Ainsi, aujourd'hui les aventures de Tintin sont une bande dessinée
tout ce qu'il y a de plus banal, ce sont des oeuvres disponibles
aisément. Et pourtant, outre l'anticommunisme ("Tintin au pays des
Soviets"), le racisme ("Tintin au Congo"), l'antisémitisme
("L'Etoile mystérieuse") sans parler de sexisme (les femmes sont
totalement absentes), on trouve des thèmes ouvertement mystiques
et délirants:
- l'ouvrage "Vol 714 pour Sydney" reprend ouvertement la "Théorie
des Anciens Astronautes", selon laquelle les dieux historiquement
adorés par l'humanité ont été des extraterrestres humanoïdes. Cette
thèse est essentielle pour tout un pan du mysticisme né en Europe
avec l'impérialisme, et donc notamment pour le mysticisme proche du
nazisme, qui attribue à l'univers des millions et des millions
d'années, avec dans le passé une race supérieure (les "Aryens"),
rendue parfois dans certains délires, surpuissante grâce à un
second soleil (le "soleil noir" dont on trouve le symbole sur le
sol du principal centre idéologique de la SS).
- l'ouvrage "Les sept boules de cristal" reprend lui le thème des
"crânes de cristal", qui ont été découverts au 20ème siècle en
Amérique latine et dont les mystiques délirants affirment qu'il
s'agit de la preuve de l'existence d'une civilisation ayant acquis
une technique plus avancée que la nôtre, liée aux extra-terrestres
qui auraient confié 12 crânes au pouvoir surnaturel à l'humanité
avant de revenir, etc.
Comme on le voit, les oeuvres de Tintin contiennent des thèmes très
clairement liés aux délires mystiques, et pourtant il s'agit
d'ouvrages très largement reconnus, considérés comme des oeuvres
magistrales par la culture bourgeoise.
Voilà pourquoi également le fascisme a réussi à triompher dans
certains pays; le fascisme italien ou le nazisme allemand ne sont
pas nés du jour au lendemain, mais ont été le produit d'une longue
maturation, les fascistes synthétisant ce qui a le plus d'impact
auprès des masses populaires afin de triompher.
L'idéologie fasciste est toujours opportuniste et fait le tri dans
ce qu'elle met en avant, selon leur succès et leur utilité.
Voilà pourquoi le fascisme, avant sa synthèse finale dans un
mouvement organisé et uni (fascisme italien, national-syndicalisme
espagnol, national-socialisme allemand...) a une multitude de
variantes, religieuse ou laïque, pro ou anti-européenne, raciste ou
non, antisémite ou pas...
Aujourd'hui en France les structures fascistes sont d'ailleurs de
véritables cercles intellectuels discutant sans interruption, afin
d'élaborer une idéologie unifiée capable de conquérir les masses.
Leurs débats tournent donc autour de questions comme celles de
l'identité (en gros jusqu'où faut-il être raciste?), de l'Islam
(ennemi directement ou allié potentiel au niveau tactique?), du
caractère populaire (en gros jusqu'où faut-il se la jouer "de
gauche"), etc.
Il faut bien noter que le fascisme français n'a jamais réussi à
s'unifier historiquement, à part sous l'occupation et donc
seulement sous l'influence allemande, mettant par là de côté des
forces fascistes liés à l'impérialisme français et qui choisiront
le camp du gaullisme.
La tâche des fascistes français est donc bien plus lourde que celle de leurs
homologues d'Italie ou d'Allemagne, qui ne font eux que du néo-fascisme. Et il existe,
qui plus est, un lourd antagonisme entre les
deux traditions fascistes en France, qui amenaient déjà de lourds
conflits, dont le symbole reste celui dans les années 1970 entre le
GUD (Groupe Union Droit, avec comme symbole la croix celtique) et
le GAJ (Groupe Action Jeunesse, avec comme symbole le trident).
Cet antagonisme est celui entre la fraction anti-communiste réactionnaire
traditionnelle et les "nationalistes révolutionnaires"; c'est là
une contradiction majeure dans le fascisme français d'aujourd'hui.
Le courant anti-communiste traditionnel se pose uniquement comme
mouvement réactionnaire, il se revendique ouvertement contre-révolutionnaire, il soutient,
met en avant un catholicisme
traditionnel (voire traditionaliste).
Il profite largement des traditions militaires, de la bourgeoisie
traditionnelle, des "partisans de l'ordre"; pour lui l'euro est une
monnaie d'occupation et la France appartient à la race blanche. Ses
deux représentants sont l'"Oeuvre française" et le "Renouveau
Français", mais l'"Action Française" se situe dans cette tradition
historique, ainsi que le courant catholique du Front National.
Les références générales de ce courant sont:
-le maréchal Pétain, comme figure de l'ordre;
-Maurice Barrès (1862-1923), comme intellectuel romantique
nationaliste;
-Charles Maurras (1868-1952), comme théoricien du "pays réel";
-Corneliu Zelea Codreanu (1899-1938), le chef de la Garde de Fer
roumaine, comme référence nationale-catholique;
-José Antonio Primo de Rivera (1903-1936), fondateur de la
"Phalange espagnole", comme référence nationale-syndicaliste;
-les généraux Franco et Pinochet, comme figures de la lutte armée
contre le communisme.
Le second courant n'a pas les mêmes préoccupations: la sienne est
de gagner les masses populaires, coûte que coûte. A l'opposé du
premier courant, celui-ci se revendique ouvertement
"révolutionnaire"; une référence essentielle reste les SA qui en
Allemagne prétendaient lutter "contre le front rouge et la
réaction".
Il a également un discours "anti-impérialiste" dirigé exclusivement
contre les USA et le sionisme, prône des revendications "sociales"
contre la "mondialisation" et la "globalisation".
Ce courant revendique également "l'ethno-différentialisme": à
l'opposé du racisme pratiquant des hiérarchisations, il prétend
être pour un nationalisme révolutionnaire que tout pays devrait
pratiquer.
Aujourd'hui ce courant "nationaliste révolutionnaire" n'a pas
encore de ligne unifiée: c'est le rôle que se donne "Egalité &
Réconciliation", qui tente d'agglomérer et de synthétiser toute les
positions "nationalistes de gauche", des "gaullistes de gauche"
jusqu'aux fantasmagoriques "nationaux bolchéviks".
Les références de ce courant sont multiples et parfois
contradictoires, allant du "nationalisme social" à la revendication
d'une "troisième voie" définie par le slogan "ni trust ni soviets";
on retrouve néanmoins:
-Julius Evola (1898-1974), comme référence d'un mysticisme
conservateur révolutionnaire européen;
-Benito Mussolini (1883-1945) comme figure socialiste théoricien du
fascisme, notamment avec la "République sociale italienne /
République de Salò";
-Otto et Grego Strasser (1897-1974 et 1892-1934) comme symboles du
"nazisme de gauche";
-Ernst Niekisch (1887-1967), comme référence du syncrétisme
nationalisme/extrême-gauche;
-Alain de Benoist (né en 1943), théoricien de la "nouvelle droite"
et de l'"ethno-différentialisme".
La question n'est évidemment absolument pas d'opposer le premier
courant au second, le second tentant par ailleurs d'apparaître
comme de "gauche" en prétendant s'opposer sur le plan des idées au
premier. En pratique ces deux courants n'ont jamais été
antagoniques, sauf au moment de la bataille pour la place une fois
le pouvoir obtenu, ainsi en Allemagne le "front noir" a été exclu
du nazisme puis les SA ont été liquidés par les SS, en Espagne les
"révolutionnaires" ont été intégrés pacifiquement mais fermement au
franquisme.
Le courant qui a été appelé par les historiens bourgeois "l'aile
gauche du fascisme" a donc toujours combattu dans les rangs du
fascisme et jamais contre lui; il est un aspect du fascisme.
Les liens entre les deux courants sont multiples, tant au niveau
des individus que des idées, des soutiens, souvent des références
idéologiques ou historiques, etc.
La peste fasciste a deux aspects, comme toute chose; ces deux
aspects sont à la fois unis et en conflit, et se séparent selon la
loi comme quoi "un se divise en deux", à partir du moment où il y a
un saut qualitatif.
Les deux courants historiques du fascisme ont toujours eu et auront
toujours ce point commun de s'opposer à la lutte de classe,
appelant à l'unité des classes sociales sous le drapeau de la
nation.
Contre le fascisme, contre sa politique de division des masses
populaires sous des prétextes de religion, d'"ethnies" ou tout
autre motif, les communistes revendiquent la guerre du peuple comme
stratégie révolutionnaire, preuve de l'absence de tout compromis
avec le mode de production capitaliste.
La guerre populaire fraie la voie à la victoire sur le fascisme,
expression de la décadence des couches sociales capitalistes!
"Lutte de classes - certaines classes sont victorieuses, d'autres
sont éliminées. Cela, c'est l'histoire, l'histoire des
civilisations depuis des millénaires. Interpréter l'histoire
d'après ce point de vue, c'est ce qui s'appelle matérialisme
historique ; se placer à l'opposé de ce point de vue, c'est de
l'idéalisme historique." (Mao Zedong)
Pour
le PCMLM, septembre 2007.
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