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Quelques notes de travail sur l'URSS socialiste et le social-impérialisme russe
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L'une des caractéristiques essentielles du maoïsme est la considération
selon laquelle l'URSS s'est transformée en Etat social-impérialiste.
C'est une notion centrale, qui définit ce que le socialisme est et ce
qu'il n'est pas.
Il s'agit d'une ligne de démarcation autant avec ceux qui remettent en cause
la construction du socialisme en URSS après la révolution d'Octobre 1917, que
ceux considérant qu'aurait été "communiste" ou "socialiste" non seulement l'URSS des généraux grabataires
tyrannisant les peuples de l'URSS mais aussi les nations des pays d'Europe de l'Est, ainsi que
les peuples et nations passant sous sa coupe avec les zones d'influence et les invasions.
Pour comprendre ce qu'était l'URSS, il faut partir de la lutte de classes. Mais encore faut-il
reconnaître leur existence.
Que penser par exemple de l'affirmation suivante
de l'anarchiste Emma Goldmann au sujet de la Russie en 1923, alors que ce pays était
totalement arriéré économiquement, quasi totalement paysan, avec une production
totalement désorganisée par la guerre civile, sans même parler des destructions?
"Lénine [...] n'a jamais essayé de construire un véritable communisme en Russie,
à moins de considérer que trente-trois niveaux de salaires, un système différencié
de rations alimentaires, des privilèges assurés pour quelques-uns et l'indifférence
pour la grande masse soient du communisme." (Emma Goldman, dans "Postface à My Disillusionment
in Russia")
Pleine de préjugés, l'intellectuelle Emma Goldmann ne constate pas l'existence de commerçants, de paysans riches, de capitalistes
divers et variés! Il est bien facile de reprocher de ne pas pratiquer immédiatement le communisme
dans un pays misérable, à l'économie exsangue, rempli de contre-révolutionnaires!
Et inversement, où était-elle quand il s'agissait justement de saluer la formation des
"kolkhozes", ces collectivités productives de paysans issues de la grande collectivisation
des campagnes?
Car à la fin de 1933, l'industrie privée en URSS avait quasiment disparu et les 2/3 des paysans
étaient organisés dans les kolkhozes.
Voilà le produit efficace et constructif de la "lenteur"
des bolchéviks; mais les anarchistes disent alors: "c'était du capitalisme d'Etat!"
Pourquoi disent-ils cela? Parce qu'ils rejettent la question du pouvoir;
ils se contentent d'opposer un "en haut" à un "en bas" et ne considèrent pas
comme les communistes que la classe
dominante doit être la classe ouvrière.
Pour les anarchistes, un paysan est au fond équivalent à un ouvrier qui vaut lui-même un employé, un
indivdidu en vaut simplement un autre quel que soit sa classe;
quant à la petite-bourgeoisie, elle disparaît miraculeusement!
Alors, posons la question: qui avait le pouvoir en URSS?
Les anarchistes disent que les bolchéviks ont mené un "putsch" et que les soviets, les
conseils populaires, ont disparu, que les bolchéviks les ont liquidés.
Est-ce vrai?
Non ce n'est pas vrai. Mais ce qui est vrai, et ce que les anarchistes rejettent, c'est
qu'en plus des soviets locaux, il y avait un soviet à l'échelle national, une conséquence
justement de la primauté de la classe ouvrière dans le cadre de son alliance avec la
paysannerie.
Les anarchistes prônent le pouvoir local et le "communisme libertaire" immédiat; ils
rejettent donc la nécessité du socialisme, de l'Etat ouvrier.
Et le fait est qu'en URSS, en plus des soviets locaux, il y avait le
Soviet Suprême (composé d'un parlement avec un député pour 300.000 habitants - le Soviet
de l'Union, et d'un parlement avec un nombre fixe de députés par "république", "région autonome", etc.
- le Soviet des Nationalités).
Le Soviet Suprême formait l'appareil d'Etat de l'URSS pour les questions des plans quinquennaux,
des lois d'ordre général, de la défense.
Il est logique que les anarchistes disent que les soviets ont disparu puisque selon eux
les questions juridique, économique et militaire ne doivent se gérer que localement ou, tout
au moins, que le pouvoir doit impérativement rester à la base et à la base seulement.
Mais pour les communistes, il y a deux niveaux: le niveau local et le niveau global, qui
s'interpénétrent. Voilà
pourquoi dans l'URSS soit disant totalitaire la loi ne dépendait qu'en partie du Soviet Suprême,
et pour le reste des républiques (Ukraine, Biélorussie...), des républiques autonomes
(Abkhazie, Nakhitchévan, Kara-Kalpakie...) et des régions autonomes (des Juifs, Khakasses, Tcherkesses...).
Voilà pourquoi le soviet local était le coeur de l'Union Soviétique: le Soviet suprême
n'était que l'émanation des soviets, sans ceux-ci son existence et ses décisions n'auraient
été que virtuelles.
Du soviet local dépendait toute la vie économique et culturelle: instruction publique, santé publique, économie municipale,
industrie locale, commerce, assurances sociales, agriculture...
Les élections des soviets locaux consistaient logiquement en de vastes inspections du travail.
On considère souvent par exemple
le mouvement stakhanoviste comme une simple apologie du
productivisme sur le plan quantitatif, soutenu par les dirigeants tout en haut de l'échelle de
décision.
Rien n'est plus faux: le mouvement stakhanoviste
est issu d'une longue tradition de la base; la question centrale a toujours été celle de l'implication dans le travail, de
l'organisation du travail et non pas du "travail pour le travail".
Il ne s'agit pas simplement d'une mobilisation pour produire plus, comme après 1917 avec
les subbotniks et voskresniks ("ceux du samedi", "ceux du dimanche").
Il s'agit d'une mobilisation en appelant au qualitatif et
c'est dans cet esprit que sont nés des "contre-plans", où des ouvriers remettaient en cause
les plans de production pour les améliorer, mouvement commencé en 1930 avec
les ateliers Karl Marx de Leningrad et qui s'est très largement développé.
S'imaginer qu'en URSS tout allait du "haut" vers le "bas" est absurde et contraire à la
réalité.
Au sujet de cette "différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel",
Staline dit précisément:
"Ce problème a également pour nous une importance primordiale.
Avant que l'émulation socialiste de masse ait pris de l'ampleur,
notre industrie montait en grinçant, et nombre de camarades préconisaient
même des rythmes ralentis du développement industriel.
Cela s'explique surtout par le fait que le niveau culturel et technique
des ouvriers était trop bas et retardait de beaucoup sur le niveau du
personnel technique.
Les choses ont pourtant changé radicalement
depuis que l'émulation socialiste a pris chez nous un caractère de masse.
Dès lors, l'industrie a fait des progrès rapides. Pourquoi
l'émulation socialiste a-t-elle pris un caractère de masse ?
Parce qu'il s'est trouvé parmi les ouvriers des groupes de camarades qui,
non seulement s'étaient assimilé un minimum de connaissances techniques, mais sont
allés au delà et ont atteint le niveau du personnel technique ; ils ont
commencé à corriger les techniciens et les ingénieurs, à renverser les
normes existantes comme périmées, à introduire des normes nouvelles,
plus modernes, etc." (Les problèmes économiques du socialisme en URSS)
Un autre point de séparation avec les anarchistes se pose ici.
Ces contre-plans contribuant au plans quinquennaux rentraient dans le
cadre de la naissance de la nouvelle classe ouvrière, parce que pour les
communistes la classe la plus révolutionnaire de l'histoire est la classe ouvrière.
Voilà pourquoi les bolcheviks entendaient développer une industrie forte et équilibrée,
des centres industriels permettant la croissance qualitative et quantitative de la
classe ouvrière.
Il est ainsi très ironique que le reproche fait par certains à Staline consiste
justement à ce qu'il aurait prôné la "production pour la production". C'est une
affirmation coupée de la réalité sociale de l'URSS, mais également
de la perspective même des bolchéviks.
Les pseudos marxistes critiquant Staline lui reproche la phrase "La technique décide
de tout", qui serait la preuve de l'émergence de bureaucrates, de managers, etc.
Mais regardons plutôt la "citation" en entier:
"Il est temps d'en finir avec cette tendance pernicieuse à ne pas s'ingérer dans la
production. Il est temps d'adopter une autre, une nouvelle attitude, conforme à la
période actuelle: l'attitude qui consiste à se mêler de tout.
Si tu es directeur d'usine, mêle-toi de toutes les affaires, pénètre au fond de toutes
choses, ne laisse rien passer, apprends et apprends encore. Les bolchéviks doivent
se rendre maîtres de la technique. Il est temps que les bolchéviks deviennent eux-mêmes
des spécialistes. La technique en période de reconstruction décide de tout." (Les tâches des
dirigeants de l'industrie, 1931).
Ce que dit ainsi Staline, ce n'est pas qu'il faille faire le culte des managers, mais au contraire
que la production doive être intégralement maîtrisée par les bolchéviks,
et que la technique n'est pas réservée ad vitam aeternam à ceux qui l'ont étudiée à l'école.
C'est tout le contraire de la thèse comme quoi il faut laisser faire les techniciens et ne pas les
importuner avec la "politique".
Mais on voit ici déjà poindre les critiques anarcho-syndicalistes et trotskystes, comme quoi
cela serait du "communisme autoritaire", s'opposant à leur prétendu "socialisme par en bas".
A ces critiques on ne peut que répondre: la collectivisation des campagnes a été la
démonstration de la cohérence des plans quinquennaux, tout comme le triomphe sur l'armée
nazie a été la démonstration du caractère de masse de la construction du socialisme.
Après la révolution de 1917, les koulaks (paysans riches) et les nepmen (petits commerçants,
petits industriels) ont tenté de profiter de la désorganisation de l'économie pour combattre le
socialisme. Grâce à la
direction bolchevik dans la construction du socialisme, ils n'y sont pas arrivés.
Les bolchéviks, formant l'avant-garde de la classe ouvrière, ont assumé la direction de la
lutte de classes - et ils ont bien fait; tout le discours sur le
"socialisme par en bas" n'est qu'un discours
prônant la capitulation.
Le devoir des communistes est d'assumer les tâches de direction dont la classe ouvrière a besoin.
Cela peut être la lutte contre le fascisme dans un pays capitaliste, cela peut être
la lutte de libération nationale dans un pays semi colonial semi féodal, cela peut être la
question de l'organisation de la production dans le socialisme.
C'est le principe
de servir le peuple.
Quelle ironie justement que de lire les propos de Trotsky sur Staline, alors que celui-ci
a été à la tête du mouvement communiste international qui de la Chine à la France profitait
de la richesse incommensurable de l'initiative populaire dans sa lutte contre le fascisme:
"Les contradictions à l'intérieur de la bureaucratie elle-même
ont abouti à la sélection d'un ordre qui exerce le commandement;
la nécessité de la discipline à l'intérieur de l'ordre ont abouti
au pouvoir personnel, au culte du chef infaillible. Le même régime
règne à l'usine, dans le kolkhoze, à l'université, dans l'Etat:
le chef avec une douzaine de fidèles; les autres suivent le chef.
Staline ne fut jamais et ne pouvait, par sa nature, être un chef
de masses: il est le chef des "chefs" bureaucratiques, leur couronnement,
leur personnification." (L'Etat ouvrier, Thermidor et Bonapartisme, 1935)
"Des "chefs" bureaucratiques" pouvaient-ils construire une armée rouge et
amener la victoire sur l'armée nazie, dans les terribles conditions d'alors?
La réponse est simple, elle vient de la pratique: c'est non.
L'URSS était socialiste; la production était socialisée, la classe ouvrière avait
son parti d'avant-garde qui était en première ligne pour coordonner la construction du socialisme.
N'y a-t-il pas eu des erreurs? Bien entendu, il y en a eu. Rien ne va en ligne droite,
partant de là il n'y aucune raison de ne pas penser qu'il y a eu des erreurs, des fautes,
des développements déséquilibrés.
Mais la question qui compte est celle de la tendance générale, et l'URSS de Staline allait
de l'avant. Sans cela, elle n'aurait de toutes manières pas tenu le choc et n'aurait pas
tenue plus de dix ans, explosant sous le poids des contradictions.
On peut prendre un exemple ici particulièrement significatif. Certains glosent sur la déportation des Allemands de la Volga. Mais celle-ci
a été réalisée deux mois après l'invasion nazie, alors que l'armée allemande tentait
justement de rejoindre la région de la Volga où vivait 450.000 Allemands (sur les 1,5 millions
vivant alors en URSS),
pour tenter de former une véritable
base d'appui au coeur de l'URSS.
Des liens existaient clairement avec l'Allemagne (missionnaires évangélistes, acteurs en
tournée...), sans parler des espions; le décret du Soviet Suprême du 21 août 1941 explique à ce sujet
qu'il y a des dizaines de milliers
d'espions allemands infiltrés dans la région de la Volga sans que les autorités locales
n'aient rien dit à ce sujet, et que pour éviter donc
un bain de sang en cas de soulèvement pro-nazi, il fallait ni plus ni moins déplacer la
population.
Une déportation similaire a eu lieu avec les Coréens immigrés, en raison de leur position
juste à la frontière alors que le Japon fasciste avait envahi la Corée.
Cela rentrait dans une situation caractérisée par:
-la guerre russo-japonaise de 1905, marquée par la défaite russe
-l'invasion japonaise de 1918
-l'incident en Mandchourie du 18 septembre 1931 organisé par les Japonais
-la formation en Chine du "Manchukuo", l'Etat de Mandchourie fantoche par le Japon en 1932
(avec la colonisation prévue pour 5 millions de Japonais - il y en aura 850.000 en 1945)
-le soulèvement pro-japonais en Mongolie en 1932
-la formation et l'envoi (germano-japonais) de missionnaires bouddhistes dans toute la zone
-la tentative japonaise de former "Mengukuo" en 1937, regroupant toute la Mongolie (y compris soviétique)
Comme on le voit, les déplacements de population rentraient dans le cadre de l'affrontement de
l'URSS avec les pays impérialistes, il ne s'agissait pas d'une planification "cynique" organisée
sur le long terme et faisant fi du droit des peuples; de la même manière, la déportation de peuples en 1944-1945
ont été causé par l'aide aux armées nazies et l'influence de la Turquie, outil de l'impérialisme
US pour avoir un appui en URSS même en cas d'offensive.
C'est ce niveau de compréhension qu'il faut avoir pour comprendre ce qui a été correct et
ce qui ne l'a pas été, à un moment complexe où le pouvoir des soviets s'est retrouvé affaibli
sur le plan de l'organisation. Les choses sont complexes; ainsi c'est Béria qui a dirigé certains
déplacements de population, c'est-à-dire le même qui a organisé le véritable putsch militaire à la mort
de Staline.
Dès la mort de Staline, Béria neutralisa les forces militaires de
Moscou par les forces spéciales de sécurité, s'assurant le contrôle de la ville et du Kremlin.
Le secrétaire de Staline, Poskrebyshev, disparut sans laisser de traces; en 24 heures
furent démis de leur fonction 5 des 10 membres du secrétariat du Parti Communiste d'Union
Soviétique, 22 des 36 membres et candidats du présidium élu par le comité central en octobre 1952.
Béria devint le second plus haut responsable du Parti (derrière Malenkov), libéra d'un coup
un million de prisonniers de droit commun, avant de se faire lui-même arrêté et liquidé
par Khrouchtchev en juin de la même année!
Mais ce point précis est ce qui distingue les maoïstes, non pas des anarchistes,
mais des "marxistes-léninistes".
Comment ceux-ci expliquent en effet l'émergence d'une clique rassemblant des gens comme
Khrouchtchev, qui a remis en cause tous les principes développés jusqu'en 1953 en URSS?
L'une des principales référence des "marxistes-léninistes" est Ludo Martens, qui
dans "Un autre regard sur Staline" explique:
"Dans la lutte des classes qui a traversé le Parti et
l'Etat au cours des années trente et quarante, la ligne de démarcation
était entre les forces qui défendaient la politique léniniste de Staline et
celles qui encourageaient le technocratisme, le bureaucratisme et
le militarisme. Ce sont ces dernières forces qui acquerront
l'hégémonie à la direction du Parti lors du coup d'Etat de Khrouchtchev.
(...)
Il n'y a donc pas de doute que Staline a continué, dans les dernières années de sa vie, à
lutter contre les tendances sociales-démocrates et nationalistes bourgeoises, et contre
la subversion menée par l'impérialisme anglo-américain.
Néanmoins, il est clair que cette lutte n'a pas été menée avec la profondeur
et l'ampleur nécessaires pour revigorer et redresser idéologiquement et politiquement le Parti.
En effet, après la guerre, qui avait exigé des efforts professionnels
extraordinaires de la part des cadres militaires, techniques et scientifiques,
les tendances anciennes au professionnalisme militaire et au technocratisme
s'étaient notablement renforcées. La bureaucratisation et la recherche des privilèges
et de la vie facile s'étaient également accentuées.
Cette évolution négative
a été encouragée par le «vertige du succès»: la grande fierté que des cadres tiraient
de la victoire antifasciste se transformait souvent en présomption et en arrogance.
Tous ces phénomènes ont miné la vigilance idéologique et politique à l'égard des courants opportunistes.
(...)
Staline n'a pas clairement saisi qu'après la disparition des bases
économiques de l'exploitation capitaliste et féodale, il existait encore, en
Union soviétique, un sol d'où pouvaient surgir des éléments bourgeois.
Le bureaucratisme, le technocratisme, les inégalités sociales et les
privilèges ont introduit, parmi certaines couches de la société soviétique,
un style de vie bourgeois et des aspirations à la réintroduction de
certaines formes du capitalisme.
La persistance de l'idéologie bourgeoise
au sein des masses et parmi les cadres a été un facteur supplémentaire qui
a fait virer des couches entières vers des positions anti-socialistes.
Les adversaires du socialisme ont toujours trouvé d'importantes ressources et
réserves idéologiques et matérielles du côté de l'impérialisme.
Et cet impérialisme n'a jamais cessé d'infiltrer des agents secrets
et d'acheter des renégats qui, ensemble, se sont efforcés d'exploiter
et d'amplifier toutes les formes d'opportunisme existant en URSS.
La thèse de Staline selon laquelle «il n'y a pas une base de classe
pour la domination de l'idéologie bourgeoise» est unilatérale et non dialectique.
Elle a introduit des faiblesses et des erreurs dans la ligne politique."
Les affirmations de Ludo Martens sont simples et en tant que telles vraies; elles ne
représentent pourtant qu'une partie de la vérité, justement par leur aspect simpliste.
Ludo Martens explique en effet que la clique révisionniste qui a pris le
pouvoir en 1953 est le produit d'erreurs "techniques", de situations de priviléges
(comme pour l'armée après la victoire de 1945) qui auraient "corrompu"
certains responsables, les amenant à trahir lentement mais sûrement.
Cette explication n'explique rien, à moins de reprendre la thèse trotskyste selon
laquelle une couche bureaucratique peut exercer le pouvoir (que ce soit avec le
fascisme expliqué comme "bonapartisme", ou bien le socialisme "stalinien" expliqué
comme "Etat ouvrier dégénéré").
La réalité est que le Parti Communiste d'Union Soviétique ayant été l'unique
parti politique légalement existant, c'est en son sein que s'est exprimé
la contradiction entre capitalisme et socialisme.
Voilà pourquoi Mao Zedong avait, en Chine populaire, combattu idéologiquement
Deng Xiao Ping sans simplement le mettre en prison: Deng Xiao Ping ne
représentait pas une simple déviation, mais bien une classe sociale -la bourgeoisie- dont il fallait
que les masses comprennent parfaitement l'existence; le liquider individuellement n'aurait
servi à rien.
L'erreur centrale de Staline a été d'avoir mis en avant le principe erroné selon
lequel il n'existerait plus en URSS de classes
sociales exploiteuses, thèse que l'on retrouve dans la
constitution de l'URSS de 1936.
Cette thèse amène à penser que les partisans du capitalisme sont de
simples "déviants" individuels, d'où les accusations fondamentalement erronées dans les
procès en URSS où l'on expliquait que si une personne était contre-révolutionnaire
aujourd'hui, alors elle l'avait nécessairement été toute sa vie.
De la même manière, des erreurs étaient considérées comme des fautes, dans la même
logique du "tout blanc" / "tout noir".
Toutes ces considérations erronées en URSS reposent sur un fait simple; en réalité, la bourgeoisie
existait encore en URSS et le révisionnisme qui prend le pouvoir en 1953 n'est pas l'expression d'une couche
de dirigeants opportunistes, mais bien celle d'une classe.
Les trotskystes et les "marxistes-léninistes" disent que cette thèse maoïste est fausse,
car "il n'y a pas de bourgeoisie sans capitalisme".
C'est la démonstration de leur incompréhension de ce qu'est le socialisme.
Le socialisme est en effet le lieu de l'affrontement entre capitalisme et communisme.
Le socialisme, à son tout début, ne consiste, au niveau des forces matérielles,
qu'en un capitalisme inversé, dans la mesure où le pouvoir et la propriété des moyens
de production revient à la classe ouvrière.
Au niveau historique, le socialisme n'est pas le communisme; il n'en a pas la maturité
ni idéologiquement, ni socialement, ni économiquement.
Tant qu'on ne vit pas dans le communisme, personne ne peut être communiste à 100%;
la bourgeoisie existe nécessairement en tant qu'expression du niveau des forces
productives, de la même manière qu'un cataclysme raménerait la France à une époque
antérieure de l'histoire, avec des seigneurs dominant et exploitant dans le cadre d'une bataille
générale pour la survie.
Dans cette compréhension dialectique de l'histoire, les marxistes-léninistes ont tout à fait
tort de mettre en avant de manière unilatérale la thèse qui se trouve dans
"L'histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'URSS", publiée en 1938,
et consistant à dire que : «On ne saurait admettre qu'il y ait dans l'état-major de la
classe ouvrière des sceptiques, des opportunistes, des capitulards et des traîtres.
On ne peut considérer comme un hasard le fait que les trotskistes, les boukhariniens
et les nationalistes bourgeois sont devenus des agents des services de renseignement
étrangers. C'est de l'intérieur que les forteresses s'enlèvent le plus facilement.»
En effet, il est insuffisant de chercher des traîtres si dans de multiples domaines
la bourgeoisie est devant soi. En URSS, l'homosexualité était interdite et les tendances
au chauvinisme grand-russe se développaient en de multiples domaines: le patriarcat
comme rapport social existait clairement, malgré l'égalité juridique complète.
Ces aspects négatifs étaient le produit de la situation historique, empêchant une
plus grande maturité.
Certains ont ici une compréhension non dialectique de certains aspects. On affirme ainsi
souvent que l'URSS de l'époque de Staline aurait été particulièrement réactionnaire
concernant les rapports au sein des couples et aurait une conception bourgeoise du mariage.
En réalité, la mise en avant du mariage et l'interdiction de l'avortement sont l'expression
du grand combat contre le patriarcat; la révolution sexuelle des années 1920 n'a consisté
qu'en un déferlement du patriarcat, avec l'abandon systématique des femmes, bien souvent
devenues enceintes.
Le mariage en tant qu'institution avait donc un aspect
protecteur vis-à-vis des femmes, qui ne pouvaient plus se faire abandonner matériellement;
affirmer de manière unilatérale que l'URSS de Staline avait une conception religieuse
du mariage n'a pas de sens.
L'exemple même du mariage montre comment au sein même de l'URSS a existé la bataille
entre communisme et capitalisme.
Un autre exemple est très connu est celui des SMT (Stations de Machines et Tracteurs). Dans les
"Problèmes économiques du socialisme" (1951), Staline expliquait que céder les
machines et tracteurs aux kolkhozes irait à l'opposé du communisme et critiquait
les partisans de cette thèse remettant en cause le fait que rien n'appartienne
aux entreprises (fondement du socialisme où tout appartient à la collectivité).
Or, l'une des premières mesures de Khrouchtchev sera par contre la dissolution des
SMT et l'achat des machines et tracteurs par les coopératives (ce qui renforce
l'autonomie des entreprises, leur accorde la propriété, fait disparaître les
petites coopératives qui n'ont pas les moyens de se les procurer, etc.).
A l'époque de Staline, l'URSS permettait à toutes les coopératives de se
développer grâce aux SMT. Avec Khrouchtchev la loi change, le statut social change,
la base productive change.
Khrouchtchev n'était donc pas un "camarade qui se trompe", un simple opportuniste,
mais bien le représentant du capitalisme, comme le montrent toutes les modifications
faites en URSS à partir de 1953.
Modifications au niveau étatique, afin d'asseoir la domination de la bourgeoisie
s'affirmant au sein même des structures soviétiques modifiées: ce
n'est pas pour rien si le "rapport secret" de Khrouchtchev, publié "à l'ouest" par
les USA, n'a circulé qu'à 6.000 copies dans le Parti Communiste d'Union Soviétique, qui
comptait huit millions de membres!
Près de 70% des membres du comité central élus au 19ème congrès de 1952 seront
littéralement éjectés dans les 10 années suivantes. Le chiffre est de 50% au niveau local,
régional, et même pour le comité central du 20ème congrès de 1956.
On a ainsi l'abolition de la planification centrale au profit d'une centaine d'organismes régionaux
(les 104 "sovnarkhozes") et l'émergence d'une foule d'intermédiaires qui mettent en liaison
de manière plus ou moins ouverte les différentes entreprises en elle, véritable
lieu d'un marché capitaliste qui ne donne pas son nom.
Les directeurs des entreprises
obtiennent des pouvoirs faramineux, les entreprises peuvent conserver les bénéfices:
c'est le procesus qui est connu, à partir de Brejnev en 1964, comme les "réformes Libermann",
du nom de l'économiste Evseï Liberman.
Lénine expliquait que :
"On comprend pourquoi l'impérialisme est un capitalisme agonisant,
qui marque la transition vers le socialisme : le monopole qui
surgit dit capitalisme, c'est déjà l'agonie du capitalisme, le début
de sa transition vers le socialisme." (L'impérialisme et la scission du socialisme, 1916).
On a eu ici le mouvement exactement contraire: les monopoles sous contrôle soviétique passent sous la
coupe de la nouvelle bourgeoisie parvenant à s'extraire des rapports sociaux grâce aux erreurs et aux
faiblesses culturelles, politiques, idéologiques, pratiques.
Les réformes ne consistent pas en des "erreurs", mais véritablement en l'idéologie de la bourgeoisie.
Une bourgeoisie qui a pris le contrôle du Parti Communiste, de l'appareil d'Etat, qui dispose de
monopoles qu'elle gère selon ses propres critères, qui a retourné en sa faveur toutes les structures
existantes en URSS.
La définition qui a été donné par les communistes de Chine populaire à cette forme sociale est celle
de "social-impérialisme": social en paroles, impérialiste dans les faits.
Et dans les faits, l'URSS a très clairement été sous la coupe du complexe militaro-industriel,
c'est-à-dire d'une bourgeoisie impérialiste, à l'agressivité éprouvée.
Ainsi, dès le 26 Février 1965 avait lieu un changement de statuts dans les industries militaires,
qui se révèle par le changement de nom:
- le comité d'Etat pour l'aviation technologique de l'URSS devient le ministère de l'industrie aéronautique de toute l'Union
- le comité d'Etat pour la technologie de défense de l'URSS devient le ministère de l'industrie de la défense de toute l'Union
- le comité d'Etat pour l'électronique et la radio de l'URSS devient le ministère de l'industrie radio de toute l'Union
- le comité d'Etat pour la construction navale de l'URSS vient le ministère de la construction navale de toute l'Union
- le comité d'Etat pour l'électronique de l'URSS vient le ministère de l'industrie électronique de toute l'Union
- le comité d'Etat pour la construction des machines moyennes de l'URSS devient le ministère de l'industrie des machines moyennes de toute l'Union
Ces industries devenaient intouchables. Le quart de l'industrie servait le
complexe militaro-industriel, qui employait un travailleur sur cinq et les 2/3 des
scientifiques et des ingénieurs; en 1967 l'URSS disposait de 3,5 millions de soldats, en 1985,
le chiffre était de 5,3 millions de soldats.
Le social-impérialisme russe a envahi la Tchéquoslovaquie en 1968, l'Afghanistan en 1980; il était
présent dans les pays de l'Est européen avec des forces armées importantes et lancé
dans la course aux armements avec l'impérialisme US et ses alliés, notamment français.
Le social-impérialisme russe a joué un rôle énorme dans la prolifération nucléaire;
ses stocks d'ICBM (missiles balistiques intercontinentaux) sont
passés de 100 en 1963 à plus de 1500 en 1973.
En 1986, l'URSS disposait de 45.000 têtes nucléaires, sans parler des stocks d'armes
bactériologiques (notamment l'agent "novichok", le plus mortel du monde) ni des centaines de
milliers de soldats dans les pays qu'il a rendu dépendant.
Et pourtant, malgré tout cela, les trotskystes et les "marxistes-léninistes", sans parler
du Parti "Communiste" Français, considéraient
l'URSS comme "socialiste".
Tel n'est pas le point de vue maoïste.
Pour
le PCMLM, janvier 2008.
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