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Quelle est la nature des syndicats?
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Pourquoi se demander quelle est la nature des syndicats? Eh bien
d'abord parce qu'il le faut pour comprendre leur rôle dans la lutte
de classe, pour éclairer leur action au sein de la classe ouvrière
et enfin parce qu'aujourd'hui, tous les militants (ou presque) se
considérant comme « révolutionnaires » sont investis dans des
syndicats et que cette activité occupe pour la plupart la quasi-
totalité de leur militantisme.
Au 19ème siècle les syndicats sont nés dans le prolétariat et ont
fait littéralement face à la bourgeoisie et à sa gestion des
entreprises. Certains s'imaginent, en se référant à cette période,
que les syndicats ont conservé la même nature, faisant fi de ce
qu'on peut apprendre ne serait-ce que dans n'importe quel manuel
d'histoire bourgeois.
Car les syndicats ne sont pas des structures autonomes, existantes
uniquement dans le prolétariat. Leur statut d'aujourd'hui est
déterminé par des décisions prises en 1945 qui en font des
"partenaires sociaux" dont l'existence est reconnue par l'Etat, qui
leur donne également de très gros moyens (financiers, matériels,
idéologiques).
Quels sont ces moyens? Eh bien les syndicats reconnus
officiellement par l'Etat, en 1948 puis en 1966, c'est-à-dire les
CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC, ont le monopole sur de nombreuses
négociations:
-celles sur les accords préélectoraux des élections de
représentants du personnel;
-celles sur les conventions ou d'accords collectifs du travail;
-celles sur les accords interprofessionnels nationaux.
Ces syndicats ont également le monopole sur le premier tour des
élections des délégués du personnel et des membres du Comité
d'entreprise (ce n'est que si la participation aux élections est
inférieure à 50 % qu'un un second tour est organisé, avec le droit
pour d'autres candidats de se présenter).
A l'opposé d'autres syndicats pouvant exister et qui doivent se
battre pour être reconnus, ils n'ont pas non plus à démontrer leur
représentativité pour constituer une section syndicale d'entreprise
et désigner un ou plusieurs délégués syndicaux.
Cela signifie que ces syndicats, institutionnellement parlant:
a)sont intégrés de fait à toute négociation
b)voient leur existence reconnue légalement mais également soutenue
institutionnellement
c)reçoivent un soutien financier de la part de l'Etat et des
organismes sociaux.
Car cette question financière est essentielle. Initialement, les
communistes en 1945 suivaient la ligne révisionniste de Thorez qui
dominait le Parti Communiste à l'époque. Cela a signifié en
pratique une "marche dans les institutions", où il fallait
renforcer à tout prix les structures liées au Parti Communiste, les
intégrer dans l'Etat républicain, dans le but de le phagocyter.
Une perspective totalement illusoire, qui a produit un réformisme
légaliste et une aristocratie ouvrière profitant d'une véritable
cogestion, déjà prônée par les socialistes.
Car on peut se douter que l'Etat bourgeois ne fournit pas
gratuitement et sans contrepartie une manne financière pour
permettre l'existence des milliers de permanents des syndicats. Ce
n'est pas pour rien que l'Etat permet aux syndicats de participer
aux administrations des caisses de retraite, d'assurance-maladie,
d'allocations familiales, d'assurance-chômage...
Et ce n'est pas pour rien que l'Etat non plus ne s'en est jusque-là
pas mêlé. Les syndicats n'ont aucun compte à rendre; les syndicats
sont reconnus sur le plan légal, mais il n'existe pas pour autant
de documents administratifs sur leurs ressources financières!
Et ce financement, soi disant "arraché" de haute lutte à l'Etat
pour aider les masses populaires à avoir des armes syndicales
fortes, sert surtout à maintenir vivants des organismes totalement
liés à l'Etat.
C'est très clair quand on voit que la CGT a pu quintupler le nombre
de ses permanents en trente ans alors que le nombre de ses membres
a été divisé par deux et demi (on estime à 10.000 le nombre de
permanents à la CGT, un peu moins pour la CFDT et FO, à peu près
3.000 pour la CFE-CGC et autant pour la CFTC).
L'argent des syndicats provient des subventions publiques, des
prélèvements sur les organismes paritaires, ainsi que d'organismes
générés comme des instituts, des tour-opérateurs, des cabinets
d'expertise comptable, des unions de consommateurs...
Le premier ministre Fillon a ainsi rappelé lui-même qu'un organisme
comme l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires),
organisme de droit privé créé par Pierre Mauroy pour faire des
études sur le syndicalisme, voit sa subvention annuelle de 3,3
millions d'euros partagée entre l'institut, la production de
rapports et les syndicats.
L'Etat considère clairement les syndicats comme son appendice;
chaque ministère participe au financement des syndicats (29
millions d'euros par le ministère du travail en 2005 au titre de la
formation des délégués syndicaux, des délégués du personnel, des
conseillers prud'hommes; dizaine de millions d'euros aux syndicats
d'agriculteurs la même année par le ministère de l'agriculture; le
ministère des affaires étrangères a lui fourni 300.000 euros pour «
soutenir la coopération syndicale internationale », le ministre du
budget lâche 300 millions d'euros d'abattements fiscaux...).
A cela s'ajoute les régions, les départements et les municipalités
qui fournissent des subventions mais également des moyens matériels
(locaux, chauffage, nettoyage, informatique, téléphone, etc.).
On trouve également la question de la "formation permanente", gérée
par les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés), qui
reversent aux 5 syndicats de travailleurs reconnus et aux syndicats
patronaux 0,75 % des 4 milliards d'euros perçus auprès des
entreprises, soit 30 millions d'euros. Existe également un Fonds
national de gestion de la formation professionnelle (Fongefor), qui
reverse également 0,75 % de la collecte aux partenaires sociaux,
etc. etc.
Et disons-le tout de suite, si la totalité de ces "droits" ne
concernent pas les structures nouvelles (Sud-Solidaires, UNSA, FSU,
etc.), la majorité d'entre eux reste valable (permanents,
subventions, etc.). Et de toute façon, tout ceci se réglera lors
des prochaines négociations sur la "démocratie sociale" qui
intégrera toutes ces structures en axant la representativité sur la
participation aux élections.
C'est d'ailleurs sur l'autel de ces prochaines négociations que les
syndicats ont décapité les luttes ouvrières de ces derniers mois.
En ce sens, les syndicats sont clairement une composante de
l'appareil d'Etat. Mais il faut également bien comprendre que les
syndicats forment un appendice bourgeois ayant prise sur la vie
quotidienne des masses.
C'est un aspect qui est parfois secondaire, parfois principal, d'où
la véritable difficulté, sur laquelle ont perpétuellement buté les
anarcho-syndicalistes et les syndicalistes-révolutionnaires tentant
de former une grande CNT, surtout depuis les années 1990.
Les anarcho-syndicalistes et les syndicalistes-révolutionnaires ont
en effet bien vu que les syndicats étaient liés à l'Etat et remplis
de bureaucrates opportunistes, et ont donc décidé de mettre en
avant un syndicat géré par la base et totalement autonome par
rapport à l'Etat.
Mais le problème est qu'il existe des noeuds de contradiction, où
les syndicats tentent d'apparaître comme les "véritables"
défenseurs des travailleurs, comme par exemple avec les
prud'hommes, où 14 000 conseillers prud'hommaux participent à la
gestion de 200 000 "conflits individuels du travail" par an.
D'où la situation d'impuissance des syndicats "anti-
institutionnels", qu'ils soient dans le monde du travail ou les
universités: d'un côté ils ne jouent pas le jeu des négociations
afin de préserver leur identité "pure", de l'autre ils sont
incapables de satisfaire les besoins politiques et culturels des
masses en quête de rébellion.
C'est ce qu'avait constaté la Gauche Prolétarienne à la fin des
années 1960: "Après notre détour par la ligne "syndicaliste
prolétarien" nous nous sommes rendus à l'évidence: il ne suffit pas
d'avoir des formes d'action nouvelles et dures pour se démarquer
des revisos-réformistes quand on garde le même esprit syndicaliste,
ou la même revendication isolée prise dans le programme de la CGT.
On ne réussit qu'à prendre quelques jours d'avance, et l'appareil
syndical a tôt fait de tout récupérer en fin de compte.
Notre problème, depuis que des camarades ont essayé de constituer
des programmes "revendicatifs" reste le même : la ligne de
démarcation doit être radicale et elle ne l'est toujours pas; le
vieil esprit syndicaliste traîne toujours dans tous ces programmes
de lutte, et pourtant nous devons avancer et nous soucier des
conditions de vie et de travail immédiates des plus larges couches
ouvrières.
Nous croyons, camarades, qu'il faut non seulement révolutionnariser
nos esprits, mais aussi notre langage : car qu'on le veuille ou non
: revendications, syndicats et toutes ces listes de revendications
sentent la litanie réformiste." (Gauche Prolétarienne, Sur question
de la ligne de démarcation en matière syndicale)
Voilà aussi pourquoi les syndicats sont en France tellement
minoritaires (d'autant plus dans le secteur « privé »): ils sont
clairement des organismes compris comme extérieurs à la classe.
Mais d'un autre côté, ils sont incontournables, car sans eux on ne
peut pas vraiment combattre lorsqu'on se retrouve coincé dans une
situation où prédominent les institutions bourgeoises, véritable
labyrinthe bureaucratico-juridique accessible aux seuls initiés
(comme bien entendu les syndicalistes).
Il existe 140 organismes où l'Etat exige que les syndicats
participent, alors qu'inversement les syndicats ne représentent
qu'environ 8% des travailleurs, et encore la plupart sont-ils
concentrés dans certains secteurs bien précis.
Ainsi, un délégué syndical ne représentant rien à part son syndicat
dans telle ou telle entreprise, est totalement isolé et peut se
permettre sans trop d'états d'âme de négocier en douce avec le
patron, en allant jusqu'aux dessous de table (c'est le principe de
« fluidifier les relations sociales » expliqué par Denis Gautier-
Sauvagnac, responsable de l'Union des industries des métiers de la
métallurgie).
Ce n'est un secret pour personne que cette tendance existe et est
profondément enracinée. Même les subventions légales des syndicaux
sont agrémentés de différents apports comme les stages fantômes
pour gonfler les chiffres, les remboursements de formations bidons,
les contrats amis passés par des comités d'entreprise, les emplois
fictifs négociés au plus haut niveau, les « conseillers techniques
» des organismes à gestion paritaire, les publicités aux factures
gonflées et payées aux journaux syndicaux!
Partant de là, il est possible de dégager certaines vérités
générales.
a)La thèse comme quoi les masses sont partie prenante dans les
syndicats est erronée. Si elle était valable en France à l'époque
de Lénine, tel n'est pas le cas aujourd'hui en France. Les
syndicats ne forment pas des organisations de masse, sauf dans
certains secteurs bien précis.
b)Les syndicats sont une composante de la gestion sociale
bourgeoise de la société. De la même manière qu'il est erroné d'y
participer totalement, ce qui revient à soutenir l'hégémonie de
l'appareil d'Etat (bourgeois) sur les masses, l'idée de la
contourner totalement (par un syndicat pur existant parallèlement)
est un projet idéaliste coupé de la vie quotidienne de l'ensemble
des masses et de toute façon impossible à mettre en oeuvre au vu
des barrières institutionnelles, financières, militantes mises en
place tant par l'Etat que les autres syndicats.
c)Selon les situations, tel "syndicat officiel", telle structure
syndicale rebelle, tel comité de lutte, telle coordination peut
s'avérer la forme la plus efficace pour lutter. Aucune forme ne
peut être fétichisée, même si la forme du "conseil", du "soviet",
est la forme la plus conforme aux principes communistes.
d)A ce titre, selon les principes de la ligne de masses : les
masses doivent diriger elles-mêmes et la composante la plus
opprimée doit se porter à la tête des masses, donnant le contenu
adéquat à la forme.
e)Par conséquent, dans les situations de "calme relatif", le combat
idéologique et culturel communiste est l'aspect principal de
l'activité révolutionnaire, la question locale étant secondaire sur
le plan de l'identité; cela signifie que toute l'activité locale
doit être comprise par rapport au prisme des luttes de classe (en
pratique: question de la propriété, sabotage, lutte contre les
cadences, refus des hiérarchies, salaires, etc.), à l'opposé des
pratiques ne dépassant par un horizon borné (activités syndicales
locales, refus des convergences des luttes, légalisme, négociations
permanentes, refus des activités culturelles et des débats
politiques, etc.)
f)La compréhension du statut des syndicats comme appendices de
l'appareil d'Etat est essentielle pour les révolutionnaires et son
impact (culturel, politique, idéologique, organisationnel etc.)
historique doit être étudié.
Pour
le PCMLM, décembre 2007.
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