Au sujet des pompiers et des agressions les visant parfois


Aujourd'hui l'image dominante qu'on a des pompiers est celle de secouristes, gentils organisateurs de bals populaires pour la fête nationale du 14 juillet.

En réalité, la société bourgeoise a inventé toute une série de structures assurant sa domination, mais étant prétendument "apolitiques". Si la police n'apparaît heureusement pas comme un "service public" marqué par la neutralité de ses membres, les illusions sont justement énormes concernant le corps des pompiers.

Ces illusions jouent un rôle énorme dans la criminalisation d'une partie du peuple, dont les attaques contre les pompiers sont présentés comme une preuve de "barbarie", de "folie", de "destruction gratuite", etc.

Ces criminalisations montrent d'ailleurs très bien les contradictions au sein du peuple.

Non seulement les pompiers sont compris comme un service public "neutre", alors que des unités comme les sapeurs-pompiers (de Paris, des départements 92, 93 et 94) et les marins-pompiers (de Marseille) sont des unités de l'armée, entraînées militairement.

9.000 des 39.000 pompiers sont des militaires, et ces unités sont parfois envoyées sur les opérations "extérieures", comme au Kosovo - avec des armes.

Mais qui plus est, les expériences partielles faites individuellement avec les pompiers trompent facilement - les interventions de ceux-ci étant très différentes selon les endroits et les problèmes.

Les pompiers n'interviennent pas de la même manière dans un quartier populaire parisien que dans une cité de banlieue, sans parler des interventions dans les quartiers bourgeois.

C'est un fait que les militaires se croient au-dessus du peuple, tout comme d'ailleurs tout regroupement d'hommes en uniformes coupé de la société, et c'est évidemment le cas dans les unités des pompiers, militaires ou pas.

Cela signifie que les pompiers interviennent dans les quartiers populaires munis d'un savoir et d'une capacité à aider, mais également avec une certaine vision du monde.

Dans tous les cas, les pompiers sont entraînés pour apparaître comme une force extérieure au peuple, une unité spécialisée dans l'intervention.

L'état d'esprit régnant dans les forces étatiques est le suivant: on se méfie du peuple, on le prend de haut, on juge de manière hautaine les évaluations populaires de la situation.

Cette logique est poussée jusqu'au bout lors des situations de crise. Lors des entraînements aux situations marquées par les "violences urbaines", les pompiers se voient donner comme consigne de rester passifs, à l'écart, de servir de force d'appoint pour la police, de n'intervenir qu'en accord avec les forces de répression.

Voilà pourquoi, lorsque la police intervient de manière offensive, les pompiers sont pris pour cibles, vu que rien ne distingue leur intervention de celle de la police.

D'ailleurs, l'écrivain Alexandre Jardin, qui combat "la violence à l'école" et a organisé des rencontres dans les écoles avec des sapeurs-pompiers, s'émerveillait à ce titre: "Applaudir des uniformes en pleine cité, vous vous rendez compte!" (dans l'Express du 15/12/2005).

Cette logique va tellement loin que pour tendre un guet-apens à la police qui évite certaines zones, des incendies sont provoquées pour attirer apparemment les pompiers mais en réalité la police!

Une logique "folle" donc, mais très loin d'être incompréhensible, et même tout à fait logique dans le cadre des affrontements entre les masses populaires et l'Etat bourgeois aujourd'hui.

Car, si l'on a comme image les héros combattant les incendies, ceux-ci ne comptent que pour 10% des interventions des pompiers - il y a de moins en moins d'incendies, mais les interventions sont 20 fois plus nombreuses qu'il y a 30 ans (soit désormais 3.5 millions d'interventions par an).

Les pompiers ont dans une certaine mesure pris en partie le rôle de l'Etat dans les cités, avec 80% de leurs interventions consistant en des "aides aux personnes"

Interventions qui, avec "l'école du Versaillais Ferry" et les interventions musclées de la police, constituent quasiment à eux seuls la présence de l'Etat bourgeois.

En clair: le SAMU est débordé, le secteur privé ne fait que ce qui est rentable, la permanence des soins les nuits et les week-ends n'est plus obligatoire pour les médecins depuis 2003.

Donc les pompiers ramassent toute la misère humaine, qu'ils affrontent subjectivement avec courage, mais objectivement avec une culture patriarcale souvent décalée par rapport aux besoins réels - psychologiques, sociaux ou encore médicaux.

C'est le principe du pompier fort dans sa tête et fort physiquement, "un homme un vrai", qui vient apporter une aide extérieure et qu'il le veuille ou non, une aide comportant automatiquement une certaine position hautaine.

Cela ne passe pas au sein du peuple.

Les pompiers peuvent se dédouaner en affirmant, comme ils le font, qu'ils n'ont pas été formés pour cela et que cela ne consiste pas, officiellement, en leur réel travail.

Mais tant qu'ils ne prennent pas conscience de la contradiction énorme de leur situation, ils ne peuvent que se faire broyer comme chair à canon pour le capitalisme sur le front des contradictions sociales.

En fait, les pompiers constatent objectivement la situation. Les plaintes pour les grands retards d'intervention sont de plus en plus nombreuses, tout comme les plaintes concernant les problèmes lors des interventions; les pompiers eux-mêmes ont du constater, lors de leur dernier congrès de septembre 2007, que le système « de secours à personnes » est au bout du rouleau, en raison des contradictions avec le SAMU sur le plan de l'organisation et des effectifs.

Mais les pompiers sont bornés sur le plan subjectif; par culture patriarcale, ou bien tout simplement par intérêt économique, ils se refusent à rompre avec l'administration, l'Etat, l'ordre dominant.

Leur seul coup d'éclat consiste en des affrontements "d'homme à homme" avec les CRS.

Et cela malgré des drames comme celui de La Garde-Freinet dans le Var, qui a coûté la vie à trois pompiers en 2003, et où on a constaté qu'avaient disparu les bandes audio de la nuit du drame, que les enregistrements du poste de commandement ont été jetés puis retrouvés un an plus tard, inaudibles, que l'expertise des camions est contestable.

Le pompier donne sa vie pour servir contre le feu et les situations de catastrophes, et se retrouve utilisé comme force d'appoint des forces de répression, comme assistant social ou comme médecin, rôle qu'il est incapable de jouer.

Telle est la contradiction vécue par les pompiers aujourd'hui, une contradiction qui puise sa source dans les contradictions de la société capitaliste.

Pour servir le peuple, il ne faut pas de la "bonne volonté" ni simplement du courage, il faut partir de l'idéologie prolétarienne de notre époque: le marxisme-léninisme-maoïsme.


Pour le PCMLM, octobre 2007.