Le mouvement fasciste: une "communauté exemplaire" pour s'opposer au "déclin" - comment démasquer sa véritable nature?


Le thème du déclin est essentiel au fascisme. Le fascisme est un produit de la putréfaction de la société capitaliste, mais il se présente comme un mouvement d'opposition à cette décadence.

C'est-à-dire que le fascisme dit: « le libéralisme détruit la société, et il est pour cela appuyé par les masses « marxistes ». Il faut donc remettre en avant des valeurs « saines », celle de la société comme collectivité nationale, où toutes les classes sociales vivent en bonne entente. »

Le fascisme se présente par conséquent
-comme un mouvement
-comme un mouvement affirmant l'urgence de la question posée.

Le fascisme ne s'intéresse que rarement à la nature de son projet en tant que tel; il se définit principalement "contre". C'est là la grande difficulté qu'ont pu rencontrer les antifascistes dans l'Europe des années 1930.

Le fascisme ne met pas en avant un programme, que l'on pourrait critiquer, mais des "slogans", des "exigences", des "principes".

C'est le principe de la communauté exemplaire, qui dans les années 1930 servait de modèle d'organisation fasciste, avec la phalange dans l'Etat espagnol, les SA et les SS en Allemagne, les faisceaux italiens de combat et les "chemises noires" en Italie, les croix-de-feu en France, les Légions de l'Archange Michel en Roumanie, etc.

Le collabo français Robert Brasillach expliquait ainsi son souvenir de l'esprit régnant à l'imprimerie du journal d'extrême-droite « Je suis partout »: « Le sentiment de former une bande, pour le meilleur et pour le pire, et ce qu'on nommera, pour choquer le bourgeois, le sens du gang » (Notre avant-guerre, 1941).

La "communauté exemplaire" du fascisme est une sorte d'utopie réalisée immédiatement, sans qu'il n'y ait rien à faire à part rejoindre le "mouvement".

Etant un mouvement opposé à la dialectique de l'histoire, le fascisme utilise systématiquement ce principe de la communauté exemplaire, qu'il oppose au principe de l'avant-garde.

L'avant-garde, c'est le communisme, c'est la lutte entre l'ancien et le nouveau, une lutte difficile où il faut pratiquer la critique et l'autocritique, une lutte politique se fondant sur le principe que "les masses font l'histoire".

Les fascistes ne s'intéressent donc que "de loin" à la politique; ils se présentent comme un mouvement "élémentaire", puisant leur source dans les "éléments" naturels de la société (la famille, la nation, l'ordre, les traditions, la religion...).

Le fascisme se pose contre la politique et donc contre la démocratie en tant que telle.

Voilà pourquoi les fascistes rejettent toujours les "critiques" antifascistes, en arguant du fait qu'elles sont mises en avant par des gens sans principes, aucunement liés aux réalités locale et nationale, "sans foi ni loi", etc.

Voilà pourquoi les fascistes évitent les coups politiques de l'antifascisme, en prétendant ne pas faire de politique (c'est le fameux "ni droite ni gauche").

Alors, comment fonder une critique antifasciste efficace?

Elle doit se fonder sur deux éléments: la morale et la culture. Car les fascistes ne connaissent qu'une loi morale: celle du plus fort; c'est l'idéologie du "darwinisme social". Pour les masses populaires, cette idéologie élitiste et barbare est inacceptable.

Par sa brutalité, le fascisme révèle sa véritable nature.

Sur le front de la culture, les fascistes puisent ou plus exactement pillent les auteurs ultra-réactionnaires, chauvins, pro-guerre, racistes, etc., tout en se prétendant "révolutionnaires".

En fait, la "culture" fasciste se veut communautaire, mais en réalité elle ne consiste qu'en la remise en avant de valeurs nées dans les bas-fonds les plus sordides du capitalisme.

En montrant que telle valeur "populaire" ou "naturelle" mise en avant par les fascistes provient en réalité de tel grand bourgeois collabo pendant l'occupation ou de tel aristocrate traumatisé par la révolution française, on peut démasquer la nature du projet fasciste.

Tel a été un aspect essentiel de l'expérience du front populaire en France durant les années 1930; le front populaire avait montré aux masses d'où vient le fascisme... et qui il sert.

Il faut aussi remettre le fascisme dans une perspective historique et donc en comprendre le sens.

Le fascisme naît de la crise du capitalisme au stade impérialiste. La bourgeoisie impérialiste s'excite, elle veut virer la bourgeoisie traditionnelle et se lancer dans de projets guerriers.

Le fascisme prend ainsi appui sur le thème du "déclin". Il faut donc savoir repérer ce thème qui le nourrit. Ici, il faut mentionner l'ouvrage de l'allemand Oswald Spengler intitulé "Le déclin de l'occident", paru au sortir de la première guerre mondiale impérialiste.

L'oeuvre ne fut pas publiée en français avant 1948, mais elle a influencé dans les années 1920-1930 de nombreux penseurs et activistes en Allemagne, aux USA ou encore dans l'Etat espagnol.

Aujourd'hui, cette oeuvre est devenu un grand "classique" des conservateurs qui se veulent "révolutionnaires" car opposés à la "décadence".

La conception du "déclin" de Spengler se retrouve chez tous les fascistes, avec quelques variantes secondaires:
-les cultures sont des organismes vivants, liés à un sang et à un sol;
-l'Etat, l'art, la politique, la nation... sont également des organismes vivants;
-ces organismes ont donc une vie et une mort: ils naissent, grandissent, meurent.

En France cette conception s'est incarnée dans le roman ultra classique de la littérature française de l'après-guerre, "Le rivage des syrtes" de Julien Gracq, s'appuie sur ces thèmes. C'est ainsi une oeuvre élitiste où, avec une belle écriture, l'auteur décrit une civilisation ayant porté une haute culture, mais tombant en déliquescence.

Naturellement, cette civilisation est du type Cité-Etat (comme en Grèce antique) et s'oppose (tout aussi "naturellement") aux barbares orientaux du Farghestan (c'est-à-dire selon différentes langues asiatiques "le pays de la différence", "le pays du désert"; le Ferghana étant également le bastion de l'empire mongol du moyen-âge).

Conformément à l'ouvrage de Spengler, les individus agissent sans le savoir conformément à l'organisme vivant qu'est la nation-race, quitte à être à l'origine d'une tragédie comme la mort de la civilisation, dont seuls une poignée de "grands hommes" comprend le sens "véritable", à savoir le fait qu'une "civilisation" est mortelle.

Mais si Julien Gracq a tenté de faire un roman se voulant une démonstration du principe de décadence, Spengler a également ajouté d'autres conceptions dans "Le déclin de l'occident":
-il faut empêcher l'organisme de mourir, il faut combattre le "déclin";
-pour ne pas décliner, les organismes vivants doivent avoir une forme sociale adaptée à leur existence. Pour l'Allemagne c'est le "socialisme allemand": c'est la mise en avant du "socialisme féodal" sur lequel se fonde les prétendus « socialismes nationaux ».

Aujourd'hui, les fascistes français ne sont pas d'accord sur la question de la forme. Certains prônent une monarchie ultra-décentralisée, d'autres une république ultra-décentralisée; certains sont pour une Europe des régions fondée sur le folklore et le paganisme, d'autres pour un Etat national-catholique, etc. etc.

Ce qui se joue ici, c'est la question du "style de vie" à mettre en avant, c'est-à-dire du degré de culture "populaire" nécessaire pour que la démagogie fasciste ait un écho dans les masses populaires.

Ce caractère mouvant et ces différences apparentes expliquent la difficulté pour les antifascistes de choisir de se concentrer sur tel ou tel aspect idéologique dans l'étude du fascisme. Mais en s'appuyant sur la conception du "déclin", on peut largement avancer et gagner des points pour les prochaines années.

Car tous les fascistes s'appuient sur cette conception, c'est même ce qui les relie dans un même mouvement. Car, aussi, c'est à partir de cette conception que démarrent toutes les dérives qu'on observe ces dernières années que ce soit de la gauche ou de l'extrême-gauche vers l'extrême-droite, ou de la droite conservatrice ou libérale, vers le fascisme.

Le thème du « déclin » est donc un lien entre les fascistes et un cheval de Troie lancé vers les autres courants politiques - en particulier vers l'extrême-gauche.

La progression du fascisme est, de fait, inéluctable, eu égard à l'agonie de la petite-bourgeoisie, qui fournira de plus en plus de troupes et d'intellectuels à la bourgeoisie impérialiste (qui est à la fois cause et conséquence de la crise du capitalisme).

A ce titre,il est donc logique que les fascistes français aillent puiser (et puisent déjà) dans la liste immense des intellectuels leur ayant servi de référence de par le passé, tout en ajoutant d'autres figures fascistes d'autres pays.

Il est alors utile pour les antifascistes de connaître ces herbes vénéneuses, en profitant par exemple de l'étude des travaux de l'historien Zeev Sternhell sur l'histoire des idées et conceptions des fascistes français.

Le fascisme en train de renaître s'appuiera inévitablement sur les préjugés qu'il a déjà semé, sur les conceptions réactionnaires déjà développées par les classes réactionnaires.

Contre le fascisme qui est l'expression la plus barbare de la crise du capitalisme, que les masses populaires rendent coup pour coup!
Contre les stratégies pseudos "révolutionnaires" et démagogiques du fascisme, que l'avant-garde assume ses tâches politiques et idéologiques!
Vive l'action antifasciste!
Pour le PCMLM, février 2008.