Sécurité routière: un matraquage masquant un constat désolant


Le spectacle sordide recommence. Aujourd'hui comme hier, car Chirac l'avait déjà fait avant, Sarkozy et l'État essayent de nous faire croire que la sécurité routière est une priorité.

Une sinistre farce propre à une société où d'un côté l'Etat prétend limiter la vitesse, et de l'autre soutient une industrie automobile produisant des voitures toujours plus puissantes.

Une sinistre farce propre à une société où d'un côté l'Etat prétend mettre en place des politiques écologiques et de l'autre se soumet totalement à la voiture comme marchandise individuelle essentielle.

Toutes ces contradictions propres à la société capitaliste ressortent très bien quand on s'attarde sur les questions de la sécurité routière.

Car, comme pour tout le reste, l'État bourgeois a en matière de sécurité routière des intérêts très différents de ceux du peuple.

Quelle est en effet la situation? Voici en quels termes la communauté européenne décrit celle-ci « Chaque année 1 300 000 accidents corporels causent plus de 40 000 morts et 1 700 000 blessés. Le coût, direct ou indirect, a été évalué à 160 milliards d'euros, soit 2% du PNB de l'Union européenne. » (Sécurité routière : programme d'action pour la sécurité routière 2003-2010)

Comme on le voit, les accidents de la route sont évalués selon des critères marchands. Pour bien vérifier qu'il s'agit d'une considération permanente de la part de l'Etat bourgeois, regardons la synthèse du rapport relatif à l'implantation des radars automatiques, qui est on ne peut plus explicite à ce sujet:

« On observe un niveau plancher de 1000 infractions par mois, par radar fixe ou mobile ce qui permet de prévoir environ 340 millions d'euros de recettes annuelles (sachant que sur une base annuelle , les dépenses d'investissement et de fonctionnement sont de l'ordre de 100M d'euros, la baisse de la TIPP engendrée par la baisse des vitesses est de l'ordre de 500M d'euros, et que le "gain social" résultant de l'amélioration de la sécurité routière est de 3 à 4 Md d'euros.) » (Impact du contrôle sanction automatisé sur la sécurité routière 2003-2005)

Et si l'on regarde le rapport concernant la sécurité routière en France, on a droit à un véritable catalogue capitaliste, où il est question:

« 1°) des coûts marchands directs
- coûts médicaux et sociaux : coût des services de transport sanitaire, coût des premiers secours, coût des soins médicaux, coût des médicaments et appareillages spéciaux, coût de la convalescence, coût funéraire, coût de rééducation, coût de réinsertion, coût de l'aide à domicile.
- coûts matériels : dommages occasionnés aux véhicules, dommages causés au domaine public, dommages causés à la propriété, dommages matériels causés aux personnes impliquées dans l'accident, dommages causés à l'environnement, frais divers : consommation de carburant dans le trafic congestionné par l'accident, remorquage, déplacements...
- frais généraux : frais des services d'incendie, frais de police, frais d'expertise, frais de justice, coût des services d'assurance, frais d'administration divers.

2°) des coûts marchands indirects
- Perte de production future des tués.
- Perte de production temporaire des blessés ; des personnes éventuellement emprisonnées suite à l'accident ; des personnes bloquées par l'accident, des membres du ménage du(des) blessés.
- Perte de production potentielle de la descendance potentielle des accidentés, des chômeurs, des volontaires, des personnes effectuant des travaux ménagers, des retraités. » pour arriver à la conclusion : « Le coût de l'insécurité routière est estimé à 24,9 milliards d'euros en 2006 » « Le coût de l'insécurité routière en 2006 »

La sécurité routière n'est pas regardée de manière "humaniste", ni même humaine tout court: tout s'oriente par rapport aux statistiques et aux profits.

Voilà pourquoi les campagnes de "sensibilisation", par exemple pour l'alcool au volant, ne sont pas "progressistes" en soi, mais simplement l'expression du paternalisme et du combat contre les "coûts excessifs".

Il n'y aucune différence de fond entre les initiatives de l'Etat à ce sujet et les politiques de dégraissage des entreprises capitalistes.

L'Etat se cache derrière une "objectivité" de façade, mais si l'on peut être d'accord sur les causes des accidents de la route : alcoolisation, drogues, vitesse, fatigue, dysfonctionnement de la voiture, il est impérativement nécessaire de placer la politique au poste de commandement, et de considérer l'alcool et la drogue au volant de manière matérialiste, c'est-à-dire avec une juste compréhension de la société capitaliste et des luttes de classes qui s'y déroulent.

Or, la défonce sert principalement à oublier sa condition, les tracas et la déprime dans le quotidien capitaliste, à se sentir vivre au moins un peu dans une société où le temps rime avec travail, ennui, attente, souffrance.

Pareillement, la fatigue tout comme la vitesse sont dues à l'organisation de la société: travail en déplacement, travail aliénant qu'on veut quitter au plus vite parce qu'il nous vole notre temps, notre santé, notre vie...

Dans ce cadre, la fascination d'une frange des hommes pour les voitures, le tuning, la formule 1, n'est que l'expression fétichiste de la fascination pour la "puissance", le "pouvoir", la vitesse, la technique pour la technique, bref l'illusion de maîtriser sa vie dans l'engrenage capitaliste.

Là est le problème: dans une société où on ne maîtrise rien, on tente par tous les moyens d'arracher des bribes de vie.

Un ouvrier, de retour de déplacement dû à l'inadéquation entre son lieu d'habitation et son lieu de travail (induite par le système et la division géographique du travail), aspire justement à retrouver au plus vite ses proches: la seule solution que lui offre le système c'est la vitesse pour essayer de gagner quelques minutes, comme une sorte de défi avec le système lui-même.

De la même manière, les statistiques étatiques bourgeoises ne disent pas combien d'accidents sont dûs à la hantise d'arriver exactement à l'heure au travail. D'où provient en effet cet art populaire de calculer au plus juste et de partir au dernier moment au travail? Du fait que le matin les quelques douces minutes de sommeil gagnées ont le goût de la revanche contre sa condition salariée.

Quant à la fatigue, elle est en quelque sorte une mutilation, le fruit pourri du travail salarié. Et cette fatigue s'associe à une image divisée en deux, avec d'un côté le couple bourgeois et ses enfants installés dans une voiture spacieuse, haute et solide, et de l'autre le travailleur isolé dans sa bagnole pourrie.

Au 19ème siècle on présentait le bourgeois comme un type ventripotant à cigare fagoté en tenue de gala et le prolo comme un homme musclé et vigoureux, désormais la caricature fait du prolo un gros type nourri au burger, faisant face à un jeune homme musclé et bronzé.

Telle est l'idéologie sous-jacente dans le caractère sportif, protecteur, guerrier des 4x4, hummer et autres SUV.

Y a-t-il besoin de 4x4 en France? Y a-t-il une égalité démocratique de toutes et tous face au garagiste et ses factures? Et cette liberté s'applique-t-elle lors des accidents entre les voitures massives - bourgeoises - et les morceaux de tôles sur roues - prolétaires?

Telle est la base matérielle de la société, qu'aucun idéalisme social-démocrate, réformiste, aussi volontaire soit-il, ne pourra vaincre.

Détecteurs de radars, GPS, amendes, points en moins sur le permis de conduire et stages pour les récupérer, prison, publicités effrayantes, politiques infantilisantes, une industrie qui fait tout pour que de nouvelles voitures soient achetées.... Toute cette réalité sordide va exactement à l'encontre du principe communiste comme quoi l'être humain est le "capital le plus précieux".

Le communisme c'est la dictature du piéton sur le vélo, du vélo sur la voiture, de la voiture sur le poids-lourd, c'est le droit au plus faible, c'est le devoir d'établir une politique centralisée de transports en commun.

La violence n'est pas une fatalité, mais un produit social et les questions de la sécurité routière relèvent de la contradiction entre capitalisme et communisme: telle est la conception communiste!


Pour le PCMLM, janvier 2008.