Et maintenant?


Encore une fois, le mode de production capitaliste s'écroule.

La «crise » à laquelle nous assistons depuis quelques semaines, n'est pas qu'un simple krach financier comme les économistes bourgeois tentent de le faire croire. Le système des subprimes qui, dans son effondrement, entraîne le système bancaire mondial, était en fait déjà une tentative de réponse à la crise de surproduction qui gangrène le capitalisme.

La crise financière est le témoignage qu'on est passé du capitalisme de la libre-concurrence au capitalisme monopoliste de grande envergure.

Le capitalisme monopoliste assoit sa suprématie, dans un chaos terrible dont la crise financière est un des aspects.

Lénine parlait, dans son ouvrage « l'impérialisme, stade suprême du capitalisme », d'une oligarchie financière: la crise est le résultat de cette réalité, où une poignée d'individus peut faire perdre des centaines de millions d'euros en un laps de temps très court.

Lénine expliquait aussi à ce sujet que « tout le monde sait combien le capitalisme monopoliste a aggravé toutes les contradictions du capitalisme. Il suffit de rappeler la vie chère et le despotisme des cartels. Cette aggravation des contradictions est la plus puissante force motrice de la période historique de transition qui fut inaugurée par la victoire définitive du capital financier mondial. »

L'analyse de Lénine est parfaitement valable pour ce à quoi nous assistons aujourd'hui.

Le glas du cycle d'accumulation, relancé suite aux destructions de la seconde guerre mondiale, est définitivement sonné.

En effet, ne nous trompons pas sur le sens du regain d'interventionnisme des Etats pour sauver leurs industries.

Même les « nationalisations » -qui sont partielles et temporaires- sont en fait trompeuses. Il s'agit, au mieux, de la méthode social-démocrate qui consiste en la prise en charge temporaire par l'Etat d'industries en vue de les restructurer et de réimpulser le capitalisme.

Et dans la plupart des cas, on assiste en fait au début de la prise en main directe de l'Etat par la bourgeoisie impérialiste.

En regardant bien, on voit très clairement que les « multinationales » n'ont jamais vraiment existé, que les trusts capitalistes se sont toujours appuyés sur les Etat-Nations qui les supportent, leur injectent des capitaux et mènent une politique extérieure étroitement liée à leurs besoins.

Et aujourd'hui, les différentes stratégies adoptées et proposées face à la « crise » par les gouvernements et les partis bourgeois sont des émanations directes des think tanks des « grandes entreprises ».

Parmi toutes les solutions adoptées par les états impérialistes en réponse à la crise, on voit très clairement se dessiner une tendance générale : la fusion des entreprises et la construction de gros blocs économiques. En poussant à la concentration massive des économies nationales en trusts, l'Etat ouvre la marche au pouvoir directe du capital impérialiste.

Cette fusion générale des économies nationales, ce développement de monopoles impérialistes et l'exercice direct du pouvoir par ces trusts, c'est cela le fascisme !

Car le fascisme se situe dans le prolongement du développement de l'impérialisme.

On peut observer aisément le caractère parallèle du processus de concentration économique : la fascisation de la société qui est en marche depuis plusieurs années.

En fait, elle a commencé dans les années 80 après que la social-démocratie ait définitivement brisé l'assaut révolutionnaire des années 60 et que le capitalisme ait connu ses deux crises pétrolières (73 et 87).

La crise, rampante depuis le début des années 2000 et qui explose aujourd'hui, ré-accélère ce processus. Et cela de manière encore plus grande du fait que les « pays de l'Est », anciennement colonies du social-impérialisme russe, sont désormais un nouveau terrain d'affrontement, de concurrence inter-impérialistes.

En France plus particulièrement, au niveau de la société depuis les années 2000, on a assisté à l'explosion du communautarisme, au retour en force de l'antisémitisme, au regain du nationalisme entretenu par l'Etat au moyen de diverses lois et campagnes de propagande, à la militarisation croissante des espaces publics et du travail, à la surveillance de plus en plus intense de la population, au racisme d'Etat affirmé.

Au niveau politique, ces deux dernières années ont également vu un processus de restructuration des mouvements fascistes.

Et cela, que ce soit d'un point de vue organisationnel avec l'apparition de nouvelles structures ou au niveau culturel et idéologique avec un réel renouvellement et une réaffirmation assumée de la pensée fasciste.

Il faut souligner que l'occupation de la rue et la parole libérée des fascistes sur des thèmes jusque là interdits ou très difficile à mettre en avant se fait bien évidemment avec la bienveillance de l'appareil d'Etat ou au moins d'une partie de celui-ci.

L'Etat n'est pas neutre comme aiment à le penser les petit-bourgeois. En tant que bras armé de la classe économique dominante, il est happé dans la spirale de la fascisation de la société à l'époque impérialiste.

La culture fasciste se répand dans tous les pores de la société. Par le biais de changements dans les programmes scolaires, de la remise en avant d'auteurs ou d'artistes réactionnaires ou fascistes, des tribunes ouvertes dans les émissions de télés, de la propagande anti-communiste ou décrédibilisant la Résistance, etc...

Le fascisme, pour se développer, se nourrit de l'effondrement de la société bourgeoise. Car une société, dans toutes ses palpitations, est toujours le reflet des mouvements qui agitent l'économie. Et à la suite de son système économique, c'est toute la société bourgeoise qui est en train de s'écrouler.

Ceci était en fait largement visible depuis plusieurs années. La violence et le sexisme, le communautarisme et le racisme, le mysticisme et toutes les recherches irrationnelles de sens, les suicides et les pétages de plombs, la fuite par la défonce et la schizophrénie... en constant développement sont autant de produits et d'indice de la décadence de la société bourgeoise.

Le fascisme c'est la réorganisation de la société autour de tout cela : ce n'est pas une « réaction » face à la décadence de la société. Le fascisme, c'est la violence, la haine, le mépris des faibles et l'irrationnalité faite société !

Il suit au point de vue politique exactement la même logique que l'impérialisme au point de vue économique : pousser la crise jusqu'au bout.

Mais en face de cette marche au fascisme du Capital, la classe ouvrière remonte à l'assaut du pouvoir. Car l'effondrement du capitalisme sous ses propres contradictions, c'est dialectiquement la poussée du Communisme qui essaie de naître enfin et de balayer ce vieux monde pourrissant.

La bourgeoisie sait que les structures qui lui permettaient encore de tenir la classe ouvrière sont menacées de mort prochaine. Ni l'Etat, ni les syndicats, ni les partis de gauche ne peuvent encore offrir les quelques miettes qu'ils garantissaient jusqu'ici. La pression économique et politique se fait de plus en plus pressante sur le prolétariat.

Malgré la politique de contre-révolution préventive menée par le pouvoir depuis 30 ans, la classe ouvrière entrevoit qu'elle doit exercer elle-même le pouvoir si elle ne veut pas sombrer dans la misère et une situation de quasi-esclavage.

Elle comprend que face à la force armée de la bourgeoisie, elle doit lui opposer sa propre force armée. Le monopole de la violence détenu par la bourgeoisie et son Etat est en train de craquer.

Occupations d'usines, séquestrations de patrons, pressions pour orienter la politique d'entreprise, développement de stratégies de guérilla contre la police, auto-réductions collectives dans les supermarchés... sont autant de pistes par lesquelles la classe ouvrière cherche sa route vers le pouvoir et la libération.

L'hégémonie culturelle qu'essaye de se tailler le fascisme est le premier acte de la guerre de la bourgeoisie pour stopper cet assaut du prolétariat.

Le but de l'impérialisme est d'avoir les mains libres pour sa politique et de mobiliser les masses dans ses projets de conquêtes.

Tels sont les deux aspects de la réalité du capitalisme.

La question que doivent se poser aujourd'hui toutes les personnes qui se considèrent comme progressistes, encore plus si elles se considèrent comme révolutionnaires, est : et maintenant ?

Et maintenant que la bourgeoisie ne lâchera plus rien aux syndicats sans contre-parties massives au niveau politique ;

Et maintenant que l'Etat va couvrir et aider le fascisme ;

Et maintenant qu'il est clair que pour la bourgeoisie chaque acte de rébellion aussi infime soit-il est perçu comme un acte de guerre à réprimer le plus durement possible ;

Et maintenant que la misère ou la domination totale sont des promesses à brève échéance pour la plus grande part de l'Humanité ;

Et maintenant qu'il est évident que la survie de la Terre n'entre pas dans les plans impérialistes...

Que fait-on ?

Il est essentiel que tous les vrais progressistes se posent franchement cette question.

Car continuer à vivre dans les traces du ronron militant des années 1980-1990 et croire que les faibles avancées sociales, démocratiques (pour les femmes ou les immigrés par exemple) ou écologiques sont des acquis intemporels, c'est vivre avec la certitude d'être balayé d'un revers de la main et écrasé par la bourgeoisie dans un avenir proche.