Pourquoi la Chine est-elle un pays social-fasciste?
Pourquoi parler de social-fascisme à propos de la Chine d’après 1976 ? Cette formule politique est bien entendu calquée sur celle de « social-impérialisme » utilisée par la Chine populaire de l’époque de Mao Zedong pour qualifier l’URSS après la prise de pouvoir du révisionniste Khrouchtchev après la mort de Staline en 1953.
Le social-impérialisme, c’était « le socialisme en paroles et l’impérialisme en fait ». De la même manière, le social-fascisme, c’est le socialisme en paroles et le fascisme dans les faits.
Pourquoi « le socialisme en paroles » ? Parce que la Chine est toujours gouvernée par un Parti « communiste », même s’il n’a de communiste que le nom. Parce que l’enseignement comporte encore des cours de « marxisme », même s’ils n’ont de « marxisme » que le nom et que leur contenu sert à renforcer le nationalisme et la conception fasciste selon laquelle l’histoire ne serait pas celle du peuple, mais celle des « grands hommes providentiels ».
Parce que Mao Zedong est encore cité dans des discours officiels, même si la « pensée Mao Zedong » est à présent quasiment passée sous silence au profit de la « théorie de Deng Xiaoping » et de la « triple représentativité » de Jiang Zemin, même si Mao ne représente plus qu’un héros patriotique, incarnation de l’indépendance de la Chine, et même si la Grande révolution culturelle prolétarienne est officiellement décrite comme une « catastrophe de 10 ans ».
Pourquoi le « fascisme dans les faits »? Parce que la Chine d’après 1976 exacerbe le nationalisme, exploite les larges masses composées de paysans pauvres et d’ouvriers, ou encore réinjecte les principes confucianistes et patriarcaux combattus avec acharnement avant 1976. La Chine d’aujourd’hui est rongée par la corruption, la prostitution et les conceptions fascistes sur la force, la domination, l’ethno-différentialisme et la hiérarchisation des races etc.
Mais contrairement à l’URSS révisionniste après la mort de Staline et malgré les fantasmes de nouvelle superpuissance véhiculés par la bourgeoisie des pays impérialistes, la Chine ne peut toutefois pas être qualifiée d’impérialiste car elle n’en a tout simplement pas les moyens. En effet, la Chine reste encore très rurale (60 % de la population vit à la campagne) et constitue pour les pays impérialistes une énorme usine où la main d’œuvre est bon marché.
En fait, la Chine est un pays expansionniste qui cherche à s’approvisionner en matières premières en Afrique et à décrocher des marchés, notamment dans le secteur de la construction. La Chine est donc capable de tirer son épingle du jeu en profitant des contradictions inter-impérialistes, mais c’est aussi là où se trouvent ses limites. En effet, la Chine « se faufile » entre les puissances impérialistes mais tombe inévitablement sous leur influence. La faiblesse chinoise s’illustre notamment par le fait qu’elle n’a pas les moyens de former et de s’appuyer sur une bourgeoisie compradore dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux d’Afrique comme le font les puissances « du nord » qui s’en servent comme courroie de transmission de leur oppression impérialiste.
Au contraire, la Chine exporte sa « propre » bourgeoisie compradore qui n’est, en réalité, ni vraiment « bourgeoise », ni vraiment « compradore ». Il s’agit concrètement de petits commerçants chinois au service de l’expansionnisme chinois mais ne constituant pas une classe « compradore » en tant que relais sur place d’une puissance impérialiste.
La Chine est elle-même un pays semi-colonial semi-féodal, mais dans son cas, l’aspect féodal l’emporte sur l’aspect colonial. L’expansionnisme chinois est la conséquence de son « enrichissement » superficiel dû aux investissements des puissances impérialistes, qui se livrent à une concurrence acharnée dont la Chine parvient ponctuellement à tirer avantage, ce qui explique la lecture complexe de la politique étrangère de la Chine, tantôt absorbée par l’orbite de l’impérialisme US, tantôt par celui du groupe impérialiste Paris-Berlin-Moscou.
L’expansionnisme chinois survit ainsi en se plaçant sous la coupe d’un impérialisme ou d’un autre au gré des opportunités contextuelles. En fait, l’expansionnisme chinois est un tigre en chiffon manipulé par les tigres en papiers impérialistes!
Au final, l’expansionnisme de la Chine rejoint son caractère social-fasciste car la présence chinoise en Afrique est présentée officiellement par les autorités comme une mission civilisatrice à la manière de l’idéologie paternaliste du colonialisme. La Chine aide et respecte l’Afrique, selon la propagande du Parti « Communiste » Chinois.
En fin de compte, la définition de la Chine en tant que social-fascisme est la seule qui donne une vision correcte de la place de la Chine dans le monde à l’époque de la crise générale du capitalisme, à l’opposé des analyses manipulatrices sur « la puissance de demain » véhiculées par la bourgeoisie des pays impérialistes pour des besoins nationalistes et chauvins (notamment en France).
"La lutte de classes, la lutte pour la production et l’expérimentation scientifique sont les trois grands mouvements révolutionnaires de l’édification d’un pays socialiste puissant. [...]
Si, en l’absence de ces mouvements, on laissait se déchaîner les propriétaires fonciers, les paysans riches, les contre-révolutionnaires, les mauvais éléments et les génies malfaisants, tandis que nos cadres fermeraient les yeux et que nombre d’entre eux n’opéreraient même pas de distinction entre l’ennemi et nous, mais collaboreraient avec l’ennemi, se laissant corrompre, démoraliser et désunir par lui, si nos cadres étaient ainsi entraînés dans le camp ennemi ou si l’ennemi parvenait à s’infiltrer dans nos rangs, et si beaucoup de nos ouvriers, paysans et intellectuels se laissaient aussi séduire ou intimider par l’ennemi, alors il se passerait peu de temps, peut-être quelques années ou une décennie, tout au plus quelques décennies, avant qu’une restauration contre-révolutionnaire n’ait inévitablement lieu à l’échelle nationale, que le parti marxiste-léniniste ne devienne un parti révisionniste, un parti fasciste, et que toute la Chine ne change de couleur".
(Mao Zedong, Le pseudo-communisme de Khrouchtchev et les leçons historiques qu’ils donnent au monde)