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Jean-François Richet sert-il le peuple avec son film sur Mesrine?
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Mesrine. L'instinct de mort est ce qu'on peut appeler un « film-évènement »,
tant il bénéficie d'un budget et d'une couverture médiatique énorme.
Bien sûr, cela n'est pas dû au hasard et il importe
donc de comprendre ce que le capitalisme espère tirer
de cette surexposition dans les médias bourgeois.
Car il y a déjà eu récemment un film sur Albert Spaggiari (Sans arme, ni haine, ni violence,
de Jean-Paul Rouve, sorti en avril 2008),
cerveau du « casse du siècle » survenu à la Société générale de Nice, en 1976.
Spaggiari
était un ancien soldat de la guerre d'Indochine, un partisan de l'OAS, un activiste
lié au Chili d'Augusto Pinochet, qui a participé au financement des réseaux fascistes par
ses braquages.
Et voilà que de nouveau, on a droit à l'apologie du « malfaiteur rebelle ».
Car le personnage de Jacques Mesrine, célèbre gangster des années 70,
n'est pas anodin. Déjà de son vivant, la presse lui avait
consacré de larges tribunes dans lesquelles Mesrine avait l'occasion de s'épancher sur ses actes.
Et il ressort de tous ses entretiens et autres prises de position
que Mesrine était un produit du capitalisme, certes décadent,
mais un pur produit du mode de production capitaliste tout de même.
Mesrine est un cas typique de délinquant égocentrique,
du « rebelle sans cause » à la recherche de gloire personnelle et du
clinquant de la réussite matérielle, traits caractéristiques de la propagande capitaliste.
Mesrine avait tout du fasciste. Ancien tortionnaire d'Algérie, Mesrine concevait
la vie comme une aventure dangereuse au cours de laquelle un
« vrai mec » doit affronter la mort.
Dans son ouvrage l'instinct de mort, il expliquait d'ailleurs que
« On a armé ma main au son de la Marseillaise et cette main a pris le goût de l'arme.»
Le « vrai mec », dans la logique patriarcale qui est celle de Mesrine,
c'est aussi celui qui sait « faire tomber » les femmes,
une donnée que n'oublient pas les journalistes à la solde du capitalisme fascisant.
Et si aujourd'hui, la bourgeoisie ressort opportunément le personnage de Mesrine,
c'est justement qu'elle peut l'utiliser dans le cadre économique
de son pourrissement total, générateur de fascisme.
Mesrine, l'individualiste forcené, ne représente qu'un produit
dégénéré du capitalisme et, en ce sens, ne menace pas véritablement
l'équilibre du mode de production capitaliste.
En s'appuyant sur la figure mythifiée de Mesrine,
la bourgeoisie joue sur les contradictions internes du prolétariat.
Dans le contexte de leur oppression économique, les masses sont,
en effet, attirées par des icônes de « bandits magnifiques »,
partis de rien (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas du petit-bourgeois Mesrine)
et qui ont rapidement acquis des fortunes colossales.
La popularité du film Scarface, retraçant le destin romantique de Tony Montana,
reflète ainsi la quête acharnée de succès matériel
via une certaine forme de rébellion, qui est la facette
corrompue du prolétariat asservi par le Capital.
En fait, la bourgeoisie essaie d'orienter la révolte populaire vers une voie de garage.
La médiatisation de la mort de « Soeur Emmanuelle » prône la ferveur religieuse
passive, celle du postier anti-radars
de la « Fraction nationaliste armée révolutionnaire » le sentimentalisme populiste plein de rancoeur.
Et le film sur Mesrine le banditisme dénué d'idéologie révolutionnaire mais
plein d'aventurisme.
Si tout cela existe, c'est parce que
la bourgeoisie sait pertinemment que le prolétariat,
en période de crise généralisée du capitalisme, est en phase de
conscientisation et se tient de plus en plus prêt à la confrontation révolutionnaire.
Les émeutes de ces dernières années témoignent de la volonté des jeunes prolétaires
d'en découdre avec l'Etat bourgeois, même si encore confusément, et
déstabilisent grandement la bourgeoisie.
Du point de vue de la bourgeoisie, il
convient alors d'affaiblir son ennemi. C'est là qu'intervient Jean-François Richet, qui fait office de renégat de la cause du peuple.
Ce réalisateur a tenté de servir la cause révolutionnaire avec son film
« État des lieux » (1995), qui a fait office d'équivalent engagé du film « La Haine ».
Puis il a réalisé « Ma 6-T va crack-er » (1997), sorte d'appel à l'émeute généralisée. Mais là
déjà Richet se révélait comme fasciné par le prolétariat ultra-précarisé, désocialisé, voire
carrément lumpenprolétarisé.
Richet s'était d'ailleurs systématiquement fendu de déclarations « ultra révolutionnaires »,
c'est-à-dire dont l'ennemi principal est... l'extrême-gauche.
Il dit ainsi: « Je ne fais partie d'aucun parti bourgeois.
C'est à dire de l'extrême gauche à l'extrême droite (...).
Moi je me situe dans son abolition par tous les moyens nécessaires.
Et l'extrême gauche là-dedans, c'est le plus grand ennemi du
peuple avec leurs belles phrases pour berner la classe ouvrière. »
Aujourd'hui, 10 ans après, les médias bourgeois saluent Jean-François Richet,
parti d'une cité de Meaux pour atterrir à Hollywood....
Et le remercient d'empoisonner le peuple avec son film sur Mesrine.
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