Médecine non conventionnelle: irrationalisme ou patrimoine du communisme? Des sorcières au groupe de Nemenhah
Ayurveda, naturopathie, phytothérapie, homéopathie… Ces médecines « non conventionnelles » sont-elles le fruit de l’irrationalité et de la décadence du système capitaliste? Ou bien sont-elles le patrimoine historique du peuple, des connaissances accumulées tout au long de l’histoire, à une époque non encore marquée par les valeurs féodales, puis capitalistes?
Cette question est très importante, rien ne serait plus bourgeois que d’opposer d’un côté la science, prétendument issue des Lumières, à un obscurantisme typiquement « populaire. »
Et cette question refait systématiquement surface dans le monde, à une époque où le mode de vie capitaliste fait pulluler les maladies. L’une des dernières formes qu’a pris ce questionnement est en ce moment la fuite d’une mère et de son enfant de 13 ans aux Etats-Unis, dans le Minnesota.
La mère veut éviter que son enfant ne subisse une chimiothérapie, considérant qu’il s’agit de « substances toxiques », et préfère suivre les conseils du groupe de Nemenhah, une organisation amérindienne.
Ce cas est assez particulier, car l’enfant souffre d’un lymphôme de Hodgkin (tumeur maligne), qui d’habitude guérit avec la chimiothérapie et les radiations. Les partisans des médecines « non conventionnelles » ne s’opposent d’habitude pas à la médecine officielle (rien que juridiquement ils n’en ont souvent pas le droit), s’affirmant plus comme parallèle ou complémentaire, voire de dernier recours.
Le groupe de Nemenhah a d’ailleurs appelé la mère à ne pas continuer sa cavale; il fait partie aux Etats-Unis de ce qui est en quelque sorte un large mouvement d’étude sur le cancer orienté vers la culture médicinale des native americans (le cancer étant d’ailleurs une maladie en pleine expansion chez les native americans, comme le constate l’association Native American Research).
Ce sont en fait deux états d’esprit, deux modes de vie qui se confrontent, et qui relèvent de la lutte des classes dans le contexte des USA: l’identité révolutionnaire passe inévitablement par une confrontation avec le mode de vie, et aux USA les native americans, les « indiens », forment en quelque sorte l’antithèse de la culture issue des cowboys.
Le film « The sunchaser » (« le chasseur de soleil », de Michael Cimino, 1996, jamais diffusé en salles aux USA) retrace justement le parcours d’un jeune de 16 ans qui parvient à s’enfuir de prison alors qu’il a un cancer et un seul mois à vivre, pour aller rejoindre un médecin de son peuple navajo. Le cancérologue pris en otage, typiquement WASP (« White Anglo-Saxon Protestant »), comprend alors l’histoire du jeune homme et sa culture, le rapport à l’état d’esprit et au mode de vie.
Si aux Etats-Unis, tout cela est culturellement visible, une telle contradiction n’existe pas en tant que tel en France. De fait, pour les masses éduquées en France par la bourgeoisie, par le capitalisme, capitalisme faisant suite à une période longue de féodalisme et de barbarie, tout cela ne relève bien souvent que du « folklore. » Les guérisseurs, magnétiseurs et rebouteux ne semblent être que des restes d’une histoire propre aux villages – une réalité issue de l’histoire.
En Europe, la liquidation du patrimoine populaire médical est en effet passée par la destruction physique des sorcières, femmes porteuses des connaissances médicales collectives.
Loin d’être une folie, les meurtres de masse et les procès religieux s’inscrivaient dans le cadre de la lutte des classes, à une époque où la féodalité s’installait et liquidait donc les restes culturels du mode de production qui pouvait le remettre en cause: le communisme primitif.
Seulement, à notre époque où le communisme est devenu l’actualité révolutionnaire, inévitablement la question du rapport à la médecine refait surface, car les masses ne tolèrent pas d’être passives.
Le médecin élitiste, borné, hautain, arrogant, suffisant, méprisant, jouant aux notables, est une figure insupportable pour les masses, une figure insupportable et fausse.
Ainsi, aujourd’hui, le problème se pose donc. Et là où les choses sont compliquées, c’est qu’il y a bien entendu des groupes, souvent liés au fascisme, qui mettent en avant toute un culture irrationnelle pour capter les mobilisations populaires pour un rapport différent à la science médicale.
Le capitalisme sait utiliser la difficile situation des masses par rapport à la science, en mettant en avant, non pas les connaissances historiques du peuple (comme cela a été le cas en Chine populaire avec l’acupuncture, voir à ce sujet « vaincre le mutisme », avec les médecins aux pieds nus), mais de « nouvelles théories » de type « cosmique », élaborées par des « génies », dont les conceptions, comme par hasard, se sont formées lors des périodes de décadence des classes dominantes.
L’homéopathie est née au 19ème siècle en Allemagne, et aura un véritable élan sous l’Allemagne nazie; d’ailleurs c’est en 1939, sous la domination terroriste du nazisme, qu’a été reconnu légal en Allemagne l’exercice des « praticiens de santé. »
Aujourd’hui, la grande majorité des produits homéopathiques produite dans le monde est destinée à la France, où la sécurité sociale rembourse une partie de ces produits et où seuls les médecins ont le droit de pratiquer l’homéopathie.
L’un des bestsellers dans le genre est l’oscillococcinum; cette préparation homéopathique faite à partir du cœur et f’un foie d’un canard de Barbarie, produite par les laboratoires Boiron (spécialisés dans l’homépathie) est le plus vendu des antigrippaux.
La part des Français consommant ces produits étant passé de 22% à 40% entre 1984 et 2002, 25.000 médecins généralistes sur 110.000 les prescrivant de temps en temps et 5.000 régulièrement.
Cela signifie que l’homéopathie se développe, sans qu’aucune étude scientifique ne vient prouver quoi que ce soit – tel est le visage de la pseudo rationalité bourgeoise.
De la même manière, la bourgeoisie remet en avant le fameux « flux vital », vieille lubie fasciste. Les connaissances séculaires sont ainsi réinterprétées de manière tronquées, l’aspect idéaliste étant sacralisé autour de cette question de flux, appelé prana dans sa version indienne, ki en japonais, qi en chinois, out tout simplement « énergie vitale » pour la naturopathie.
L’une des plus grandes marques de cosmétiques, Weleda, suit les principes de l’anthroposophie, fondée par l’autrichien Rudolf Steiner, anthroposophie qui est une conception mystique (réincarnation, rapport de l’être humain au cosmos, occultisme, spiritualité, etc.).
Parallèlement, l’impérialisme continue le saccage de la connaissance historique des masses, brevetant les plantes médicinales (notamment en Afrique), détruisant les cultures populaires, ne tolérant qu’une seule médecine: celle de l’industrie capitaliste.
Pour synthétiser, les masses portent en elles un patrimoine de connaissances historiques, le capitalisme massacre ces connaissances, et le fascisme dévoie la culture populaire.
Ainsi, justement pour nous, communistes, marxistes-léninistes-maoïstes, il faut savoir faire le tri, et bien comprendre que si le fascisme met en avant une forme précise (sans le fond), ce n’est pas pour rien; il faut profiter de l’exemple de la Chine populaire de Mao Zedong, qui assumé l’héritage des connaissances et la culture médicale (notamment l’acupuncture) pour en rejeter tous les aspects idéalistes, alors que les couches sociales subordonnées à l’impérialisme condamnait de manière antidialectique cette culture médicale au nom de la « modernité. »
Il faut que la science médicale s’arrache à la décadence du mode de production capitaliste, sans quoi elle deviendra une pseudo science; pour cela elle doit être au service du peuple, et comprendre que l’histoire de la médecine, c’est l’histoire du peuple, et profiter ainsi des connaissances accumulées historiquement, même si celles-ci ont une forme idéaliste, qui les a également souvent influencées.