Psychologie de masse du fascisme : la fascination mystique pour les
« vérités cachées »
« On nous cache tout, on nous dit rien. »
Cet adage l'emporte de plus
en plus, dans un monde apparemment sombrant dans le chaos entre
des musulmans mystiques incompréhensibles et un Georges
Bush dictatorial et paranoïaque.
Plus rien n'est compréhensible,
«On nous Claudia Schiffer/On nous Paul-Loup Sulitzer/Oh le mal
qu'on peut nous faire» résume même Souchon, qui comme tous les chanteurs de variété joue sur les peurs des masses. Les masses, Souchon les décrit
d'ailleurs comme TF1 ou Johnny : « Foule sentimentale
On a soif d'idéal Attirée par les étoiles, les voiles Que des choses pas commerciales ».
A côté de la variété, qui donne du baume au coeur, à côté de l'incompréhension générale du monde,
particulièrement fort chez les femmes prolétaires exclues de la vie sociale par
leurs maris, s'ajoute la fascination pour l'inconnu, pour la vérité cachée.
Cela
va des magazines diffusant les potins sur les stars, afin de satisfaire les « gens
» sur le fait que les stars aussi ont une vie médiocre et des défauts,
jusqu'au culte du « Da Vinci code », roman où le monde véritable est apparemment celui des
conspirations des sociétés secrètes.
« La vérité est ailleurs » disait déjà
X-Files et la France s'inquiète et s'interroge sur le coup de folie de Zidane en finale
de la coupe du monde, admirablement bien mis en avant par les médias, distillant
le moins d'informations possibles pour éveiller et exciter la curiosité des gens, pour
que ballon rond et nationalisme restent aux premières loges des consciences.
Une folie donc bien partagée, et jusque par Zidane lui-même, puisqu'il avait préfacé le
livre « Une balle pour la paix » de Tayeb Belmihoub, sortie aux
« éditions traditionnelles ».
Un petit extrait de cet ouvrage mystique est révélateur : « Et si cet
te gesticulation autour d’une boule de cuir remplie d’air n’était pas si anodine
qu’il y paraît ?
Et si ce désordre apparent masquait la face d’un rituel dont
la trace se serait conservée précieusement dans «l’arche d’alliance » que constitue
« la masse» ? »
Le terme de « traditionnel » est en fait employé par les
« mystiques » européens et l'auteur se dit même influencé par....
René
Guénon, mystique des années 1920 et
influence majeure de l'extrême-droite traditionnaliste.
Quant à la maison
d'édition, elle est distribuée par les éditions
Dangles, grand diffuseur d'ouvrages mystiques astrologiques religieux ésotériques etc., où l'on
retrouve entre autres... Julius Evola, grande figure italienne du
mysticisme national-socialiste.
Voilà bien un drôle de monde où tout
est obscur, incompréhensible, secret.
Les cinglés illuminés
élargissent leur influence comme jamais en jouant là-dessus :
la fascination pour la métaphysique, pour l'explication mystique, est en pleine explosion.
Des auteurs
philosophiques idéalistes au possible, comme Schopenhauer ou Heidegger, reviennent
en force; le pape de l'idéalisme français,
Bergson, n'aura jamais quitté son bastion de la Sorbonne,
même en 1968, sans parler du culte voué dans les lycées à Ionesco et Beckett.
Même les formes classiques de la religion, pas assez exubérantes, s'effacent
devant les religions « militantes », évangéliques, sectaires ou
mystiques, au point que l'Eglise se sent obligé de réagir chaqu
e année contre Halloween.
>Chaque année, des centaines de boulangeries françaises diffusent ainsi le « le gâteau de la Toussaint »
avec des cartes des vie des Saints et boycottant totalement Halloween.
C'est
naturellement en Amérique du Nord gangrené par les religions qu'on trouve encore les forcenés les plus délirants,
comme David Icke qui est le dernier « grand » du genre.
Sa thèse est simple et malgré tout efficace dans son style : le monde est
dominé par les reptiles, et d'ailleurs le plus souvent ils sont juifs.
Ils sont
tous des descendants des Rotschild et parmi eux il y a Bush,
la famille royale anglaise, etc.
Que faut-il comprendre, que
Icke est antisémite, ou qu'il pense vraiment que Bush est un repti
le de plusieurs mètres de haut, membre des « illuminati », société
secrète reptilienne contrôlant le monde?
Lui-même affirme qu'il n'est pas
antisémite (mais seulement anti-reptilien), d'ailleurs il passe sa vie
à repérer le culte des reptiles dans les jouets, les logos, les photos des magazines,
etc.
Folie? Bien entendu.
Mais la dimension antisémite est objectivement évidente,
et il faut se rappeler que les théories nazies étaient ridicules en 1920 et
limitées aux cercles ultras réactionnaires; 20 ans après elles sont devenues l'idéologie d'Etat
capable de mobilisations de masse en faveur de la guerre. L'antisémitisme direct étant encore difficile
à manoeuvrer, la folie antisémite passe par des thèses folles ou tout bonnement
par l'association à l'Etat israélien (qui « gouvernerait le monde », aurait une
pratique « pire que les nazis », etc.).
Tous ces délires sont des « tests »,
des inventions, des tentatives de pénétrer dans la conscience des masses pour
les dévoyer, pour les détourner du matérialisme et du communisme.
La base du fascisme, c'est la mobilisation des masses contre des masses.
Le fond de ces délires irrationnels s'appuie ainsi sur un fond petit-bourgeois;
il part d'une misère intellectuelle ou d'une folie individuelle pour tenter de
devenir une idéologie de masse.
Prenons d'ailleurs l'exemple des nazis actuels
: eux-aussi cherchent à moderniser leur idéologie. Ce que cela donne vaut
largement les reptiles, dans on genre. Nous sommes en 1945 et Hitler se
suicide dans son bunker.
Mais la vérité est ailleurs : grâce aux soucoupes
volantes inventées par les nazis depuis les années 1920, Hitler se réfugie
en Antarctique où l'attend une base nazie qui résiste jusqu'en 1948 aux
attaques des alliés....
Alors les nazis rejoignent leurs amis martiens
hyperboréens (qui sont leurs ancêtres) en partant loin dans l'espace,
où ils avaient déjà contact avec une demi-douzaine d'espèces extra-terrestres....
pour bientôt revenir ronquérir la planète.
Folie furieuse ? Bien sûr.
Mais en attendant la prêtresse du national-socialisme, la française
Savitri Devi (1905-1982), a été une liaison essentielle dans
l'appareil nazi international.
Cette Française, pour qui Hitler
a été un Bouddha resté sur terre pour contrer l'âge du fer, est
allé jusqu'à distribuer des tracts nationaux-socialistes en Allemagne en
1948; l'idée du négationnisme, c'est aussi elle qui participe à son
élaboration.
D'autres personnes du même acabit, inconnues des masses,
ont joué un rôle similaire, comme Françoise Dior (1932-1993), membre
d'une famille millionnaire, décrite comme une décadente allant jusqu'à
coucher avec sa fille avant de la pousser au suicide, qui
terminera proche des ultras du « Parti Nationaliste Français et
Européen ».
Au-delà des aventures individuelles des mystiques, des doux dingues
et des fous furieux, toutes ces productions idéologiques sont des essais,
des tentatives de développer une idéologie capable de pénétrer dans les
consciences des masses populaires.
Elles sont le reflet de la folie
bourgeoise et petite-bourgeoise, mais également, de par le statut de ces classes,
elles ont immédiatement une fonction idéologique anti-communiste.
Le propre du petit-bourgeois,
c'est de produire intellectuellement des explications irrationnelles à ce qui se passe
dans le monde, afin d'éviter le « spectre qui hante le monde », la révolution communiste;
le propre du bourgeois, c'est d'utiliser cette idéologie pour s'allier la
petite-bourgeoisie contre la classe ouvrière.
Toute les folies sont essayées, du fait
que la terre soit creuse et peuplée de descendants des super-humains de l'Atlantide,
jusqu'à ce que la face cachée de la lune soit une base martienne, de la domination d'une
société secrète par l'intermédiaire de l'UE jusqu'au traditionnel complot judéo-maçonnique.
Ce qui « marche » est retenu, assemblé, remis sur le marché.
Il faut toujours avoir à
l'esprit que ces folies ont une base matérielle; elles ne sont jamais des inventions
complètes, elles partent de réalités concrètes.
Pour prendre des exemples relevant
de l'imagination dans la culture, on ne peut pas comprendre la science-fiction
sans connaître l'urbanisation hyper-rapide des USA dans les années 1920, où
les gens passent des champs aux gratte-ciels.
De même, on ne peut pas comprendre
la schizophrénie de nombreux super-héros de bande dessinée sans connaître l'origine
juive de leurs auteurs victimes de l'antisémitisme des grandes villes nord-américaines
où ils émigrent (Superman invincible mais incapable d'affronter sa vie privée,
tout comme Spiderman; le professeur Xavier et Magneto rescapés de camps de la mort qui veulent
sauver le monde de manière opposée tout en partant de leur même statut de mutant, etc.)
Pareillement, on ne peut pas comprendre l'idéologie fantasmagorique de
la Tribu Ka, nouvelle secte africaniste parisienne que Sarkozy a dans son
collimateur, sans voir l'oppression néo-coloniale des pays d'Afrique et
l'impact sur ses immigrés ici dans la France impérialiste.
Si l'on s'attarde d'ailleurs là-dessus, on voit bien que la Tribu Ka est
le pur produit de cette situation impérialiste : du fait que l'impérialisme
a nié le caractère africain et en partie noir de l'Egypte pour
ne pas reconnaître que la Grèce « blanche » puise sa source chez une population
en partie noire, on passe à un culte pour une Afrique idéalisée entièrement
pharaonnique, monothéiste et supérieure racialement, qui nie toute la
dimension animiste, matriarcale et culturelle en général.
C'est un discours de puissance, de violence patriarcale : Fanon,
Lumumba et Mulele, héros de l'Afrique sociale-révolutionnaire,
doivent même se retourner dans leurs tombes lorsque le leader de
la Tribu Ka va jusqu'à dire dans un grand élan idéaliste que
« la seule chose qui nous rapproche des nazis, et que je ne renie pas,
c’est qu’ils aimaient l’Allemagne, plus que l’Allemagne s’aimait elle même.
Nous aimons notre peuple plus que lui même s’aime, c’est clair. »
Toutes ces folies trouvent leur source dans la petite-bourgeoisie
écrasée par le capitalisme, tentant de s'opposer à la bourgeoisie sans
pour autant aider en rien le communisme.
>Cette quête permanente de la
troisième voie est la source de tous ces délires; elle est le fondement
de la psychologie de masse du fascisme.
Et comme il y a plusieurs couches
dans la petite-bourgeoisie, ces délires ne sont pas
nécessairement fascisants aujourd'hui, certaines tentatives
visent à faire en sorte que la petite-bourgeoise soit renforcée
par la combativité prolétarienne.
Toutes les variantes existent,
comme celles pour combiner anarchisme et communisme (alternative
libertaire, redforum, ocl...), social-démocratie et communisme (LCR, PT...),
nationalisme et communisme (les « nationaux-bolchéviks...); religion et
communisme (Kadhafi pour l'Islam, à Lyon les gens de l'« Eglise marxiste réaliste »...),
républicanisme et communisme (l'IRSP irlandais, les « maos » népalais...),
patriotisme et communisme (le PRCF issu du « PCF », voire Chevenement...),
communatarisme et communisme (MIB, Indigènes de la République...) etc.,etc.
Progressistes aujourd'hui, elles disparaîtront demain,
ou deviendront réactionnaires; tout dépend de la profondeur de la crise
capitaliste en train de broyer la petite-bourgeoisie.
Il y a 20 an la
LCR voulait le communisme, aujourd'hui elle veut une union de la gauche vraiment
à gauche; il y a 20 ans les anarchistes voulaient détruire l'Etat, aujourd'hui ils
sont aux premières loges pour défendre la laïcité.
Ainsi, dans tous les cas,
la petite-bourgeoisie se caractérise par sa passion pour les choses cachées, du mystère,
des choses «irrationnelles».
C'est la fascination mystique de Trotsky pour
« l'entreprise stalinienne de falsification » jusqu'à Besancenot disant au sujet
de l'affaire Clearstream: « C'est un vrai scandale politique. On se rend compte
qu'au plus haut sommer de l'Etat, il y a des cercles obscurs qui servent aux
réglements de comptes internes. » (Le Figaro, 13/14 mai 2006).
Voilà pourquoi le Parti Communiste authentique doit posséder une base prolétarienne : le matérialisme dialectique,
c'est l'idéologie du prolétariat, une idéologie à jamais obscure pour la petite-bourgeoisie condamnée
historiquement.
Pour
le PCMLM, juillet 2006.
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